Centrafrique : « Arrestation du colonel Edouard Modoua  par les russes de Touadéra à Bouar » : la pire de toutes les trahisons !

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Le colonel Edouard Modoua, commandant de la redoutable région militaire du Nord – ouest, avec résidence à Bouar, chef – lieu de la préfecture de la Nana – Mambéré, a été arrêté à son lieu de travail, le mercredi 3 janvier 2024, par les mercenaires du Groupe Wagner et une compagnie de gendarmes de la SRI à bord de deux véhicules, jeté par terre, la tête enfouie dans un sac, torturé, finalement transféré et détenu depuis lors au Camp de Roux. Son bureau a été fouillé, son domicile perquisitionné, son pistolet automatique, son téléphone et celui de sa femme et une somme de 300.000 Fcfa, emportés.

Si certaines sources rapportent qu’il lui est reproché son implication directe dans l’assassinat du commandant de compagnie de la gendarmerie sortant de Berbérati, le capitaine Ouabangué avec toute sa famille et son aide de camp, le 8 novembre 2022, dans une embuscade à moins de 20 Km de la ville de Baoro, ou sa responsabilité dans la mort d’un gendarme exerçant dans la localité, d’après une fiche de renseignements  portée à la très haute attention de l’Imposteur de Bangui,  des indiscrétions proches des services militaires ont plutôt affirmé et soutenu que « son enlèvement et sa séquestration » seraient en réalité une réponse musclée des mercenaires russes à l’arrestation d’une dizaine de militaires qui se sont révélés complices de leurs exactions dans la ville de Bouar par ce dernier.

Dans le même temps, le maire de la ville de Baboua a reçu la désagréable visite de ces « missi dominici ». Sans ménagement et devant les membres de sa famille et ses administrés, il a été, lui aussi, arrêté, tabassé et torturé. Après avoir effectué de minutieuses fouilles dans son bureau, sa maison a été explorée de fond à comble, des portes fracassées et une importante somme d’argent emportée. Au moment où nous mettons sous presse, il serait entre la vie et la mort et détenu à la base des mercenaires russes à Bouar. Selon un responsable de la hiérarchie militaire, son nom serait cité dans une affaire d’atteinte à la sûreté intérieure de l’état en association avec le sous – préfet de Baboua qui, informé de l’arrivée du « Commando de la mort de Touadéra », aurait réussi à s’évaporer dans la nature.

Au – delà du caractère « manifestement illégal, inhumain, humiliant, cruel et dégradant » de ces opérations d’arrestations de hautes autorités locales, dans l’exercice de leurs fonctions et sur les lieux de leurs services devant leurs proches collaborateurs, leurs administrés et les membres de leurs familles, il se pose indubitablement, comme nous l’avions toujours dénoncé et clamé haut et fort, l’éternelle problématique de la responsabilité directe et personnelle de l’Imposteur de Bangui, dans la gouvernance administrative et politique des affaires de la cité. En effet, s’il ne l’a jamais su, en sa qualité de premier magistrat et en considération de ses prérogatives constitutionnelles, nous nous faisons l’humble devoir de lui faire connaître qu’il est l’autorité suprême qui nomme à des hautes fonctions civiles et militaires, qui, de ce fait et par ce fait, protège, qui relève, qui sanctionne et qui gracie. A ce titre, il doit veiller à ce que les droits des uns et les obligations des autres qui reflètent les valeurs fondamentales du service public, soient scrupuleusement respectés.

C’est pour cela que ceux-ci disposent des garanties qui leur sont allouées par le statut général de la fonction publique, parmi lesquelles le droit d’être protégés dans l’exercice de leurs fonctions. Cette garantie tire toute sa substance du principe selon lequel tout agent public a droit à la protection de son employeur, dénommée protection fonctionnelle. Elle lui apporte une double assurance : La protection contre d’éventuelles atteintes et poursuites judiciaires (mais aussi, par voie de conséquence, la protection du service public qui ne peut convenablement fonctionner et s’opérer en toute indépendance, si les agents publics sont aux prises à des attaques) ; Et la réparation du préjudice subi. Elle se justifie par la nature spécifique des missions confiées aux agents publics qui les exposent, parfois, dans l’exercice de leurs fonctions, à des relations conflictuelles avec les usagers du service public et qui leur confèrent des prérogatives pouvant déboucher sur la mise en cause de leur responsabilité personnelle, civile ou pénale. Elle est un droit statutaire (reconnu par le Conseil d’État dans un arrêt CE n°387571 du 20.05.2016), et réaffirmée comme principe général du droit (arrêt CE n°312700 du 08.06.2011 ; arrêt CE n° 427002 du 08.07.2020 ; elle est en effet reconnue comme tel depuis l’arrêt CE du 26.04.1963 « centre hospitalier régional de Besançon », n° 42783). L’employeur ne peut d’ailleurs s’y soustraire, ou mettre en œuvre des mesures insuffisantes ou inadaptées à la situation, sous peine d’être sanctionné par le juge et de voir sa responsabilité engagée.

Fort de ce qui précède, dans cette République qui est la nôtre, qui se veut et se dit démocratique, l’on est en droit de s’interroger tout naturellement sur les raisons de ces multiples arrestations intervenues dans le pays, ces derniers temps, dont sont victimes de hauts cadres de l’Etat et du député Dominique Ephrem Yandocka, en dehors du cadre légal et réglementaire, à l’exemple de celles du colonel Edouard Modoua, commandant de la redoutable région militaire du Nord – ouest et du maire de la ville de Baboua, non pas par des officiers de police judiciaire, régulièrement assermentés et munis d’un mandat dûment délivré et signé par le procureur ayant compétence « ratione loci », mais par des forces non – conventionnelles, de véritables hors – la – loi qui prennent leurs ordres directement du premier magistrat de la République, en l’occurrence Monsieur l’Imposteur de Bangui, et qui lui rendent compte personnellement. Il ne faut pas être, du coup, un sorbonnard pour comprendre que ces actes de graves violations des droits de l’homme ne peuvent être commis que sur ses instructions personnelles et revêtent indubitablement un caractère politique et criminel. Nous sommes là devant un crime d’état, et cela est extrêmement grave.

Face à ces actes criminels et ces forfaitures d’état, le summum de l’inacceptable et de l’indignité dans toute sa splendeur, en outre, c’est la non – réactivité, la complicité apparente et la démission coupable des forces de défense et de sécurité intérieure dont les missions consistent à assurer la protection des biens et des personnes, défendre l’intégrité du territoire national et à veiller à la préservation des intérêts fondamentaux de l’Etat. Comment est – il possible qu’un commando de la mort sous l’autorité des mercenaires du Groupe Wagner, avec des hommes lourdement armés, à bord de deux véhicules, ait pu quitter Bangui, sans que les services de renseignements de la garnison de Bouar n’aient été au courant, parcourir plus de 452 Km, pénétrer tranquillement dans l’enceinte du Camp du Général Leclerc et procéder à l’enlèvement du commandant de la région, en l’absence de toute opposition et de toute résistance de la part des militaires qui y sont affectés ou détachés ? Si pour la majorité des Centrafricains, c’est la peur d’être identifié, reconnu comme complice, et sanctionné, qui peut expliquer cette non – réaction des militaires, pour la minorité à laquelle nous appartenons, cet acte n’est rien d’autre qu’un acte de haute trahison, la pire de toutes les trahisons, de démission et d’insulte à la mémoire de tous ces hommes et ces femmes qui ont écrit l’histoire de cette garnison de Bouar.

Avec certitude, tous les militaires affectés dans la région militaire du Nord – ouest et qui étaient de service ce mercredi 3 janvier 2024, ont failli à leurs missions et ne sont plus dignes d’être considérés comme de valeureux soldats et de majestueux héritiers du général Bigeard qui, après la guerre d’Algérie, avait donné tout son lustre à ce camp, de 60 à 63 à la tête de 2.000 hommes et de 200 familles. C’est au début de la seconde guerre mondiale, à la suite de l’Appel du 18 juin 1940 que le Capitaine Robert de Roux en poste à Bouar avait rallié civils et militaires à la cause de la France libre, en juillet 1940. Le 16 octobre 1946, était créé le District de Bouar dans la circonscription de l’Ouham – Pendé. Puis 1947 avait vu l’établissement d’un camp Leclerc. En septembre 1967, l’ESFOA (École Spéciale de Formation des Officiers d’Active) créée le 16 février 1966, par le général Jean – Bedel Bokassa à Bangui, était transférée à Bouar. Elle fonctionnera jusqu’en 1973, puis sera rouverte en 2005.

Perchée sur une colline à 800 m d’altitude, la ville de Bouar et son ESFOA ont formé et offert à certains pays africains et à la République centrafricaine des militaires de valeur, formatés spécialement pour servir leur pays avec honneur et dignité jusqu’au sacrifice suprême. Le congolais Marien Ngouabi, les tchadiens feu Idriss Déby et feu Hassan Djamouss, le héros de la résistance à la politique d’hégémonie libyenne au Tchad, étaient passés par le Camp Leclerc. Les généraux Bozizé, Gambi, feu Ouandé et Autres y ont été brimés et formés. Si le général Jean – Bedel Bokassa avait fermé l’ESFOA en 1973, c’était tout simplement parce que le contingent de Bouar et du Camp Leclerc était de tous les régiments de la République, le plus redoutable, le plus armé, le plus efficace et le plus craint. En moins de 24 heures, il pouvait parcourir plus de 452 Km et atteindre Bangui. Ceux qui sont de notre âge et nos aînés se souviennent encore du procès Bokassa et de l’odyssée de nos vaillants militaires, ressortissants de l’ESFOA, victimes des traquenards et finalement liquidés par Jean – Bedel Bokassa. S’ils devaient revenir en vie et tenir le Camp Leclerc, ce mercredi 3 janvier 2024, le Commando de la Mort de Touadéra venu de Bangui serait neutralisé. Ils auraient ensuite marché sur Bangui, à leur tour, pour procéder à l’arrestation de l’auteur de cet acte, et rétablir l’ordre et la sécurité, en moins de vingt – quatre heures. A l’heure où nous traçons ces lignes, on parlerait de Touadéra au passé simple de l’indicatif.  Mais, hélas !

En refusant de défendre leur commandant face aux « Affreux Blancs » du Groupe Wagner qui ont souillé par leurs puanteurs le Camp Leclerc, les militaires qui étaient de faction ce jour – là, ont réussi l’exploit de faire retourner dans leur tombe leurs Pères et leurs aînés Mandet, Kolegnako, Abakar, Lingoupou, Mandaba, Banza, et Autres. C’est la pire de toutes les trahisons qui les poursuivra jusqu’au – delà de la mort.

Jean – Paul Naïba

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