Centrafrique : « Affaire achat frauduleux du véhicule de fonction de l’IGE feu Mapouka Pierre par Ngamana Evariste » : impérieuse nécessité de la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire

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Dans un article intitulé : « Centrafrique : le 1er vice – président de l’AN Evariste Ngamana derrière la disparition du véhicule de fonctions du feu l’IGE Pierre Mapouka », publié le 25 janvier 2023, nous avons décidé, après de minutieuses investigations menées près de la famille du « De Cujus », de porter sur la place publique cette rocambolesque histoire de disparition du  véhicule de l’Inspecteur général d’Etat feu Pierre Mapouka du lot des biens et meubles scellés par ses ayants – droits et celle de son acquisition dans des conditions encore fort opaques par le 1er vice – président de l’assemblée nationale Evariste Ngamana.

Même si, d’après les renseignements fournis par ces sources, les ayants – droits du propriétaire vont intenter une action en justice, dans les meilleurs délais pour la manifestation de la vérité, il n’empêche que ce véhicule était encore à la disposition de son utilisateur et qu’aucune information sur sa réforme n’était ni connue des différents services de l’état ni publiée dans les colonnes des journaux de la place. C’est dire que ce bien matériel roulant reste et demeure encore un bien public censé être comptabilisé et enregistré dans les livres – journaux des véhicules de l’Etat, tenus régulièrement par les services du bureau permanent, placé sous l’autorité directe de l’inspecteur général d’état. A ce titre, et de ce fait, dans le cadre de sa mission de contrôle de l’action gouvernementale, et devant l’extrême gravité de cette affaire dans laquelle est impliqué un député de la nation, de surcroît le 1er vice – président, l’assemblée nationale doit non seulement réagir immédiatement et interpeller le mis en cause, mais surtout, dès la prochaine session ordinaire du mois de mars, mettre en place une commission d’enquêtes parlementaire afin de faire toute la lumière sur l’épineuse question des détournements des véhicules de l’état, chaque année, par l’entreprise de la procédure non – transparente de réforme ou de cession.

En effet, depuis l’avènement du régime de l’Imposteur de Bangui, il est alloué chaque année d’importants crédits destinés à l’achat des véhicules de l’Etat, un milliard cinq cents millions de Francs CFA (1.500.000.000) au titre de l’exercice 2022 et cinq cents millions de Francs CFA (500.000.000) pour l’année en cours. Malheureusement, il a toujours été constaté une certaine mauvaise gestion de ces fonds due essentiellement aux méthodes opaques de dotations des différents départements ministériels de ces matériels roulants, avec de graves irrégularités et des conséquences budgétaires et financières énormes pour l’Etat et le contribuable centrafricain. Afin de mettre un terme à ces gaspillages financiers à travers des pratiques mafieuses d’extorsion et de braquage de bien public à l’exemple du cas du véhicule de l’IGE feu Mapouka Pierre payé par l’Etat à 80.000.000 millions de Fcfa, mais acheté par un certain Evariste Ngamana à seulement 14.000.000 millions de Fcfa, il est impératif d’enclencher un processus qui, à terme, doit révolutionner – le mot n’est pas trop fort – le vécu et les habitudes d’«une Administration de commandement», en «une Administration de développement» pour mieux placer la République centrafricaine sur les rampes de l’émergence.

Aujourd’hui, dans le cadre du processus de rationalisation des dépenses de l’Etat, en cette période de vache maigre et de rareté de ressources, réformer la commande et l’utilisation des véhicules de l’Etat s’avère plus qu’obligatoire. Pourquoi une telle réforme ? Plusieurs enquêtes et études commanditées par certaines sources indépendantes font parler de chiffres effarants ! De 2016 à 2023, l’Etat et le secteur parapublic centrafricain ont passé des commandes de plusieurs centaines de véhicules. Soit environ un milliard cinq cents millions (1.500.000.000) de Francs CFA  de crédits ouverts chaque année dans la loi de finances et destinés à l’acquisition des matériels roulants dont le coût moyen unitaire est de quatre et vingt (80) millions de FCfa. En somme, ce n’est pas moins de plus de dix (10) milliards de FCfa qui ont été engloutis dans ce domaine, ces sept (7) dernières années. Avec cette enveloppe, combien d’universités, de lycées, d’écoles, de postes de santé etc., auraient pu être construits ? Inutile de faire le calcul !

A ce gâchis sidérant viennent s’ajouter d’autres, lorsqu’on jette un coup d’œil sur l’utilisation et la gestion faites de ces véhicules. A ce propos, il ressort des mêmes études que la durée de vie moyenne d’un véhicule administratif est officiellement de quatre années, selon les experts des services du Bureau Permanent à l’IGE ; mais officieusement, elle est moins de deux (2) ans ; plusieurs fois moins qu’un véhicule privé, qui est de quinze années. C’est dire que l’État est obligé de renouveler son parc automobile non pas tous les quatre ans, mais plutôt tous les ans. Les causes de ce gaspillage scandaleux renvoient à trois maux : primo, l’absence totale d’effort pour l’entretien de ces biens publics de la part des affectataires ; secundo, l’utilisation des véhicules administratifs à des fins privées ; tertio, la cannibalisation fréquente et persistante, pour dire le moins, des véhicules administratifs pour équiper des véhicules privés. A cela se greffent la difficulté de retracer le parc automobile de l’Etat, le déséquilibre ou la disproportion entre la gamme ou le standing des véhicules, le niveau de responsabilité des affectataires ou leur niveau de vie, en violation des dispositions (décrets, arrêtés) existantes qui réglementent tout cela.

L’autre saignée monstrueuse que subit l’Etat et à laquelle nous attirons l’attention des élus de la nation, c’est la consommation de carburants. L’enveloppe culmine à – retenez votre souffle ! – dix (10) milliards de FCfa l’année (État et secteur parapublic confondus), selon certaines confidences. Ici aussi, les abus sont la règle et la bonne conduite l’exception. A tous les échelons de l’Etat et du secteur parapublic, les dotations en carburant aux affectataires de véhicule administratif sont sans rapport avec les besoins réels. La redistribution des dotations à des fins privées est habituelle, avec la persistance d’un système de monnayage des tickets et cartes de carburant au détriment de l’État. L’explication de cette situation qui grève le budget national d’un pays en voie du sous – développement comme la République centrafricaine renvoie à une violation généralisée, connue de tous et restée impunie, de la réglementation sur le carburant. Une disposition qui exige, sous d’autres cieux, cinq (05) litres par jour et par véhicule, soit une moyenne cent cinquante (150) litres par mois et par affectataire. Seulement, dans la réalité centrafricaine, les dotations sont très largement dépassées, allant en moyenne de deux cent cinquante (250) à cinq cent (500) litres par affectataire de véhicule.

Fort de ce qui précède, en partant de l’affaire de la disparition et de l’achat du véhicule de l’IGE feu Mapouka Pierre, la commission d’enquêtes parlementaire, sans préjudice des mesures disciplinaires ou des sanctions à prendre à l’encontre  du 1er vice – président de l’assemblée nationale Evariste Ngamana, doit initier des réformes qui prennent de court, fondamentalement motivées par l’impérieuse nécessité d’établir un «mieux d’Etat», en déclarant une guerre de plusieurs batailles, sur divers fronts, à un mal endémique : la gabegie née du train de vie dispendieux de l’Etat. Et nanti du diagnostic alarmant tiré de l’affaire Ngamana, elle devra proposer des solutions contre les pratiques de gaspillages des finances de l’Etat, à travers les réformes et les cessions de véhicules de l’Etat par de nouvelles procédures de la commande, de l’affectation, de l’utilisation, du coût de l’entretien et de la consommation de carburant des véhicules administratifs.

Jean – Paul Naïba

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