Centrafrique : ce que les forces vives de la nation demandent au président ad interim Ferdinand Alexandre Nguendet

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Un mystérieux collectif des officiers libres des forces armées centrafricaines le veut comme leader. Par la voix de leur porte – parole Kokama Rodrigue Charly résidant en France, ces officiers qui agissent sous le voile de l’anonymat lui demandent de prendre la tête de leur mouvement dont le but est le changement du régime illégitime et l’arrestation de l’Imposteur de Bangui et de son ministre à la justice Djoubaye Abazène Arnaud, dans les meilleurs délais, conformément à leur plan d’actions.

Si un communiqué de presse de l’état – major parle « de tentatives éhontées de manipulations et de désinformations qui visent à créer la psychose au sein de la population », et reconnaît « qu’un tel collectif n’existe pas sur le territoire centrafricain et qu’aucun personnel militaire officier, sous – officier et militaire du rang n’a adhéré à ce collectif », les forces vives de la nation, quant à elles, prennent au sérieux l’existence de ce mouvement, prennent acte du passage en clandestinité de sous – officiers et de certains officiers, notamment du chef d’état – major particulier à la présidence, le général Dollé Waya, tel qu’annoncé par le Journal en ligne « Corbeau News de Centrafrique », et de ce fait, en appellent aussi au patriotisme du chef d’état de la transition Ferdinand Alexandre Nguendet.

En effet, l’intégrité, le courage et la constance à dénoncer les problèmes de l’insécurité généralisée et de la mal-gouvernance politique, institutionnelle, financière, économique et socio – humanitaire du pays n’auraient jamais autant attiré l’attention des Centrafricains sur la personne de Nguendet en tant que leader de l’antisystème. Membre très actif de l’union sacrée, au lendemain de la prise de fonctions de l’Imposteur de Bangui, le 30 mars 2016, Ferdinand Alexandre Nguendet a compris, dans une posture d’un ralliement de masse sans précédent, qu’« être avec » le système, comme il semblait bien le définir ces temps – là, ce n’est pas nécessairement épouser les valeurs du système. C’est plutôt mieux le comprendre, faire sa propre hygiène introspective et quotidienne, le dénoncer en permanence et sans équivoque, bien définir ses stratégies, renforcer son leadership et se massifier pour le vaincre.

Dans nos relations humaines et comme stratégie de guerre bien connue, cette phrase paraissant contradictoire et suicidaire est de rigueur : « Keep your friends close but keep your enemies closer » (Gardez vos amis près de vous, mais gardez vos ennemis encore plus près), a dit Don Vito Corleone à Michael Corleone dans The Godfather, Part II (Le Parrain). Et John F. Kennedy, l’ancien président des États-Unis d’Amérique, de renchérir : « Forgive your enemies but never forget their names. » (Pardonnez vos ennemis mais n’oubliez jamais leurs noms). Cette nécessité de vouloir garder son adversaire à proximité ou en vue n’est donc pas par amour à son égard ou pour endosser ses valeurs, mais plutôt par nécessité stratégique. En plus, « il n’y a pas d’assurance de sécurité contre la traîtrise ». Mais devant la détérioration de la situation socio – politique du pays, suite aux catastrophiques élections groupées du 27 décembre 2020, au refus catégorique du pouvoir d’engager un dialogue politique inclusif, à la reprise des hostilités sur toute l’étendue du territoire national, aux graves violations des droits de l’homme par les mercenaires du Groupe Wagner, à la volonté manifeste de Touadéra d’écrire une nouvelle constitution et au limogeage de la présidente de la cour constitutionnelle, l’homme se devait de briser le silence et de s’engager au sein du BRDC.

Il décide alors d’affûter ses armes dans cette plateforme politique, un authentique antisystème qui défend des valeurs démocratiques et républicaines et dont le but est de combattre la mal – gouvernance, l’imposture incarnée par un certain Touadéra, le pillage systématique de nos ressources naturelles par les mercenaires du Groupe Wagner et l’asservissement du peuple centrafricain sur sa propre terre, d’une part, et d’obtenir, d’autre part, son départ pur et simple du pouvoir. Exacerbé par ses sorties médiatiques et prétextant lui reprocher le détournement des véhicules de l’état mis à sa disposition, en sa qualité d’ancien chef d’état, faisant suite à sa déchéance par un décret, le pouvoir de Bangui s’est résolu à en finir avec lui, en lâchant derrière lui plusieurs pelotons d’exécutions composés de miliciens habillés en gendarmes, en policiers et en militaires. Contraint, il a pris la résolution de passer en clandestinité. C’est donc depuis son lieu de refuge où il serait mieux gardé que Joe Biden qu’il a lancé un appel patriotique, à la nation tout entière, le jour de son anniversaire, annonçant à demi – mots sa détermination à répondre aux nombreuses sollicitudes du COFAC et à ne pas louper Touadéra.

Pendre la tête du Collectif des officiers libres des forces armées centrafricaines, c’est accepter de diriger une transition selon une durée plus ou moins raisonnable, organiser un dialogue politique inclusif, faire taire les armes sur toute l’étendue du territoire national, favoriser le retour de tous les exilés, réconcilier tous les Centrafricains sans exclusive entre eux, remettre le pays debout, écrire une nouvelle constitution, et  organiser in fine de nouvelles élections fondamentalement démocratiques auxquelles il s’engagera à ne pas y prendre part, comme il l’avait courageusement fait, lorsqu’il avait été désigné de conduire une transition de deux semaines à la tête du pays, après le limogeage du chef de la Séléka Djotodia Am – Droko Michel. Une bien difficile mission qu’il a su assumer avec responsabilité, intégrité, impartialité et rigueur. Et c’est même pour cela et à cause de ses capacités à travailler sous de très fortes pressions qu’il a été sollicité par le COFAC, et, en sourdines, les forces vives de la nation, selon des renseignements de sources policières et militaires en notre possession.

Son choix n’est rien d’autre qu’un bol d’air de pragmatisme, même si Ferdinand Alexandre Nguendet n’est pas né de la dernière pluie. Cependant, en sus des missions devant lui être confiées comme définies un peu plus haut, il devra faire bouger les lignes, en jetant dans les mentalités des Centrafricains et des Centrafricaines des graines d’un véritable changement. Et faire bouger les lignes, c’est provoquer une vraie dynamique de renaissance des mentalités. Certes, changer n’est pas facile ; abandonner les vieilles habitudes qui deviennent certitudes à force d’être répétées ; remettre en cause notre manière de faire qui s’impose à nous comme une routine instinctive, inscrite dans nos manières de penser ; avoir le courage d’aller à contre-courant de l’image que l’opinion a façonnée pour nous dans la position où nous sommes ; refuser les avantages alors que les moyens illicites d’en profiter sont disponibles ; s’abstenir d’ostentation lorsque griots et laudateurs sont prêts à nous bâtir une généalogie et un hymne trafiqués ; accepter l’humilité de toujours apprendre, se former et se cultiver ; avoir le courage de s’investir au service de son pays et de son peuple sans rien demander en retour que le juste salaire qui nous revient ; vivre sa passion, son engagement et son amour pour son prochain, son peuple, sa patrie plus que sa propre personne, sa propre famille ; enfin inscrire son projet de réussite personnel dans le grand programme d’émancipation de son pays et de l’Afrique. Toutefois, tout cela est possible.

Car, changer, c’est avant tout, décider, accepter, trouver un avantage moral, éthique, spirituel, intellectuel, et avoir un intérêt à changer. Nous le savons, les mentalités survivent longtemps après la disparition des conditions matérielles qui leur ont donné naissance. Comment alors dans une société qui a une tendance atavique à toujours revenir sur ses pas, à ramener les vieilles habitudes sous des oripeaux plus destructeurs, à couper les têtes qui débordent, à ensevelir l’individu sous le diktat de la communauté plus préoccupée par sa survie que par sa transformation, l’individu peut-il assumer son individualité et son autonomie pour s’en extirper et oser une remise en cause salvatrice ? Et pourtant tel devrait être le destin de l’intellectuel centrafricain de demain !

Changer, c’est aussi admettre que nous avons des héros, des savants, de bonnes et de mauvaises autorités, des compétences, des traîtres, des criminels, des mécènes, des adultes, des ouvriers, des paysans, des femmes, des jeunes, et à tous ces différents niveaux de responsabilité, chacun doit être entièrement responsable de ce qu’il fait et non de ce qu’on pense qu’il fait.

Changer, c’est aussi admettre que nous avons des valeurs qui favorisent la transformation de la société, la reddition des comptes, l’émulation, la sanction positive et négative.

Effectivement changer, c’est bâtir une société dans laquelle chacun est responsable, peu importe qui l’inspire, il est le seul responsable devant la société et le peuple souverain. Refusons d’être les véhicules inconscients de l’indignité africaine qui veut que derrière ou dans la tête de presque chaque africain, il y ait une personne étrangère qui soit la maîtresse de ses pensées ou de ses actes. Une société sans repères, sans modèles, sans valeurs, est vouée à l’effondrement et à l’assujettissement. Rassurons-nous, nul modèle, nul héros n’est parfait !

Changer, c’est faire confiance à nos ressources humaines, à nos compétences, à nos entreprises, à nos capitaux, à notre esprit d’innovation, à nos esprits créatifs, etc.

Changer, c’est protéger et préserver notre environnement et nos ressources naturelles.

Changer, c’est aussi prendre l’investissement humain comme une partie du capital, c’est nous imposer dans certains segments prometteurs du marché international, bâtir des espaces de souveraineté économique et financière qui sont les leviers sur lesquels nous nous appuyons pour bâtir notre émancipation économique et  sociale.

Enfin, changer est une affaire individuelle et collective, mais aucun changement qualitatif, général et collectif n’est possible, s’il n’est porté par l’autorité politique, les autorités politiques, les pouvoirs publics, les communautés, les femmes et les jeunes. Le changement, la culture de changement seront mûrs lorsque les écrivains, les poètes, les artistes s’en empareront, alors par l’écriture, par la magie du verbe, de l’image et la symphonie des corps, le peuple subjugué, conquis et convaincu, adhèrera aux transformations économiques, sociales et culturelles. Unis et engagés, nous vaincrons. Il est donc venu le temps que chacun puisse prendre ses responsabilités, comme l’avait formellement consacré un certain Franz Fanon.

C’est cette mission que les forces vives de la nation attendent et attendront de Ferdinand Alexandre Nguendet, s’il accepte hic et nunc de conduire la transition qui s’impose à la République centrafricaine comme seule porte de sortie politiquement certaine  de l’ère sanguinaire, indigne et honteuse de Touadéra.

La rédaction

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