Centrafrique, bientôt un grand changement politique

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Les bruits de couloir de plus en plus  assourdissant ne trompent pas. Se fixant sur des signes avant-coureurs d’un grand changement à la tête de l’État, les rumeurs enflent et se répandent de plus belle de chancellerie en chancellerie. A croire que la dernière tournée africaine du ministre français des affaires étrangères, Jean – Yves Le Drian, semble être le point final à l’équipée du président Touadéra dans les eaux troubles moscovites.
Au sein de la majorité présidentielle, c’est la soupe à la grimace. Un proche du pouvoir désenchanté s’inquiète de son avenir du fait de l’instabilité politique créée par la gestion chaotique du pouvoir : « aujourd’hui nos vies sont en danger, les jeunes des quartiers ont juré de détruire nos maisons à la première occasion, à cause de Touadéra », soupire-t-il désabusé.
C’est que les bourdes, bévues et provocations en tout genre de Touadéra et de son entourage ont fini par exaspérer les alliés objectifs de Bangui, même les plus conciliants d’entre eux. En premier chef la France et les pays voisins de la zone CEMAC dont la Guinée Équatoriale qui jure par tous les dieux de se faire le scalp du mathématicien de Boye-Rabe. De son côté, la communauté internationale ne supporte plus les tendances hégémoniques et autoritaires du régime de Bangui qui instrumentalise la justice à des fins politiques pour neutraliser ses potentiels adversaires pour l’élection 2021. Les victimes de ces machinations sont toujours les mêmes : Mekassoua, Dologuélé, N’guendet, M’boli-Goumba, Tiangaye et Jean-Serge Bokassa, qui sont considérés comme les têtes de turcs de la galaxie des courtisans tournant autour de Touadéra.
Mais cela n’est pas du tout du goût des magistrats qui s’entredéchirent entre une majorité jalouse de son indépendance et une minorité acquise à Flavien Mbata, l’homme de main de Touadéra, à la tête du puissant département de la justice qu’il manipule à sa guise. Véritablement le torchon brûle entre lespro-justice et les pro-pouvoir.
La Grande Muette, non plus n’est pas du reste. C’est dire combien la société centrafricaine, avec le passage de Touadéra à la tête de l’Etat, est fragmentée, disloquée, traversée par des tensions sécessionnistes. Sur les réseaux sociaux des jeunes officiers sous couvert de l’anonymat dénoncent la formation bas de gamme des instructeurs russes qu’ils ont identifiés comme étant des mercenaires. Ca grogne dans les casernes. L’information semble être remontée jusqu’au niveau de la ministre de la défense, Mme Koyara, qui jusque là fait le mort. Silence radio. Un mutisme qui alimente le malaise des officiers généraux de l’Etat-major coincés entre une fidélité à la hiérarchie politique et une réalité du terrain de plus en plus insupportable.
Tous les ingrédients présidant à la chute du régime ont été réunis par Touadéra lui-même du fait de son amateurisme politique qui combine pilotage à vue et marginalisation systématique des autres. Finalement les éléments de la nature ont joué contre lui dans cette partie qui voit revenir au devant de la scène les tenants de la cause des Nairobistes qui se positionnent en situation de force, dans l’optique du Dialogue Politique à Addis-Abéba, pour lui imposer leurs conditions draconiennes : amnistie générale, statuts des anciens chef de l’Etat et départ imminent et sans condition du premier ministre au bénéfice d’un premier ministre de consensus, dépouillant le président de la république de la majorité de ses pouvoirs.
Sans alliés, sans poids, sans soutiens, Touadéra est terrassé et n’a plus d’autre choix que d’obtempérer car la donne a changé en sa défaveur. En cas de refus de sa part, c’est sa tête qui sera réclamée par tous. A se demander donc si Addis-Abéba aura plus des airs de Libreville ou de N’djaména. Nous le serons très vite, toujours est-il que la partie est terminée pour Touadéra.
Marcel Kaboré
Le Ouagalais.

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