Centrafrique : ce que l’on doit retenir de la sanction de blâme infligée à M. Bienvenu Zokoué par le syndicat autonome de la police nationale

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Dans une note administrative dont notre rédaction a pu obtenir une copie, datée du 9 octobre 2023 et adressée au directeur général de la police Bienvenu Zokoué, le secrétaire général du syndicat autonome de la police nationale, le commissaire principal de police Mathurin Barnabé Lamba a sans fioritures formulé un véritable réquisitoire contre le patron des flics centrafricains.

En effet, après lui avoir brièvement rappelé les mots pleins de gratitude qu’il avait lui – même prononcés de sa propre bouche, pour le combat mené par les membres du bureau en vue d’obtenir l’adoption du décret portant statut spécial de la police, il lui a reproché, non sans lui avoir ressassé ses propos selon lesquels « on lui a forcé la main » d’être nommé à ce poste, son refus catégorique de collaborer avec lui en sa qualité du représentant du syndicat et l’a accusé d’être un haineux, un rancunier, un orgueilleux, un escroc et d’avoir « de vielles habitudes d’un vulgaire capitaine de police qui font tenir l’image de marque de la police nationale ». « Et si vous voulez vous venger, faîtes – le à ceux qui vous ont forcé la main, c’est – à – dire à ceux qui vous ont fabriqué. Pas aux policiers qui maîtrisent bien votre parcours déshonorant, avilissant, dégradant, honteux, ignoble infâmant et ignominieux », lui a – t – il tancé au nez. Avant de conclure sa note par la notification à qui de droit d’une sanction de blâme prise par le bureau du syndicat autonome de la police nationale à son encontre, en tant que membre devant observer scrupuleusement les dispositions du règlement intérieur de l’association, il lui a posé une question que lui ont déjà signifié certains professionnels des médias et à laquelle il n’a jamais eu le courage de répondre : « Les policiers veulent savoir si réellement que vous avez été fabriqués avec des étoiles dorées sur les épaules, pourquoi comportez – vous comme un vulgaire capitaine de police, nantis de mensonges pour escroquer les Libanais de la place et braquer le directeur général de la BSIC ? »

Aussi vrai que cela puisse paraître, cette réaction soudaine, mais attendue depuis longtemps par la majorité des Centrafricains, du syndicat autonome de la police nationale qui révèle un bouillonnement à l’intérieur de la marmite, est à placer en toute objectivité dans la droite ligne des derniers articles du Journal www.lestunami.net sur celui que nous avons qualifié et que nous continuons de traiter de Nikolaï Ivanovitch Iejov, chef suprême du NKVD qui, de septembre 1936 à novembre 1938, fut le principal artisan de la mise en œuvre des Grandes Purges staliniennes au cours desquelles plus de 750.000 personnes furent exécutées. A l’exemple de celui qui fut surnommé «  le nabot sangunaire » – il mesurait 1,52 m – type accompli de l’apparatchik inconditionnellement fidèle à Staline, soutenu par Lazare Kaganovitch, et membre du Comité central en 1934, le sanguinaire Bienvenu Zokoué est membre du MCU, patron des « Requins », cette milice qui a semé la mort Bangui intra – muros et dans l’Ombella – M’Poko, suite à l’attaque de la ville de Bangui, le 13 janvier 2021, par les rebelles de la Coalition des Patriotes pour le Changement. Très proche des mercenaires du Groupe Wagner et rwandais, responsables et coupables de graves violations des droits humains, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, il a été utilisé et continue d’être utilisé par le Criminel de Bangui, de qui il prend directement ses instructions et à qui il rend compte personnellement, pour accomplir des missions de « purges », de disparitions forcées, d’enlèvements suivis de tortures atroces et d’exécutions sommaires. Son nom figure au premier rang dans les rapports de la Division des Droits de l’Homme de la Minusca et sur la liste des tueurs à gages activement recherchés par la CPI.

« Une police zélée au service de la dictature et de l’Imposture », « une police aux ordres », « une police corrompue », « une police des braqueurs », « une police nationale instrumentalisée », tels étaient les titres que l’on pouvait lire dans notre notre Journal et dans certains médias de la place, ces derniers temps. Ces titres témoignent d’un mal vivre des fonctionnaires de la police et démontrent au-delà de la pluralité des revendications et frustrations, la diversité des corps dont sont issues les contestations. La police nationale a mal et très mal. Et cela depuis très longtemps d’ailleurs, même si par ailleurs il faut reconnaître, que le mal s’est intensifié depuis la nomination de Bienvenu Zokoué au poste de directeur général, et suite à l’adoption du nouveau statut spécial de la police.

La police nationale est mal en point, ce que reconnaissent les fonctionnaires de police eux-mêmes, au point que certains parmi ses responsables ont vite fait de lier ce mal vivre et ce manque de considération à l’inefficacité du syndicat autonome de la police nationale. « La police a un syndicat qui n’est pas efficace, et c’est cela le drame », avait dit un haut responsable de la police. Il faut noter que la police est un corps chargé de la prévention, du maintien et du rétablissement de l’ordre avec une culture du recours à la force où l’autorité et la discipline sont de rigueur. Un tel corps peut-il prétendre à l’exercice du droit syndical en son sein et dans ses différents compartiments, à savoir corps des Commissaires de Police, des Officiers de Police, des sous-officiers de Police et celui des agents de police ? That’s the question.

A ce propos, il faut souligner aussi que le syndicalisme est défini dans le petit Larousse illustré comme un mouvement ayant pour objet de grouper des personnes exerçant une même profession, en vue de la défense de leurs intérêts. Partant de cette définition, et conformément à la constitution du 30 mars 2016, nous pouvons légitimement affirmer et soutenir  que les fonctionnaires de police pour mieux défendre leurs intérêts de travailleurs, s’extirper du coin auquel ils sont confinés sous la pesanteur d’une obligation de réserve sans commune mesure, ont non seulement le droit de créer leur association, mais surtout doivent obligatoirement se syndiquer et ou s’affilier à d’autres syndicats, et ce, malgré leur statut de travailleurs particuliers en charge de la sécurité. Etant donné que la Police Nationale est organisée sur le modèle précis d’une administration avec un ministère, des directions, des services, et des sous services, des bureaux spécialisés, une telle organisation fait de la mission de la police un service démilitarisé, et plus administratif. La complexité de l’univers administratif public dans laquelle la police évolue, résulte d’un certain nombre de problèmes auxquels elle est confrontée et que seule une entité sociale de l’administration pourrait dénoncer. Cette entité n’est rien d’autre que : le syndicat de police. De ce fait, l’existence d’un Syndicat autonome de la police nationale au nom duquel  le Commissaire principal de la police Mathurin Barnabé a réagi, est plus qu’un atout.

Fort de ce qui précède, le syndicalisme policier se doit d’être un syndicalisme de rupture, de collaboration dans l’élaboration de la politique de la sécurité afin d’engager un dialogue social entre : l’Etat, le syndicat, et le citoyen, cela pour une plus grande efficacité de l’action policière, une professionnalisation de son personnel, et pour une meilleure gestion de ses ressources. C’est ce syndicalisme policier dans le but de défendre les intérêts professionnels de son personnel, et de collaborer avec leurs chefs, pour apporter, par leurs expériences, un peu plus d’ordres et de méthodes dans le service que défend ici le Commissaire principal Mathurin Barnabé Lamba, en sa qualité de secrétaire général du syndicat autonome de la police nationale. Il peut et doit être considéré comme un soutien pour le personnel, afin de mieux parer aux difficultés rencontrées lors de leurs activités professionnelles ou concernant l’évolution et la gestion de leurs carrières. Les fonctionnaires se doivent de trouver un appui important à travers ce syndicat pour leur demande de mutation et d’affectation, et en même temps  s’en servir afin de bénéficier de stages de spécialisations ou de tirer profits d’une formation allant dans le sens de la connaissance et maîtrise de leurs droits et devoirs.

En outre, ce syndicat est un syndicalisme policier, en principe restrictif notamment dans l’interdiction de recourir à la grève, afin d’éviter le blocage de l’institution étatique qui dans la contrainte ne peut plus assurer sa légitimité, mais pouvant user de cette méthode dans le cas où les circonstances l’exigeraient. Un véritable contre -pouvoir des dérives monarchiques de certains hommes politiques ou de puissants lobbies économiques qui tenteraient de faire de la police son bras armé dans les conflits politiques et sociaux de nature à les opposer à leurs adversaires politiques ou à de simples citoyens sans défense. Le manque de considérations- il est vrai- de la police centrafricaine est à mettre dans le compte de l’inefficacité de ce syndicat, depuis l’avènement de cet apparatchik aux commandes de la police.

Enfin, par cette note de notification de sanction à l’un de ses membres, cette sortie administrative du secrétaire général doit être appréciée, au sein du corps, comme un solide paravent pour faire face et dire non aux manigances venues de l’extérieur et à des comportements de nature à tenir l’honneur et l’image de la police centrafricaine, tels que développés un peu plus haut par le syndicaliste. Dès lors, il est à noter  que les portes seront fermées à toutes les supercheries, et aux promulgations des décrets de nominations à la pelle comme celui de la promotion du vulgaire capitaine Bienvenu Zokoué, et ceux intégrant de vendeurs de cacahouètes et des pousseurs dans la police nationale avec des grades qui frisent l’ignorance et une méconnaissance totales du fonctionnement et de la structuration de l’institution, bouleversant ainsi la hiérarchie policière.

Il est temps, donc, que le Criminel Bienvenu Zokoué revienne à de meilleurs sentiments et puisse voir dans le syndicat autonome de la police nationale, en dehors de son objet de défendre les intérêts professionnels de son personnel, un stéthoscope performant pouvant lui permettre de replacer l’action de police sous le signe du service public, de revaloriser le métier de police au regard des exigences des droits humains et  des contraintes liées au strict respect du droit international humanitaire, de renforcer la confiance dans les rapports entre la police et les citoyens, et d’en faire un cadre d’échanges entre les différents corps et services de police où le personnel pourrait trouver un interlocuteur entre les personnels subalternes et les représentants patronaux de la police, afin d’anticiper sur les problèmes et les dysfonctionnements qui pourraient subvenir dans l’exercice de leur profession, plutôt que de laisser la frustration, la contestation enflées.

KassaMongonda

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