Centrafrique : C’est quoi ce micmac autour d’un colis piégé et du groupe russe Wagner ?

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Centrafrique : C’est quoi ce micmac autour d’un colis piégé et du groupe russe Wagner ?

Hein ? La Russie a affirmé que l’un de ses représentants en Centrafrique avait été blessé par l’explosion d’un colis piégé. Le chef du groupe paramilitaire russe Wagner a imputé cette attaque à la France

M.P. avec AFP
La Russie s'est engagée dans des opérations militaires secrètes dans au moins une demi-douzaine de pays d'Afrique en utilisant des mercenaires russes du groupe Wagner, comme ici au Mali.
La Russie s’est engagée dans des opérations militaires secrètes dans au moins une demi-douzaine de pays d’Afrique en utilisant des mercenaires russes du groupe Wagner, comme ici au Mali. — /AP/SIPA
  • Les derniers militaires français déployés en Centrafrique ont quitté Bangui, la capitale, jeudi à la mi-journée, alors que le pays est en proie à une guerre civile depuis 2013.
  • A l’été 2021, Paris avait décidé de suspendre sa coopération militaire avec Bangui, jugé « complice » d’une campagne antifrançaise téléguidée par la Russie. La France accuse régulièrement les paramilitaires du groupe Wagner de commettre des exactions contre les civils et d’avoir instauré un régime de « prédation » des ressources de la Centrafrique.
  • 20 Minutes revient sur la présence du groupe russe en Centrafrique, alors que son chef a ce vendredi accusé Paris d’être l’auteur d’une attaque au colis piégé ayant grièvement blessé un représentant de Moscou.

Un représentant de la Russie en Centrafrique a été blessé, ce vendredi, par l’explosion d’un colis piégé, une attaque que le chef de Wagner a d’emblée imputée à la France. Entre les militaires français qui quittent Bangui, l’influence russe en Afrique, le colis piégé et un Evguéni Prigojine qui s’en prend à Paris, l’affaire a des airs de gros kamoulox… Mais, surtout, Wagner est-il vraiment en Centrafrique et, si c’est le cas, pour y faire quoi ? 20 Minutes fait le point sur cet épisode du colis piégé qui tend encore un peu plus les relations entre Moscou et Paris.

Que s’est-il passé ce vendredi en Centrafrique ?

Un représentant de la Russie en Centrafrique a été blessé par l’explosion d’un colis piégé. « Le chef de la Maison russe (le centre culturel) a reçu ce vendredi un colis anonyme, l’a ouvert et une explosion s’est produite », a indiqué le service de presse de l’ambassade russe, cité par l’agence de presse officielle TASS, précisant que ce responsable, Dmitri Syty, était hospitalisé avec des « blessures sérieuses ».

Dimitry Sytii (au centre), fondateur de la société minière Lobaye Invest et placé sous sanctions du Trésor américain pour ses liens présumés avec le groupe Wagner, entouré de députés centrafricains sur les marches de l'Assemblée nationale à Bangui le 15 octobre 2021.
Dimitry Sytii (au centre), fondateur de la société minière Lobaye Invest et placé sous sanctions du Trésor américain pour ses liens présumés avec le groupe Wagner, entouré de députés centrafricains sur les marches de l’Assemblée nationale à Bangui le 15 octobre 2021. – AFP

Peu après, le milliardaire russe proche du Kremlin et fondateur de Wagner, Evguéni Prigojine a dénoncé l’implication de la France. « Je me suis déjà adressé au ministère russe des Affaires étrangères pour qu’il lance une procédure afin de déclarer la France comme Etat soutien du terrorisme », a-t-il déclaré, cité par son service de presse. Selon Evguéni Prigojine, Dmitri Syty, avant de perdre connaissance, avait lu une note accompagnant le colis qui disait : « c’est pour toi, de la part de tous les Français, les Russes ficheront le camp d’Afrique ». Le chef de Wagner n’a fourni aucune preuve de cette note.

Pourquoi Evguéni Prigojine accuse-t-il Paris ?

La France avait déployé en 2013 plus d’un millier de soldats en Centrafrique, ancienne puissance coloniale, dans le cadre de l’opération Sangaris, pour y faire cesser les violences intercommunautaires. Sangaris a compté jusqu’à 1.600 hommes et a duré jusqu’en 2016.

Cette attaque au colis piégé intervient alors que les derniers militaires français sont partis jeudi. Les 47 derniers militaires français de la mission logistique (MISLOG-B) ont décollé de l’aéroport de Bangui en fin de matinée. Le départ des troupes françaises s’est déroulé près de quatre mois après la sortie du Mali des militaires français, au terme du divorce consommé entre Paris et la junte au pouvoir à Bamako.

« En 2021, alors que la présence de la société militaire privée Wagner était de plus en plus intrusive dans le pays, la France a considéré que les conditions n’étaient plus réunies pour que nous continuions à travailler au profit des forces armées centrafricaines », a déclaré le général François-Xavier Mabin, commandant des forces françaises au Gabon. A l’été 2021 déjà, Paris avait en effet décidé de suspendre sa coopération militaire avec Bangui, jugé « complice » d’une campagne antifrançaise téléguidée par la Russie.

La France accuse régulièrement ces paramilitaires de commettre des exactions contre les civils et d’avoir instauré un régime de « prédation » des ressources de la Centrafrique. Des accusations loin de plaire à Moscou qui, par la voix de son bras armé Wagner, tente de déstabiliser (et de décrédibiliser) à son tour Paris.

Mais que vient faire Moscou en Afrique ?

La Russie s’efforce depuis plusieurs années de renforcer son influence sur le continent africain. Le Kremlin se serait, selon les analystes, engagé dans des opérations militaires secrètes dans au moins une demi-douzaine de pays d’Afrique au cours des cinq dernières années en utilisant la force Wagner, loyale à Vladimir Poutine.

Et il est vrai que dans plusieurs pays d’Afrique francophone, Moscou mène une campagne d’influence active notamment sur les réseaux sociaux et jouit d’un soutien populaire grandissant quand la France, ex-puissance coloniale, y est de plus en plus vilipendée. Plusieurs pays accusent ainsi la junte au pouvoir au Mali d’avoir recours aux services de Wagner, ce que Bamako dément. La question d’un éventuel rapprochement avec la Russie se pose également au Burkina depuis le coup d’Etat du 30 septembre, le deuxième en huit mois, qui a porté au pouvoir le capitaine Ibrahim Traoré, alors que le pays peine à faire face à des attaques djihadistes meurtrières récurrentes depuis 2015.

Le Premier ministre burkinabé, Apollinaire Kyélem de Tembela, a ainsi rencontré lundi à Moscou le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhail Bogdanov pour évoquer « les questions prioritaires du renforcement des relations » entre les deux pays, selon un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères.

Mais alors le groupe Wagner est-il aussi en Centrafrique ?

Selon le président ghanéen, cela ne fait aucun doute. Nana Akufo-Addo a ainsi affirmé ce mercredi que son voisin le Burkina Faso avait « conclu un arrangement » avec le groupe paramilitaire russe loyal à Vladimir Poutine. « Je crois qu’une mine dans le sud du Burkina leur a été allouée comme une forme de paiement pour leurs services », a-t-il avancé lors d’une entrevue aux Etats-Unis avec le secrétaire d’Etat américain, Anthony Blinken.

Selon le chef de l’Etat ghanéen, « les mercenaires russes sont à la frontière nord » du Ghana, ce qui est « particulièrement inquiétant ». Le ministère burkinabé des Affaires étrangères a convoqué vendredi l’ambassadeur du Ghana pour exprimer sa « désapprobation » après les propos du président ghanéen. Ces déclarations sont « graves et inexactes », a ajouté une source gouvernementale.

Reste que, comme indiqué plus haut, le départ des troupes françaises de Bangui est étroitement lié à la présence de Wagner en Centrafrique. Un pays déchiré par une énième guerre civile depuis 2013, quand une coalition de groupes armés à dominante musulmane, la Séléka, a renversé le président François Bozizé.

Qu’en pense la communauté internationale ?

Jeudi soir, le chef de la diplomatie américaine a réitéré ses craintes concernant le groupe russe. « Dès que Wagner se déploie, les pays se trouvent dans une position plus faible, plus pauvre, moins en sécurité et moins indépendant », a alerté Antony Blinken lors d’une conférence de presse en clôture du sommet Etats-Unis-Afrique de trois jours à Washington. « Nos partenaires africains nous disent qu’ils ne veulent pas voir leurs ressources se faire exploiter, ils ne veulent pas que les droits humains soient bafoués, ils ne veulent pas que leur gouvernance soit sapée, donc au bout du compte, ils ne veulent vraiment pas de Wagner », a-t-il ajouté.

De son côté, le ministère russe des Affaires étrangères a souligné que l’attaque au colis piégé visait à « nuire » au développement des relations entre la Russie et la Centrafrique. Ce dernier n’a toutefois pas désigner de commanditaire présumé, contrairement à Evguéni Prigojine.

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