Centrafrique : « Affaire Issa Manou » : le président de l’assemblée nationale Simplice Mathieu Sarandji doit être destitué

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Le 18 octobre 2018, une pétition dûment signée par quatre-vingt-quinze représentants (95) du peuple sur les cent quarante (140), a été régulièrement déposée au secrétariat permanent de l’assemblée nationale, et accusait le président de la 2ème institution de la République, celle de la représentation nationale, Abdou Karim Méckassoua, de manquement grave aux devoirs de sa charge et de mauvaise gestion.

Cette procédure qui a été effectivement examinée par la conférence des présidents des commissions, avant d’être exposée et débattue en plénière le vendredi 26 octobre 2018, reposait essentiellement, au gré de ses initiateurs, sur le respect scrupuleux des dispositions de l’article 70 de la constitution du 30 mars 2016, selon lesquelles « le président de l’assemblée nationale peut faire l’objet de procédure de destitution pour manquement aux devoirs de sa charge sur la demande motivée du tiers (1/3) des députés. La destitution n’est prononcée que si le vote recueille la majorité des deux tiers (2/3) des députés composant l’assemblée nationale. L’assemblée nationale procède alors à l’élection d’un nouveau président dans les trois (3) jours francs qui suivent cette destitution. Le scrutin se déroule à bulletin secret. »

« La confiance n’existe plus », avait affirmé Mathurin Dimbele Naoke, premier signataire de la pétition, deuxième vice-président de l’Assemblée nationale de Centrafrique. La pétition listait une série de méfaits dont se serait rendu coupable le président de l’Assemblée nationale pour réclamer sa destitution. Il aurait, selon certaines indiscrétions, empêché le bureau de l’Assemblée de faire son travail en faisant la rétention de deux rapports. Le non-respect de la procédure concernant des marchés publics ou encore des détournements de fonds lui sont aussi reprochés. « Quel exemple pouvons-nous donner aujourd’hui ? Parce que nous sommes vraiment plongés dans des scandales financiers et administratifs. L’Assemblée nationale est devenue la risée de la population. Alors qu’est-ce que nous allons dire ? Quel compte allons-nous rendre à nos électeurs ? », s’est interrogé ce dernier. Dans son discours le 1er octobre à l’ouverture des travaux de la deuxième session ordinaire de l’Assemblée nationale en cours, Abdou Karim Méckassoua s’était montré déterminé à affronter ses adversaires, arguant: « Que ceux qui veulent lancer la procédure de destitution le fassent. Je suis prêt. Je ne suis pas naïf. Mais qu’ils le fassent dans la transparence et le respect de la Constitution ».

Comme il fallait s’y attendre, la conférence des présidents s’est réunie le 19 octobre pour décider de la recevabilité de la pétition. Si certains députés signataires se sont déjà rétractés en affirmant ne pas avoir signé ce document, et contestant ainsi l’authenticité de la liste des deux tiers (2/3) des députés acquis à cette cause, tout avait été minutieusement mis en œuvre pour maintenir le nombre des signataires requis afin d’obtenir la destitution, le vendredi 26 octobre 2018, du président de l’assemblée nationale, député du troisième arrondissement de Bangui, celui du quartier sensible PK5. Cependant, joignant l’acte à la parole, le président Abdoul Karim Méckassoua ne s’était pas laissé avoir facilement et s’était battu jusqu’au bout, conformément aux dispositions du règlement intérieur : « Le Règlement Intérieur de l’Assemblée Nationale est venu compléter les dispositions constitutionnelles et préciser qu’il y a quatre cas, et seulement quatre cas, dans lesquels on peut dire qu’il y a manquement aux devoirs de la charge. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu’il faudra que les partisans de la destitution arrivent à répondre positivement aux quatre (4) questions suivantes. Première question et premier cas de figure : Est-ce que, en tant que Président de l’Assemblée Nationale, je me suis opposé à ce que le Bureau rende compte de sa gestion aux Députés ? Deuxième question et deuxième cas de figure : Est-ce que, en tant que Président de l’Assemblée Nationale, j’ai empêché la présentation aux Députés du rapport d’une Commission spéciale d’enquête, ne serait-ce qu’une fois ? Troisième question et troisième cas de figure : Est-ce que, en tant que Président de l’Assemblée Nationale, j’ai refusé de transmettre au Procureur Général près la Haute Cour de Justice, une résolution de mise en accusation du Président de la République pour Haute trahison ? Enfin, quatrième question et quatrième cas de figure : est-ce que, en tant que PAN, j’ai, ne serait-ce qu’une fois, refusé de transmettre une décision de mise en accusation de députés devant la Haute Cour de justice ? Comme je l’ai déjà dit, j’attends sereinement les réponses que les partisans de la destitution apporteront à ces questions. »

La suite de cette odyssée se terminera, le vendredi 26 octobre 2018, après de durs et houleux débats marqués singulièrement par des perturbations, et au cours desquelles les députés Alfred Rombhot Yékatom et Thierry Georges Vackat ont été arrêtés sans aucune forme de procès, par la destitution du président Abdoul Karim Méckassoua et l’élection du député de Baboua Laurent Ngon Baba, président du PAD et membre du MCU. Au centre des accusations portées par ces députés, en sus de gestion patrimoniale et clanique, à savoir des pratiques d’attribution des marchés par la formule de gré à gré et de recrutements du personnel sur la base des critères d’appartenance politique, confessionnelle et ethnique, se trouvait l’affaire dite des « kits de députés » : les contempteurs de Méckassoua accusaient celui-ci d’avoir détourné une partie des fonds destinés à financer ces kits. En dépit de l’insuffisance d’éléments de preuves, les personnes qui étaient décidées à en découdre coûte que coûte avec celui qui assumait au moment des faits les fonctions de Président de l’Assemblée Nationale, étaient allées jusqu’au bout de leurs ambitions. En agissant de la sorte, l’assemblée nationale avait perpétré un véritable coup de force, une opération de déstabilisation d’une institution majeure de la République, en violation flagrante de la Constitution !

Cela est d’autant plus vrai que, plusieurs mois plus tard, le député du 3ème arrondissement de la ville de Bangui sera totalement blanchi des accusations de détournements de fonds et de gestion patrimoniale et clanique, formulées contre lui par ses détracteurs et le pouvoir de Bangui et sur la base desquelles il avait été en réalité destitué en 2018, dans un rapport de la Cour des comptes. Comme « le devoir de tout patriote vrai et éclairé, de tout démocrate authentique, de tout militant pour un État de droit est de réagir, de dénoncer l’horreur, la complicité fétide, la collusion nauséeuse entre un régime politique aux abois aux intentions totalitaires », et une assemblée nationale qui avait démissionné de ses responsabilités pour se mettre au service et à la dévotion du pouvoir, nous nous sommes révoltés contre cette destitution à travers nos multiples articles et publications pour clamer haut notre dégoût et faire acte de courage politique. Tout naturellement, nous n’avions pas été entendus.

Seulement, quelques années plus tard, précisément le 3 janvier 2022, il s’est passé un événement qui marquera à jamais d’une pierre noire le reste du magistère de l’Imposteur de Bangui : de nouveaux témoignages dans l’affaire d’enlèvement et d’assassinat du compatriote Issa Manou. Cette fois – ci, un autre compatriote qui a joué un rôle important dans la jeunesse du MCU, avant pendant et après les élections truquées du 27 décembre 2020, et qui a démissionné, non seulement confirme les circonstances dans lesquelles Issa Manou a été enlevé pour ne plus réapparaître, mais surtout interpelle et accuse directement le secrétaire exécutif national du MCU Simplice Mathieu Sarandji, Piri et Autres.

Si, depuis sa disparition le 20 janvier 2021 jusqu’à aujourd’hui, aucune once d’enquête n’est ouverte pour élucider ce qui s’est réellement passé, en dépit de la plainte des enfants du disparu, classée sans suite par le procureur de la République Laurent Lengandé, nonobstant les assurances du ministre de la justice voire du président de la République, dans leurs déclarations officielles sur l’indépendance de la justice, les Centrafricains pensent que l’heure est enfin venue, au lendemain de la dernière sortie médiatique de notre compatriote Ibrahim Abdoulaye, pour les élus de la nation, de prendre leurs responsabilités dans cette affaire qui ne cesse de déshonorer et d’enlaidir l’image de la représentation nationale. A l’exemple de leurs prédécesseurs Mapenzi, Dimbélet et Autres, ils doivent laver cette boue puante qui leur est jetée à la figure et exiger la destitution du criminel qui est à la tête de l’assemblée nationale.

Comme en 2018, ils doivent par une pétition accuser Simplice Mathieu Sarandji de manquement grave aux devoirs de sa charge, conformément aux dispositions de l’article 70 de la constitution. Si en 2018, les arguties reposaient essentiellement sur la volonté d’un groupuscule d’individus d’en finir avec le président de l’assemblée nationale, aujourd’hui elles sont motivées par une soif de justice pour des représentants nationaux, suite à la commission d’un crime crapuleux auquel a participé le président de l’assemblée nationale Simplice Mathieu Sarandji. A cet effet, et à la manière du compatriote Ernest Lakouetene – Yalet, nous leur disons que le faire, c’est entendre les cris du désespoir de la famille et des enfants de Issa Manou ;  c’est se révolter ici, clamer son dégoût maintenant face à cette ignominie ; c’est faire acte de courage patriotique ; c’est donner un sens à cette phrase célèbre du dramaturge nigérian Prix Nobel de Littérature, Wole Soyinka : « L’homme meurt en tous ceux qui se taisent devant la tyrannie »; faisant écho à l’appel du grand homme d’État américain Thomas Jefferson : « Se révolter contre la tyrannie, c’est obéir à Dieu. »

La rédaction

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