Centrafrique : « 3ème Mandat »: Réflexion autour d’une grossière manœuvre

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3ème MANDAT EN CENTRAFRIQUE.REFLEXION AUTOUR D’UNE GROSSIERE MANOEUVRE
Comme beaucoup de Centrafricains et d’Africains, j’ai été estomaqué à la lecture du discours introductif à une conférence de presse tenue il y a quatre jours dans un hôtel de Bangui, pour exposer l’argumentaire de son/ses auteur(s), issus du parti du président Touadéra, à l’appui d’une initiative surréaliste de modification de la Constitution de ce pays.
Discours lu par le nommé KAKPAYEN, député de son état, et avocat de profession, paraît-il.
[ KAKPAYEN, volà un nom promis à une célébrité négative certaine, à l’instant de KOUDOUFARA naguère ].
Le débat du 3ème , voire du énième mandat présidentiel, qui occupera indubitablement les prochains mois et années, ne saurait laisser indifférent. Il s’agit d’un débat fondamentalement politique, mais, d’abord juridique, donc technique. Notre pays compte, heureusement, d’éminents juristes, constitutionnnalistes, techniciens du droit, mais aussi des politiques rompus à la tâche. Je ne doute pas que chacun, à son niveau, se fera le plaisir et le devoir de s’impliquer patriotiquement dans cette bataille ouverte par des fossoyeurs invétérés de la démocratie centrafricaine obtenue de haute lutte, que des arrivistes et des braconniers qui n’ont eu aucune part à cette lutte héroïque, ont le culot de vouloir détruire.
Comme citoyen, patriote, républicain, militant convaincu de la Démocratie, je crois de mon devoir, de m’impliquer lucidement dans ce débat, de poser des questions utiles, de relever des incohérences et absurdités que l’on tente de faire passer pour du bon sens.
QUI PARLE? QUI EST LE DÉCLENCHEUR DE CETTE MASCARADE ?
Je n’ai pas l’heur de connaître Kakpayen. Je me suis intéressé à l’avocat qu’on dit qu’il est. En cette qualité, il est supposé savoir le sens, la valeur et la précision des mots. La profession d’avocat est universellement très respectée. En RCA, ces 40 dernières années, elle a laissé de grands noms : POUZERE, TIANGAYE, ZARAMBAUD ASSINGAMBI, ZOKOEZO, et d’autres, des « Ténors » du barreau, comme on dit qu’on a vu batailler avec brio et maestria, lors de grands procès.
En présence du texte portant la signature du sieur Kakpayen, mon réflexe naturel a été de lire et entendre ce député-avocat dans son argumentation. Or quand j’ai lu, je me demande toujours, 4 jours après: Mais qui nous parle là?
<<Je voudrai m’acquitter d’un devoir…>>,
<<notre invitation>>,
<<nous vous avons conviés…>>,
<<notre initiative>>,
<<vous conviendrez avec moi que…>>, <<nous joignons notre voix à…>>,
<<je citerai…>>,
<<nous avons précisé les jours…>>, <<nous précisons que…>>,
<<nous avons supprimés (sic)…>>, <<…que nous avons initiée>>,
<<nous ne pouvons accepter…>>, etc.
Au total, 4 fois la 1ère personne du singulier, contre 11 fois celle du pluriel! Ce n’est pas anodin. Il ne s’agit même pas du <<nous>> de majesté.
Il paraît clair que Kakpayen n’est pas l’auteur du discours qu’il prononce; il ne fait que prêter sa voix à un groupe de gens cachés, tapis dans l’ombre, à qui il sert de porte-parole; des gens qui l’envoient faire le sale boulot. De toute évidence, Kakpayen déçoit; il ne s’assume pas! On veut nous faire gober qu’il est à l’origine de cette initiative politiquement suicidaire, en l’affichant dans le titre du texte :
《…Le député Kakpayen s’attaque à l’article 35 relatif à la limitation de la durée du mandat présidentiel》
(autre erreur, que l’intéressé n’a pas rectifiée), car ce n’est pas à « la durée », mais au « nombre » de mandats qu’il s’attaque.
ENCORE DES EFFORTS DANS L’EXPRESFION, CHER MAÎTRE !
Ce texte de 4 pages, lu en public, a été bâclé, griffonné à la hâte, comme le montrent cet échantillon peu glorieux :
-<<une période de turbulence politique de tout genre>> L’absence de pluriel ici est étrange.
-<<Les raisons évoquées>>. « invoquées » eût été plus correct.
-<<(une Constitution) mal fagotée… pleine d’incohérence.>> « fagotée » est une impropriété pure; nulle chose ne peut être « pleine » d’une seule « incohérence », question de bon sens.
-(en parlant de la Constitution)
-<<L’institution qui l’a élaboré et adopté>> Élémentaire, l’accord du paricipe passé avec « avoir », quand le participe est précédé par le COD  » l’  » mis pour « la Constitution; donc « elaborée…adoptée » concernant l’adoption, elle n’a pas été le fait de l’institution, mais du peuple, par voie référendaire.
-<<Nous avons supprimés « élus »>> Ouf!
-<<Les Anciens Présidents de la République est membres de droit…>>
Ouf! passons à autre chose…
MODIFIER LA CONSTITUTION, POURQUOI? ET DANS QUEL SENS?
En fermant les yeux sur la légèreté de l’expression, j’ai voulu comprendre, connaître les raisons de cette démarche subite et précipitée qui pousse à cette folie.
La 1ère raison avancée viendrait de l’article 151 de la Constitution, qui dispose :
《L’initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au Président de la République et au Parlement statuant à la majorité des deux tiers des membres qui composent chaque chambre》
Cela suffit-il pour qu’un simple député, 1 sur 140, seul ou en clique, enclenche un processus de révision de la Constitution ? Un député, une clique de députés n’ont pas qualité pour ce faire, au regard des précisions de proportions contenues danger article 151.
Mais, puisqu’il s’agit d’une manoeuvre, d’une basse besogne, de cet article 151, le sieur Kakpayen (ou ses commanditaires, facilement reconnaissables) passent à l’article 156, qui confère à l’Assemblée nationale toute latitude pour exercer 《la totalité du pouvoir législatif en l’absence du Sénat, l’autre chambre du Parlement》La bonne affaire!
Ces gens se croient si malins qu’ils pensent arriver à leurs fins à coups d’entourloupes, de coups tordus de malhonnêteté. Tout le monde n’étant pas familier des subtilités de la CONSTITUTION, ils sont sûrs de réussir leur coup bas par la ruse.
Or, après l’article 151 et avant le 156, ils savent très bien qu’il y a l’article 153 ! Comme il ne les arrange pas, ces gros menteurs, fraudeurs et tricheurs, préfèrent le passer sous silence.
Que dit l’article 153 :
《Sont expressément exclus de la révision:
– La forme républicaine de l’État;
– Le nombre et la durée des mandats présidentiels;
– Les conditions d’éligibilité;
– Les incompatibilités aux fonctions du Président de la République;
– Les droits fondamentaux des citoyens;
– Les dispositions du présent article.》
C’est ce qu’on appelle les « verroux », qui ont pour rôle d’empêcher quiconque en reverait de violer allègrement cette Constitution. Mais chacun sait que tout voleur décidé, qui trouve une porte verrouillée, à double tour, n’a qu’une solution: le viol, l’effraction ! Touadéra et son petit monde savent parfaitement que cette Constitution ne leur donne pas le droit de faire ce qu’ils sont en train de faire, de toucher ni à la durée ni au nombre de mandats présidentiels ni aux conditions d’éligibilité, ni à tout cet article 153; ce serait un « coup d’État » constitutionnel. Cest écrit! Mais, en bons putschistes, qui n’ont jamais rien « gagné » que par complot et coup d’Etat, ils sont en train de s’y essayer…
Si ces aventuriers incompétents étaient en faveur du progrès et de la consolidation de notre Démocratie, voici les deux actions prioritaires qu’ils auraient dû accomplir :
1- Au lieu de continuer à nommer par décrets les maires comme cela se pratique depuis près de 40 ans, ils auraient permis que les maires soient démocratiquement élus par les populations. Cest ce qui se passe partout en Afrique et dans le monde. La démocratie à la base commence par les communes. Cela se faisait en RCA jusque sous Kolingba.
2- La Constitution de 2016 a créé le Sénat. Il ne reste plus qu’à le mettre en place. Or voilà 6 ans que Touadéra et son régime en sont incapables! Ils préfèrent s’accommmoder de cette lacune, de ce vide, en se répétant avec « gloire » la formule de 2016, qui dit : 《…en l’absence du Sénat…En attendant la mise en place du Sénat…》
Qu’en 2 mandats, toutes les institutions constitutionnelles prévues depuis 2016 ne soient pas mises en place est une honte et un cuisant échec de ceux dont c’était le rôle et la mission. Ils sont disqualifiés pour engager le peuple dans de nouvelles épreuves périlleuses et coûteuses.
L’obsession du 3ème mandat n’est certainement ni prioritaire ni responsable ni raisonnable.
TOUTE REVISION QUI N’EST PAS PORTEUSE DE PROGRÈS EST UNE STUPIDITÉ, À OUBLIER
Quand on lit le discours des Touadéra-Boys à la manoeuvre, genre Kakpayen et consorts, on a le sentiment que c’est fait, que les modifications ont déjà eu lieu, qu’on se situe dans une époque post-révision… Voici quelques éloquentes illustrations de l’accent de leur discours :
<<L’article 35 relatif au nombre de mandat(sic) du Président de la Republique qui n’est plus limité…>> (Bof! Alpha Condé disait ça, il a même fait massacrer des gens pour ce rêve fou…)
<<Le Président de la République est appelé à désigner un Vice-Président>>
<<Le candidat à l’élection présidentielle doit être dèsormais…>>
<<L’article 36 nouveau(…) Nous avons précisé les jours de tenue des premier et second tour…>>
<<L’article 69 nouveau qui renvoie désormais le renoullement du bureau de l’Assemblée Nationale…>>
<<L’article 73 nouveau: nous précisons dans cet article 73 nouveau les modes de désignation des Maires>>
<<Désormais les Sénateurs sont désignés par les Maires…>>
(Les maires nommés par l’exécutif central, et qui n’ont aucune aucune représentativité, vont nommer des Sénateurs! On marche sur la tête!!)
<<Nous avons supprimés (sic) « élus »…>> (ainsi parlent souvent les dictateurs et les tyrans ; ils ne proposent pas de supprimer, ils vous informent qu’ils ont déjà supprimé…)
<<Désormais les Anciens Présidents de la République est (sic) membres de droit de la Cour Constitutionnelle>> (Ils sont tellement redevables à Touadéra de ce quils sont, que même après la pluie de mandats qu’on s’apprête à lui offrir, on doit lui garantir jusqu’à sa mort l’impunité…
Mais le suprême argument de notre poignée d’amateurs, c’est d’oser écrire qu’ils supriment le verrou du 3ème mandat, car dans aucune Constitution d’aucun pays de la sous-région, il n’existe ce verrou.
Et c’est vrai au fond; après les 42 ans de règne d’Omar Bongo, les 43 ans d’Obiang Nguema, la quarantaine d’années de Sassou Nguesso, les 40 ans de Paul Biya, les 31 ans d’Idriss Déby, ces lumineux exemples sont si merveilleux, si fascinants qu’ils font de notre sous-région, non la risée du monde, mais le modèle démocratique absolu, le séduisant spécimen d’alternance en politique! Comment moderniser nos pratiques démocratiques et nous tourner vers l’avenir sans nous inspirer de ces fantastiques exemples?
Je ne comprends toujours pas que ces petits de Bangui aient oublié de remonter à Louis XIV, le Roi-Soleil, qui a régné sur la France de 1661 à 1715 (54 ans?
Voilà, en 2022, la Vision de ceux qui gouvernent notre pays. Si le sujet n’est pas si dramatique, on pourrait en rire.
Etonnez-vous encore de voir qu’on est les derniers au monde…
Ernest LAKOUETENE-YALET
30 mai 2022.

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