Centrafrique : »Affaire Dr Gonessa »: la lettre du Pr Joachim Sioké Rainaldy

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                                                                                     Bangui le 7 décembre 2022
Pr. J. SIOKE RAINALDY
Faculté des Sciences
_______________                             A Monsieur le Recteur de l’Université de Bangui

                                                                       Président du Conseil de discipline

Monsieur le Recteur,

Je Vous remercie de la confiance placée à ma modeste personne en m’invitant à la réunion
du Conseil de discipline qui se tiendra demain 8 décembre. N’ayant reçu la convocation
qu’aujourd’hui après avoir pris d’autres engagements pour le même jour, je ne pourrais
malheureusement pas être à cette réunion. Néanmoins, il me semble nécessaire d’apporter
ma modeste contribution au débat sur quelques points importants.

Le premier point est le fait reproché : « Manquement à l’obligation de réserve d’un
fonctionnaire ». Il me semble que cette citation n’est pas complète puisqu’il omet le membre « dans l’exercice de ses fonctions ». Mais au-delà, en quoi la prise de position du Docteur GONESSA peut-elle être considérée comme un « manquement à l’obligation de réserve » si elle n’est qu’un constat ?

Nous savons tous que notre système éducatif dysfonctionne à plusieurs niveaux et nous
vivons quotidiennement leurs conséquences. A titre d’exemple, alors que le « Séminaire
National sur l’Education et la Formation », tenu en 1982, mettait à jour différents
dysfonctionnements, le taux de réussite dans les premières années de la Faculté des Sciences dépassait largement les 50% ; aujourd’hui ce taux n’atteint pas 10%. Vous le savez Monsieur le Recteur, l’Université de Bangui a dû, dans la même décennie, organiser les « Etats Généraux de l’Université de Bangui » dont les documents sont disponibles dans nos archives.

Je rappelle humblement que l’on peut retrouver à la FLSH le mémoire de maitrise d’une
étudiante de l’Université d’AIX-MARSEILLE, mémoire rédigé ici dans le cadre d’un accord de
coopération entre nos deux institutions vers la fin de la décennie 90 qui dénonçait déjà le
harcèlement sexuel. Ce travail avait à l’époque sensibilisé les responsables sur cette
thématique.

Aussi, les propos du Docteur GONESSA, que je n’ai pas suivis personnellement, devraient-ils plutôt aider les décideurs à s’interroger sur les voies et moyens de sortie de cette grande crise que traverse notre système d’éducation et de formation. A cet égard, chacun d’entre nous est interpellé par les utilisateurs des personnes formées à l’Université de Bangui qui n’auraient plus les compétences minimales que l’on peut attendre d’elles.

Un signe qui ne trompe pas est le nombre de moins en moins élevé des étudiants de la
sous-région CEMAC inscrits à l’Université de Bangui. En exemple, pour Vous qui êtes
médecin, le premier spécialiste camerounais du paludisme a obtenu son diplôme de docteur
en médecine ici à la FACSS de Bangui. Cela n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. L’on peut par contre rappeler le scandale de cet étudiant tchadien qui, après avoir été inscrit en Master à la FSJP, est reparti dans son pays neuf mois après avec un doctorat de notre Université ; cela a valu l’envoi d’une mission tchadienne dirigée par un ami mathématicien en vue de s’enquérir de cette anomalie universitaire ; il y a moins de cinq ans. Les collègues qui ont organisé ce genre de dérive contraire à l’éthique universitaire ayant terni l’image de notre institution nationale n’ont jamais été traduit en Conseil de discipline.

L’on peut aligner des exemples mais la question essentielle est : en quoi la dénonciation
publique des dysfonctionnements de notre système d’éducation et de formation doit-elle
être considérée comme la violation du droit de réserve alors que dans les décennies
précédentes celle-ci a été le point de départ des fora ci-dessus cités.

Le second point concerne la procédure mise en œuvre dans ce cas précis. Nous savons que
l’Université de Bangui jouit de l’autonomie administrative et c’est certainement à ce titre que notre institution organise des réunions du Conseil de Discipline pour les personnels
académiques qui sont des fonctionnaires car ces réunions relèvent de la responsabilité de la
Fonction Publique. Pour mémoire nos textes actuels créent le Conseil de discipline pour les
étudiants et non pour les personnels académiques. C’est donc en usant de cette autonomie
que ces réunions sont organisées pour les personnels académiques. Il en résulte que
l’Université de Bangui devrait suivre les procédures en cours à la Fonction Publique en la
matière pour éviter toute attaque en justice. Le Rectorat a-t-il pris les précautions d’usage
pour éviter des affrontements dommageables à la communauté universitaire ?

En conclusion, il convient non seulement de mieux préciser le motif de cette traduction en
Conseil de discipline du Docteur GONESSA mais aussi d’avoir la garantie de la mise en œuvre de la procédure y relative.

Tel est l’objet, Monsieur le Recteur, de la présente note que je soumets à Votre attention.
Veuillez agréer, Monsieur le Recteur, l’assurance de mes respects.

Pr. J. SIOKE RAINALDY

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