Centrafrique : « Affaire Aurélien Simplice Kongbélé Zingas » : qu’en dit l’inspecteur général des services judiciaires ?

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L’actualité nationale est particulièrement marquée ces derniers temps par la décision d’interdiction faite, par le commissaire de la police de l’air et des frontières aéroportuaires, sur instructions du procureur de la République Laurent Léngandé, au député de Mobaye 1 Aurélien Simplice Kongbélé Zingas d’embarquer, le 19 mai 2021, à destination de Midrand en Afrique du Sud, en vue de prendre part aux travaux de la 4ème session ordinaire de la 5ème législature du Parlement panafricain.

Quelques heures plus tard, cette mesure restrictive des libertés prise en flagrante violation des dispositions de l’article 5 de la constitution et de celles de l’article 118 de la loi organique n°17.0011 du 14 mars 2017 portant règlement intérieur de l’assemblée nationale, a été attaquée devant le tribunal administratif par la victime par la procédure de référé. Le mercredi 25 mai 2021, le tribunal administratif, statuant souverainement en premier ressort, au nom du peuple centrafricain, a ordonné la levée des mesures administratives faisant interdiction au requérant de quitter le territoire national et la restitution de tous ses documents de voyage confisqués. Une belle victoire de la justice sur l’illégalité, l’injustice et l’arbitraire ; mais une victoire sans lendemain.

En effet, aussi invraisemblable et révoltant que cela puisse paraître, le ministre des transports et de l’aviation civile assurant l’intérim du ministre de la justice et grade des sceaux, le nommé Arnaud Djoubaye Abazène, l’une des éminences grises de la nébuleuse Séléka, celui – là dont les mains sont pleines du sang des Centrafricains de 2013 à 2014, celui – là dont le nom a été cité dans l’assassinat d’un magistrat, Modeste Martineau Bria, alors directeur général des services judiciaires, et de son aide de camp, froidement abattus le 17 novembre 2013 au quartier Sica 2, celui – là qui a joué un rôle important dans la planification, l’organisation et l’exécution de l’apocalypse inter – communautaire qui s’est abattue sur les populations de Birao et Ndélé, courant 2019 et début 2020, avec l’assassinat du bébé Amin et de sa mère Assan, et donc celui – là dont la place doit être à la CPI et non dans un gouvernement digne de ce nom et à la tête d’un département ministériel aussi sensible que celui de la justice, a décidé contre toute attente de faire obstruction à l’exécution de ce jugement. Il l’a fait notifier à qui de droit le mercredi à 15 h 30 mn dans un restaurant de la capitale, par la bouche du procureur général Eric Didier Tambo. Pour les combattants de la liberté,  nous sommes là devant l’hommage du vice à la vertu, comme l’avait dit La Rochefoucauld.

Bien entendu, nous ne pouvons que tout logiquement rejeter cette décision du ministre intérimaire de la justice, garde des sceaux et la décrier de la manière la plus virulente qui soit, d’autant plus qu’elle est dictée par un assassin et un mercenaire du sang des Centrafricains qui, depuis plusieurs années, n’a cessé d’user de ses pouvoirs de magistrat pour régler les comptes de ceux qui lui font de l’ombrage et l’empêchent d’assouvir ses desseins politiques. Nous en voulons pour éléments à charge contre lui son passage au parquet, en tant que 1er substitut du procureur, sous l’autorité directe d’un certain Firmin Féïndiro.

C’est lui qui était le vrai patron de ce qu’on appelait « Le Guantánamo de Bossembélé », un véritable camp de concentration où étaient incarcérés des leaders d’opinions et des détenus de droit commun. C’est lui qui y avait transféré le jeune Serge Venant Magna. Kidnappé, le mardi 14 août 2012 vers 12 heures, il avait été déporté dans cette prison spéciale du centre d’instruction militaire de la garde présidentielle. Tortures et traitements inhumains, humiliants et dégradants furent ses lots quotidiens, jusqu’à ce que son épouse en mourût d’épouvantable chagrin, à Dakar au Sénégal. Son cynique bourreau s’était même opposé à l’exécution d’une ordonnance de mise en liberté prononcée à son encontre par un juge. C’est lui, toujours et encore lui, qui était à la manœuvre derrière l’arrestation des journalistes Faustin Bambou et Emmanuel Cyrus Sandy, respectivement directeurs de publication des journaux « Les Collines de l’Oubangui » et « Médias+ ».

En effet, alors que le procès du premier avait été initialement prévu le mercredi 15 juin 2011, celui-ci avait été renvoyé à la demande du procureur de la République, pour « conjonction des faits ». En cause, la présence dans la salle d’audience du deuxième qui, venu soutenir son confrère arrêté suite à une plainte en diffamation du ministre de la défense nationale, avait publié entretemps un article qualifié par le ministère public d’ « incitation à la révolte et à la haine ». Aussi invraisemblable et inédit que cela puisse paraître, après avoir suspendu l’audience et auditionné Emmanuel Cyrus Sandy qui avait été conduit dans son bureau par des militaires, il avait ordonné son arrestation et son embarquement pour la SERD. A ces quelques exemples, s’ajoutent d’autres forfaits de l’homme soigneusement enfouis dans les tiroirs des archives du parquet dont l’histoire en témoignera bien un jour.

Mais, avant d’interpeller l’inspecteur général des services judiciaires sur tous ces abus et ces actes de graves atteintes aux droits humains, contraires à notre constitution et à tous les instruments juridiques internationaux auxquels la République centrafricaine a entièrement souscrit, dont la responsabilité incombe à ce Monsieur qui dispose de toute l’autorité administrative et politique sur l’appareil judiciaire, nous devons avoir le courage et l’humble devoir citoyen de lui rappeler que ce Monsieur a non seulement joué un rôle éminemment déterminant dans la planification, l’organisation et l’exécution du coup d’état de la Séléka, en 2013, mais surtout  que son nom est régulièrement cité dans la commission des horreurs apocalyptiques dont ce régime s’est rendu coupable et responsable en si peu de temps.

Il sera plus tard l’un des responsables les plus influents du pays de 2013 à 2014 du fait de ses relations familiales avec le chef d’état de transition Michel Djotodia. Pour pérenniser le pouvoir de la nébuleuse Séléka, il avait créé le CEDAD qui, à savoir le Comité extraordinaire pour la défense des acquis démocratiques, n’était en réalité qu’un centre de détention des opposants et des leaders d’opinion, de tortures, d’assassinats et d’exécutions extra – judiciaires. Avec l’accession du Gangster de Bangui au pouvoir, il se servira des relations de son demi – frère Djotodia pour rentrer dans le gouvernement et continuer ses activités de mercenaire contre les institutions nationales républicaines, tel un termite en mission à l’intérieur d’une poutre. Et c’est comme un termite en train de ronger toute la charpente d’une maison que l’homme se sert de ses pouvoirs régaliens de garde des sceaux pour convoquer un juge, le menacer  dans son bureau et donner les instructions pour qu’une décision de justice rendue, en toute indépendance et au nom du peuple souverain, ne soit pas tout simplement appliquée. Et c’est tout aussi en tant qu’un termite belliqueux, atroce et mordant « termes fatale, arda ac mordax » qu’il  a organisé les affrontements inter – communautaires de Birao et Ndélé, courant 2019 et début 2020, ayant occasionné de centaines de pertes en vies humaines dont celles du bébé Amin et sa mère Assan, et a obtenu, il y a seulement quelques jours, la relaxe pure et simple de certains éléments de la Séléka, accusés d’avoir commis des actes criminels, arrêtés à Bria et transférés par la Minusca à la tristement maison pénitentiaire de Ngaragba à Bangui.

Monsieur, l’inspecteur général des services judiciaires, que dites – vous de ce sévère réquisitoire que nous venons de  prononcer  ci – dessus contre l’accusé et le criminel Arnaud Djoubaye Abazène, un magistrat de carrière et membre du MCU ? En toute âme, toute conscience et toute responsabilité, pensez – vous que, dans le contexte d’un pays en crise où se trouve actuellement la République centrafricaine, ce criminel a sa place à la tête du ministère de la justice et garde des sceaux ? Quelle est votre réaction suite à la décision de cet égorgeur de la Séléka de ne pas appliquer une décision de justice, en votre qualité de celui qui contrôle et enquête, évalue et conseille, coordonne et audite ? Trouvez – vous normal qu’un  assassin qui assure les fonctions d’un ministre intérimaire de la justice puisse convoquer un juge dans son bureau, lui demander de se justifier par rapport à une décision de justice et formuler des menaces à son endroit ? Ayant une compétence transversale sur l’ensemble des directions et des services du ministère et ayant l’obligation d’évaluer et contrôler leurs activités,  dans le cadre, précisées par les lois et règlements de la République en vigueur, n’êtes – vous appelés à ouvrir une enquête sur cette affaire Zingas contre le procureur Léngandé pour en tenir informé le peuple centrafricain, la représentation nationale, le Parlement panafricain et les partenaires internationaux ? Par votre silence, ne livrerez- vous pas à jamais les juges à la merci de l’homme politique et ses ambitions ? Quelles sont vos relations avec les magistrats ? Ne voulez – vous pas faire taire par votre silence sur cette affaire précise les nombreux soupçons de corruption qui ternissent le corps et  l’image de la magistrature centrafricaine ? Est – il conforme à l’éthique et la déontologie professionnelle qu’un magistrat puisse faire de la politique à visage découvert, sans avoir préalablement démissionné du corps de la magistrature ?

Tout en sachant que : « Quand les juges sont corrompus par la cupidité ou l’ingérence politique, la balance de la Justice est faussée et les simples citoyens en paient le prix », comme le disait Mme Huguette Labelle, alors présidente de Transparency International avant d’ajouter qu’« un système judiciaire corrompu ignore la voix de l’innocent et permet au coupable d’agir en toute impunité », Monsieur l’accusé Joseph Bindoumi,nous vous donnons la parole !

Imamiah – Imhotep Yamalet

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