Centrafrique : « Appel au génocide lancé par M. Fidèle Gouadjika » : où sont les 50 influenceurs « formatés » par M3D ?

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Selon le journal en ligne Oubangui Médias, il nous a été rapporté que, « du 30 au 31 octobre 2023,  plus de 50 influenceurs ont été sensibilisés à Bangui sur la lutte contre les discours de haine, la désinformation et la rumeur. Ces deux jours ont été organisés par l’organisation Médias, Démocratie et Développement durable (M3D) en collaboration avec l’Oubangui Médias avec l’appui de la Minusca. A la fin de ces jours, des influenceurs ont signé un engagement commun en vue de la lutte contre ces fléaux et ont fait quelques recommandations ». Ces derniers s’engagent à «  Lutter contre la désinformation, les discours de haine et les rumeurs ; Sensibiliser sur les différentes plateformes de communication ; Assumer leurs publications ;Se soutenir  mutuellement sur les réseaux sociaux en faisant la promotion des artistes ;  Publier des faits vérifiés ».

Depuis quelques jours, l’actualité socio – politique nationale est particulièrement marquée par la dernière sortie médiatique de M. Fidèle Gouandjika, ministre – conseiller spécial à la présidence centrafricaine. Répondant à la demande faite solennellement, à la tribune des Nations unies par la représentante spéciale du secrétaire général de l’Onu, la rwandaise Mme Rugwabiza Valentine, aux pouvoirs publics d’organiser un dialogue politique inclusif avec l’ensemble des forces politiques et sociales, les groupes armés y compris, celui que tous les Centrafricains qualifient du Fou du roitelet de Boy – Rabé est monté au créneau pour non seulement rejeter cette initiative, mais surtout lancer un appel au génocide et à l’assassinat des étrangers, des personnels de la Munisca et des blancs, jusqu’à ce que ce ne soit d’autres personnes qui puissent gouverner le pays.

Mais, alors que tous s’attendaient tout naturellement à un tollé général et généralisé de la part de ces « Influenceurs » sur les réseaux sociaux, devant la gravité de ces propos tenus « urbi et orbi » par une haute personnalité proche de l’Imposteur de Bangui, connu pour ses exhortations à des tueries de masse, dans un pays encore « in conflict » où la réconciliation nationale est toujours mise en rudes épreuves, où les armes continuent de tonner, où les droits de l’homme sont constamment violés par des mercenaires russes et rwandais à la solde du pouvoir, où la légalité et la légitimité souffrent de reconnaissance par les partis politiques de l’opposition démocratique et la société civile, et où, en sus de la violation permanente de la constitution du 30 mars 2016, une nouvelle loi fondamentale a été adoptée suite aux consultations référendaires du 30 juillet 2023, aucune réaction n’ a fort étonnement été enregistrée.

Un « influenceur » n’est – il pas une personne qui, grâce à son exposition sur le net, a une influence directe ou indirecte sur les internautes qui la suivent, et peut susciter leurs décisions sur les grands problèmes politiques et socio – économiques auxquels leur pays est confronté ? L’ouverture d’une enquête judiciaire par le parquet et l’arrestation des bourreaux du directeur de la chaîne de radio Amplitude FM et journaliste connu sous l’appellation de Martinez Zogo, retrouvé mort, le 22 janvier 2023, dans la périphérie de Yaoundé, cinq jours après son enlèvement, n’ont – elles pas été rendues possibles grâce à la détermination des « Influenceurs » camerounais ? Pourquoi ce comportement silencieux si indigne des influenceurs ? Ont – ils peur ? Ou bien ont – ils purement et simplement décidé de choisir leur camp, celui du criminel de Bangui ? Pourquoi alors ont – ils pris part à ces deux jours de sensibilisation organisés par (M3D) en collaboration avec l’Oubangui Médias avec l’appui de la Minusca ? Ignorent – ils seulement « La Stratégie et le plan d’action de l’ONU sur le discours de haine », lancés par le Secrétaire général Antonio Guterres en 2019 ?

Pour la gouverne des uns et des autres, « la Stratégie et le Plan d’action de l’ONU sur le discours de haine » définit le discours de haine comme « Tout type de communication par la parole, l’écrit ou le comportement qui attaque ou utilise un langage péjoratif ou discriminatoire en référence à une personne ou un groupe en raison de ce qu’ils sont, sur la base de leur religion, de leur appartenance ethnique, de leur nationalité, de leur race, de leur couleur, de leur ascendance, de leur sexe ou d’autres formes d’identité. »  Le Plan d’action reconnaît que le secteur de la technologie et les entreprises de médias sociaux sont des partenaires clés pour aborder et contrer les discours de haine.  Les plateformes de médias sociaux constituent un moyen important pour les individus et les communautés de s’engager. De ce fait, les Nations unies s’engagent pleinement à s’associer à ces entreprises pour « aborder et contrer les discours de haine », conformément aux normes internationales en matière de droits de l’homme. C’est en application de cet engagement que la Minusca a organisé cet Atelier de sensibilisation qui s’est tenu à Bangui, du 30 au 31 octobre 2023.

Du fait de la fragilité du pays dans le domaine de la paix et de la réconciliation nationale, cet Atelier a sa raison d’être. En effet, d’une manière générale, à travers le monde, les groupes minoritaires ou ceux qui sont perçus comme différents continuent d’être les cibles et les victimes de discours haineux. Ces groupes sont désignés comme boucs émissaires pour les difficultés rencontrées par leurs dirigeants. Par le passé, les discours de haine ont contribué aux conflits et à la violence.  L’Holocauste, le génocide de 1994 contre les Tutsis au Rwanda et le génocide de Srebrenica en 1995 ont été caractérisés par la déshumanisation et des propos désobligeants dans les discours des dirigeants politiques, entre autres. En Irak, la campagne lancée par Daesh/ISIL contre des groupes minoritaires comme les Yazidis, s’est accompagnée de discours haineux et a laissé présager la commission d’un génocide. Au Myanmar, des discours de haine ont été utilisés pour décrire les Rohingyas comme des sous-hommes afin de justifier leur massacre.

A ce propos, il faut noter que l’Holocauste est un événement fondamental pour la compréhension de la civilisation occidentale, de l’État-nation, de la société bureaucratique moderne ainsi que de la nature humaine. Il fait référence au meurtre de masse prémédité de millions de civils innocents. Poussés par une idéologie raciste  qui considérait les Juifs comme des « vermines parasites » qui ne pouvaient qu’être éradiquées, les nazis organisèrent un génocide  à une échelle sans précédent. Ils condamnèrent tous les Juifs d’Europe à la mort : les malades et les bien-portants, les riches et les pauvres, les orthodoxes et les convertis au christianisme, les personnes âgées et les jeunes, et même les nourrissons.

Bien des choses ont été écrites sur ce qui s’est passé pendant la période de l’Holocauste pour savoir où, quand et comment les nazis  ont mis à exécution leur projet meurtrier. Cependant, pour comprendre leurs motivations, il faut tout d’abord examiner et saisir les fondements théoriques qui les conduisirent en premier lieu à élaborer de tels plans. Analyser la doctrine de l’idéologie raciale nazie permet d’expliquer en partie cette implacable détermination à éliminer physiquement tous les Juifs d’Europe. C’est Adolf Hitler, le Führer (dirigeant) du parti nazi, qui formula et exprima les idées connues sous le nom d’idéologie nazie. Il se considérait comme un penseur profond, convaincu d’avoir trouvé la clé pour comprendre un monde extraordinairement complexe. Les caractéristiques, attitudes, compétences et comportements étaient, selon lui, déterminés par les origines raciales de chacun ; tous groupes, races ou peuples (il utilisait ces mots de façon interchangeable) portaient en eux des traits qui se transmettaient immuablement d’une génération à l’autre. Personne ne pouvait échapper aux qualités intrinsèques de la race. Toute l’histoire de l’humanité pouvait s’expliquer par la lutte raciale.

Les derniers propos de M. Fidèle Gouandjika, au regard de ce qui précède, constituent de manière incontestable des appels à la haine, au génocide, à une guerre communautaire, à des actes de tueries de masse et à des violences contre les personnels de l’Onu, des ambassadeurs et des étrangers se trouvant sur le sol centrafricain. C’est un appel à des violences à base communautariste, à savoir des chrétiens contre des musulmans, ou en fonction d’appartenance régionale et ethnique, c’est – à – dire les ressortissants des ethnies majoritaires contre son ethnie minoritaire, celle des Gbaka – Mandja. Seulement dans les deux cas, son projet funeste, criminel et diabolique ne peut se réaliser, du fait que les chrétiens et les musulmans vivent  désormais ensemble et ont créé la CPC dont l’objectif principal est de chasser Touadéra du pouvoir, et en considération de ce que la majorité des Centrafricains ont compris que ce ne sont pas tous les Gbaka – Mandja qui ont tiré profits de la mal- gouvernance institutionnalisée du criminel de Bangui. Si jamais cette deuxième probabilité venait à se produire, les Gbaka – Mandja s’en sortiraient vaincus et l’armée timide et même complice ces derniers temps se verraient dans l’obligation de se faire violence pour s’emparer du pouvoir et rétablir l’ordre.

Fort de ce qui précède, si l’État est le premier responsable de la protection des populations contre les discours de haine, nous devons affirmer et soutenir que la société civile joue également un rôle très important dans toute société démocratique. Dans la prévention des crimes d’atrocité, la société civile, c’est – à – dire les « Influenceurs », conformément à la Stratégie et au Plan d’actions des Nations unies sur le discours de haine, dont les grandes lignes insistent sur la contribution de tous les acteurs de la société, en particulier les acteurs locaux, est appelée à aborder et contrer le discours de haine qui, dans le contexte centrafricain, peut être un précurseur et un déclencheur de nouvelles atrocités, tel que nous l’avions connu en 2013, après le coup d’état de la Séléka.

Ayant la capacité d’influencer de grands groupes de population lorsqu’elle utilise sa voix pour promouvoir la non-discrimination, le respect de la diversité et l’importance de sociétés inclusives et pacifiques, nous demandons à nos « Influenceurs » de mériter des frais de commodité dont ils ont été bénéficiaires, du 30 au 31 octobre 2023, lors de cet Atelier. Car, « ils » peuvent donc servir de modèle et exercer une influence positive, en contribuant aux efforts de prévention et de consolidation de la paix sur le terrain, en République centrafricaine.   Comme en 2020, lorsque nous avons courageusement dénoncé les élections groupées, singulièrement catastrophiques, à l’issue desquelles le candidat Touadéra a été déclaré élu par l’ANE par seulement 17% du corps électoral, et desquelles plus de 300.000 Centrafricains ont été délibérément exclus, nous leur lançons un défi, à eux et à Oubangui Médias, de prendre clairement position contre les propos tenus par Fidèle Gouandjika.

Jean – Paul Naïba

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