Centrafrique : c’est l’absence de volonté politique qui freine le droit du peuple centrafricain à l’énergie !

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Si, au cours des dix dernières années, une proportion sans précédent de la population mondiale et africaine a obtenu l’accès à l’électricité, le nombre de personnes privées d’électricité en République centrafricaine n’a de cesse d’augmenter. Depuis mars 2016 à ce jour, les chiffres y relatifs publiés par le ministre en charge de l’énergie et de l’hydraulique M. Arthur Piri sont exorbitants et parlent d’eux – mêmes. « Le taux d’électrification au niveau national est de 8%. Ce taux est de 35% pour les centres urbains (Bangui), 2% pour les centres ruraux », a – t – il annoncé, à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Energie Durable adoptée par la Résolution 65/151 du 20 décembre 2010, dans laquelle les Nations unies ont proclamé l’année 2012 « Année internationale de l’Energie Durable pour tous », et célébrée le 22 octobre 2023 à Bangui, sur le thème « Agir pour l’accès à l’énergie et une transition vers des solutions plus sobres en énergie respectueuses de l’environnement »

 

 

D’une manière générale, il faut noter que l’énergie est toujours considérée comme le socle de la civilisation moderne, car c’est elle qui a permis d’accéder à la révolution industrielle du 19ème siècle (Ginocchio & Violet, 2012). La planète terre offre une diversité de ressources énergétiques répartie entre les énergies renouvelables (l’hydraulique, l’éolienne, la biomasse, la géothermie, la photovoltaïque…), les énergies non renouvelables (le pétrole, le gaz naturel, le charbon…), et les énergies nucléaires (l’uranium). La part des énergies non renouvelables dans le bilan énergétique mondial est assez considérable. Celles-ci représentent plus de 80% de la consommation mondiale de l’énergie. Mais ce chiffre masque la différence de consommation des énergies fossiles entre les pays industrialisés et les pays moins avancés. En effet, la majorité des pays en développement  sont encore dépendant des énergies traditionnelles issues de la combustion des espèces ligneuses.

En République Centrafricaine par exemple, le bois de feu représente plus de 98% de la consommation nationale en énergie. Le pays dispose d’un taux d’électrification national ne s’élevant pas à plus de 4%, alors que la demande moyenne en électricité croit de plus de 8%/an sur le continent Africain à cause de la croissance urbaine. A ce titre, le gouvernement centrafricain se doit de revoir ses politiques énergétiques inefficaces afin de promouvoir l’accès universel à l’électricité en vue de faire face aux besoins croissants en électricité. Hormis le bois de feu qui devient de plus en plus cher et rare sur le territoire national, la République Centrafricaine dispose d’autres potentialités énergétiques sous exploitées et mal inventoriées qui permettraient d’assurer l’indépendance énergétique du pays et de Bangui sa capitale.

Le système de production d’électricité en Centrafrique est tellement obsolète, si bien que la société d’énergie Centrafricaine a du mal à répondre à la demande énergétique de ses abonnés. Des coupures intempestives récurrentes sur le territoire Centrafricain sont causées par des pannes dans les centrales thermiques et surtout hydrauliques. Les centrales hydrauliques de Boali 1 et Boali 2, inaugurées respectivement en 1954 et 1976, sont de nos jours moins performantes à cause de la vétusté de leurs installations. La centrale de Boali 1 est équipée de cinq (5) 23 turbines Francis à axe horizontal, tandis que, la centrale de Boali 2 est équipée de deux (2) turbines Francis à axe vertical. En plus de leur vétusté, ces turbines et leurs alternateurs  sont régulièrement attaqués par des grains de quartz mal filtrés par les grilles des chambres de mises en charge. Par ailleurs, l’acheminement de l’électricité à Bangui se fait par deux grandes lignes de Hautes Tensions (HT) depuis la localité de Boali. La ligne 1 achemine l’électricité produite par la centrale de Boali 1, et la ligne 2 achemine l’électricité produite par la centrale de Boali 2. En raison de la vétusté du système de transport, une perte de 30% est généralement enregistrée entre la puissance produite à Boali et la puissance distribuée à Bangui.

La production et la distribution de l’électricité en Centrafrique sont assurées depuis 1967 par la société d’Energie Centrafricaine (ENERCA). Il s’agit d’une société d’Etat dotée d’un capital dont son Directeur Général est généralement nommé par un conseil d’administration. Après plus de  cinquante ans d’existence de l’ENERCA, le taux d’électrification en Centrafrique ne dépasse pas 4%, alors que ce pays faiblement peuplé (~ 5 millions d’habitants), est doté d’immenses potentialités hydroélectriques. En vrai, la société ENERCA manque d’ambitions énergétiques. Au lieu d’augmenter la capacité de production existante, elle préfère assurer le rôle de « sapeurs-pompiers » lorsqu’il y a une défaillance dans le turboalternateur. Sur les quarantaines de sites hydrauliques identifiées sur le territoire national, aucune n’a fait l’objet d’aménagement hydroélectrique pour faire face au défi énergétique grandissant du pays. Si la demande actuelle en énergie aux heures de pointes varie entre 50 et 80 MW, les projections soulignent que celle-ci peut atteindre 403 MW d’ici 2030.

Notons que sur la puissance totale d’électricité distribuée par l’ENERCA, 41% sont consommés par les activités commerciales et les services publics, 35% par les ménages, et 24% par les industries en place. La consommation d’électricité par les services publics se fait dans la plupart des cas gratuitement. Certains personnels de l’ENERCA qui emploie plus de 500 agents, sont également exemptés des factures d’électricité. En revanche, la consommation d’électricité par les ménages se fait à moindre coût, car ces derniers sont quasiment alimentés par le réseau de basses tensions. Seules les industries en place sont raccordées au réseau de moyennes et de hautes tensions, cela permet d’apporter des valeurs ajoutées sur le compte financier de l’ENERCA. En raison des coupures intempestives fréquentes, la plupart des industries en place s’orientent progressivement vers l’autoproduction d’énergie par le biais des groupes électrogènes équipés de puissants moteurs. En outre, le nombre d’abonnés de l’ENERCA n’est pas vraiment exhaustif, car il existe de nombreux branchements frauduleux sur les lignes électriques de l’ENERCA. Fort de ce constat, la privatisation de l’ENERCA semble être ce que tout le monde admet aujourd’hui. La privatisation de cette société cinquantenaire n’est pas du tout une chose aisée. Des tentatives de privations ont déjà eu lieu dans le passé mais s’étaient soldées sur des échecs.

Et pourtant, de nombreux barrages sont planifiés afin de rendre efficace le secteur énergétique Centrafricain. Parmi ceux-ci, nous retenons le barrage de Dimoli (180 MW) sur la rivière Sangha, le barrage de Kembé (50 MW) sur la rivière Kotto, et le barrage de Palambo sur la rivière Oubangui (290 MW). Ces aménagements hydrauliques nécessitent de lourds investissements que l’Etat Centrafricain ne serait  plus actuellement en mesure de répondre financièrement. Le recours à des investisseurs privés pourrait être l’une des alternatives au financement des projets d’aménagements hydrauliques existants. L’instabilité récurrente ne joue pas non plus en faveur du gouvernement pour attirer les capitaux privés. De ce qui précède, le « financement participatif » pourrait aussi être l’une des solutions pour assurer l’indépendance énergétique d’un territoire. C’est le cas notamment du « grand barrage de la renaissance » en Ethiopie, qui a été construit grâce au financement participatif national. Si la construction des grands barrages nécessitent de coûts financiers et environnementaux considérables, le recours à la petite hydroélectricité (PHE) s’avère efficace et écologique pour électrifier le territoire Centrafricain qui dispose d’un réseau hydrographique dense. La PHE consiste à l’utilisation des petites centrales hydrauliques (PCH) aménagées au fil de l’eau, dont la puissance ne dépasse pas 10 MW.

Parmi toutes ces potentialités, le projet Palambo est plus attractif et  consiste à la construction d’un barrage – réservoir multifonctionnel sur la rivière Oubangui dans la localité de Palambo. La fonction principale du barrage planifié à Palambo concerne la dérivation de l’Oubangui vers le lac Tchad. Mais la régulation du débit de l’Oubangui permettra également au réservoir de produire et de commercialiser de l’hydroélectricité afin de rentabiliser les coûts d’investissements. 290 MW d’énergie seraient en moyenne produits à Palambo, cela permettrait de couvrir largement les besoins électriques de la capitale Centrafricaine, située à seulement 60 Km du site 32 d’aménagement. En dépit de ses nombreux effets bénéfiques escomptés, le barrage projeté à Palambo est sujet à plusieurs controverses qui freinent sa concrétisation.

De nos jours, l’énergie représente le symbole d’accès au développement économique et à la civilisation industrielle. La période de l’après-guerre était marquée par une forte demande en énergie à l’échelle mondiale. En Afrique subsaharienne, la demande s’est vraiment accrue après la décolonisation en 1960. Nombreux sont les pays qui diversifient leurs sources de productions énergétiques afin de répondre à ce défi majeur : satisfaire les besoins énergétiques nationaux. Mais en Centrafrique, le mix énergétique est très peu diversifié alors que ce pays dispose de nombreuses potentialités énergétiques dont la majorité sont encore non exploitées. Le bouquet énergétique centrafricain est composé seulement du bois de feu, de l’énergie hydraulique et de l’énergie thermique. Le bois de feu représente en effet 98% du bilan énergétique national, mais son énergie est seulement consommée pour des besoins domestiques, notamment pour la cuisson des aliments. L’électricité est seulement générée par les centrales hydrauliques et thermiques dont leurs systèmes de production sont quasiment obsolètes. En plus de la vétusté des infrastructures en place, la production d’électricité est affectée par les effets du changement climatique qui affectent les ressources en eau des rivières aménagées. Le gouvernement centrafricain doit mieux gérer ces centrales pour optimiser leur capacité de production. Le recours aux petites centrales hydroélectriques pourrait être une option efficace et moins coûteuse pour couvrir les grands centres urbains du territoire Centrafricain.

Mais, que peut – on faire, dans ce domaine, avec une enveloppe annuelle de crédits budgétaires d’investissement d’un montant de 15.155.000.000 milliards de Fcfa ? De ce qui précède, doit-on continuer à entretenir la vétusté des installations hydrauliques et thermiques en place dans nos préfectures, ou construire de nouveaux barrages ? Le recours aux petites centrales hydrauliques ne s’impose – t – il pas comme une solution efficace et écologique ? Doit-on continuer de soutenir financièrement la société ENERCA qui est devenue une véritable vache à lait et qui a lamentablement échoué ?

Jean – Paul Naïba

Source : Laboratoire CEDETTE d’Orléans avec Chanel Nzango

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