Centrafrique : Candidats à la présidentielle, investisseurs chinois et sociétés russes : tout le monde se bat pour l’or de Ndassima

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Pour protester contre le retrait de son permis aurifère centrafricain, réattribué depuis à la société réputée proche de la Russie Midas Ressources, la junior canadienne Axmin, dirigée par des businessmen chinois, a mandaté l’avocat Crépin Mboli-Goumba. Ce dernier entend se présenter au scrutin présidentiel en fin d’année.

S’il a récemment appelé à l’unité de la nation centrafricaine face à l’épidémie de Covid-19, le candidat déclaré à l’élection présidentielle prévue pour décembre prochain, Crépin Mboli-Goumba, est toutefois en lutte contre le pouvoir du chef de l’Etat Faustin Archange Touadéra sur un autre front : les mines d’or. Ministre des travaux publics de Michel Djotodia, aujourd’hui la tête du Parti africain pour une transformation radicale et l’intégration des Etats(Patrie), Crépin Mboli-Goumba est l’avocat de la société canadienne Axmin dans son contentieux contre le gouvernement centrafricain.

Retrait de permis pour Axmin

Enregistrée au Canada et dirigée par la femme d’affaires chinoise Lucy Yan, la junior Axmin a engagé une procédure devant le conseil d’Etat de Centrafrique pour protester contre l’annonce de l’annulation, en juillet 2019, de ses deux permis de recherche et de sa licence d’exploitation pour l’or de Passendro, Bambari I et Bambari II, dans la zone de Ndassima. Les droits de la junior avaient expiré en mars de la même année, après plusieurs extensions de ses droits acquis en 2006.

Pour justifier le retrait, le ministère des mines de Léopold Mboli Fatran note le manque d’activités d’Axmin sur les sites depuis 2012. La société rétorque quant à elle qu’il était impossible de mener des opérations sur le terrain du fait de la force majeure déclarée dans le pays avec l’avancée de la rébellion qui a mené à la chute du président François Bozizé. Les équipes gouvernementales, qui sont représentées dans cette affaire par l’avocat de l’Etat, Emile Bizon, affirment aussi qu’elles n’ont jamais rencontré les dirigeants d’Axmin au-delà du représentant à Bangui, le Malien Aboubakar Sidibé. Elles disent également que la compagnie canadienne était en droit de candidater à l’appel d’offres international lancé en 2019 pour réattribuer les permis, mais qu’elle ne l’a pas fait.

Midas Ressources, successeur d’Axmin

Les permis ont depuis été octroyés à la société Midas Ressources. Déclarant sur son site internet avoir son siège social à Bangui et être active dans l’or, les diamants, le cuivre et le chrome en Afrique, Midas est décrite par les médias centrafricains comme étant contrôlée par des capitaux russes. Les investisseurs russes renforcent leur présence en Centrafrique depuis plusieurs années, notamment dans le secteur minier. La société Lobaye Invest, dirigée par le businessman russe Yevgeny Khodotov et jugée proche du Kremlin, a ainsi acquis dès 2018 des permis dans l’or (Africa Intelligence, 18/07/18). CENTRAFRIQUE Edition du 11/09/2019

Qui est le groupe libanais qui négocie les cartes d’identité ?

Régulièrement mise en cause pour les passeports diplomatiques qu’elle a généreusement distribués à des VIP fortunés, la Centrafrique (RCA) négocie actuellement un accord avec un groupe baptisé Al Madina pour une concession sur l’impression des cartes d’identité. Enregistré à Oman, Al Madina est présent en Centrafrique par le biais de sa filiale libanaise homonyme. Le groupe est l’un des sous-traitants de la société libanaise de biométrie Inkript, qui fut active en Centrafrique à l’époque de Michel Djotodia.

Des appuis locaux

Pour entrer en RCA, Al Madina s’est fait épauler par le ministre de l’intérieur centrafricain, le général Henri Wanzet Linguissara, et son collègue de la justice, Flavien Mbata. En échange d’une concession sur les documents officiels de l’Etat, le gouvernement centrafricain demande à la société de financer elle-même son activité, Bangui se refusant à la rémunérer pour le service public qu’elle va assurer. Les citoyens désireux de se doter d’une carte d’identité devront donc payer Al Madina.

A Bangui, Al Madina bénéficie des conseils de l’entrepreneur minier Aziz Nassour, issu d’une famille de courtiers en diamants d’origine libanaise établie à Anvers. Actif en RDC à la fin du régime de Mobutu Sese Seko, puis, au début des années 2000, au Liberia et au Sierra Leone, alors en proie à de violentes guerres civiles, Aziz Nassour s’est relocalisé en Centrafrique en 2015.

Un lobbying libanais qui n’est pas nouveau

Avant Al Madina, d’autres hommes d’affaires d’origine libanaise actifs dans les matières premières se sont intéressés aux documents d’identité centrafricains. Ainsi, en septembre 2017, le président centrafricain Faustin Archange Touadéra s’était rendu à Beyrouth à l’invitation de Michel Cordahi, actif dans les énergies renouvelables (Lebanon Wind Power, LightBox Africa), ainsi que le financement du négoce de matières premières (New Frontiers Resources, Gazprombank Invest). Lors de leur rencontre avec Touadéra, Cordahi et ses associés avaient, déjà, fait part de leur intérêt pour la refonte de l’impression des titres officiels en Centrafrique. Aucun contrat n’a finalement été conclu.

Michel Cordahi reste actif en Centrafrique, notamment dans le secteur de l’électricité. Ancien conseil financier du négociant pétrolier aujourd’hui décédé Sami Maroun, Michel Cordahi est également proche de Rui Miguel de Sousa, un homme d’affaires actif, entre autres, dans le pétrole en RDC (AEI n°799). Celui-ci n’est autre que le fils de Rui de Sousa, un ancien associé de Sami Maroun, notamment au sein du groupe pétrolier Soco.

Un cadeau d’adieu de Touadéra

Si Faustin Archange Touadéra a accepté d’ouvrir des négociations avec Al Madina, c’est qu’il a conscience que, au cas où un contrat serait finalement conclu, il n’aura probablement pas à le défendre devant les électeurs. Fragilisé par l’effritement de sa coalition gouvernementale et sous la menace d’un retour de l’ancien président François Bozizé (LC n°806), Touadéra sait sa marche de manœuvre étroite pour sa réélection. Il doit également affronter un regain de tension avec les groupes armés dans le Nord.

AFRIQUE INTELLIGENCE
CENTRAFRIQUE Edition du 18/05/2020

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