Centrafrique: à Bangui, le marché noir d’essence sauve les automobilistes

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En Centrafrique, la crise des carburants, qui a débuté en mars, se poursuit. À Bangui, les stations qui ne sont pas fermées faute d’approvisionnement, sont prises d’assaut. Un marché noir s’organise en parallèle. Le gouvernement ne parvient pas à rétablir la situation et accuse les fournisseurs. Les taxis et moto-taxis, eux, subissent au quotidien les effets de la crise.

De notre envoyé spécial à Bangui,

Le mot a circulé dans la rue et sur les messageries : ce matin-là, la station Total de l’avenue des Martyrs a du carburant. La file d’attente s’étire sur une cinquantaine de mètres, Archange est au milieu avec sa moto-taxi. « On ne sait pas quoi faire ! On vient à la station à 6 heures et on attend parfois jusqu’à 19 ou 20 heures. On n’en trouve même pas, du carburant », dit Archange.

Les motos-taxis défendent leur position dans la queue, mais des piétons la coupent pour faire remplir des bidons, les forces de l’ordre laissent faire. En raison de la pénurie, les taxis perdent plusieurs jours de travail par semaine, dorment parfois devant les stations.

Gracien Ndéma Atangtadiao est le secrétaire général du SCRTB, un des syndicats de conducteurs de taxis et de bus. « Tout ce monde, c’est pour le marché noir ! Là, tu vois ceux qui sont déjà servis. Tu vois le monsieur en gilet, il est là pour « l’anti fraude ». La crise est loin d’être résolue, d’autant que chacun en tire profit pour le moment. »

Plus cher et de moindre qualité

À la pompe, le prix est bloqué à 865 francs le litre depuis de longues années. Mais le long des boulevards, il se vend en bouteille 30 à 40% plus cher, souvent coupé, ce qui risque d’endommager les moteurs. Beaucoup s’arrêtent à ces échoppes, par contrainte, comme à celle de ce revendeur, installé juste devant une station fermée.

On achète dans des bidons : soit on remplit dans les stations, et il faut laisser quelque chose au pompiste, 5 000 francs, ou au moins 3 000 ou 4 000, sinon on achète ce qui vient des pays voisins, comme le Cameroun, le Soudan, la RDC. On nous laisse le carburant à 1 000 francs le litre, et nous on revend, à 1 100, 1 200 francs. C’est comme ça qu’on nourrit nos familles. Parfois, la police débarque et confisque tout. Mais ces derniers temps, vu la pénurie, on nous laisse tranquilles.

Le gouvernement a promis à plusieurs reprises ces derniers mois un retour vers la normale, mais les transporteurs assurent que la situation ne s’est pas améliorée. Le ministre de la Communication, Serge Djorie, affirme que les stocks sont là, et accuse ouvertement le groupe Total d’organiser la pénurie. Les fournisseurs s’en défendent, mais refusent de commenter. Une source onusienne explique qu’au prix actuel, ils vendent à perte, d’où les faibles volumes importés.

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