Cemac : une nouvelle Commission en quête d’une meilleure gouvernance

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ÉCONOMIE

Cemac : une nouvelle Commission en quête d’une meilleure gouvernance

Relecture du programme économique, recherche de financement alternatif, restauration d’une gestion orthodoxe…L’arrivée de nouveaux dirigeants, en tête desquels l’Équatoguinéen Baltasar Engonga Edjo’o, doit engager une série de chantiers au cours des cinq prochaines années au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.

Séjournant à Madrid pour des raisons de santé, il était le grand absent du rendez-vous du 17 mars, à Yaoundé. Mais Baltasar Engonga Edjo’o,donné favori pour occuper le poste, a  été porté à la présidence de la Commission de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), succédant au Gabonais Daniel Ona Onda.

Ce dignitaire équatoguinéen sera épaulé, en vertu du principe de la rotation, par le diplomate Charles Assamba Ongodo, 55 ans. La problématique de l’intégration sous régionale ne leur est pas étrangère : le premier était le titulaire, il y a encore cinq semaines, du portefeuille dans son pays, tandis que le second gérait ce dossier au sein du ministère camerounais de l’Économie.

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Au rang des commissaires, complètent le tableau le Gabonais Nicolas Beyeme-Nguema (marché commun), le Tchadien Ngabo Seli Mgobo (éducation, recherche et développement social), le Congolais Fulgence Likassi-Bokamba (politiques économiques, monétaires et financières) et le Centrafricain Francial Giscard Baudin Libengue Dobele-Kpoka (infrastructures et développement durable).

Une institution ternie

Ce nouveau collège aura fort à faire au cours des cinq prochaines années, à commencer par ripoliner la gouvernance d’une institution ternie par des scandales liés à des dépenses pas toujours orthodoxes. C’est le cas, entre autres, des missions de travail de responsables pour assister à la finale de coupe d’Afrique des nations (CAN) organisée par le Cameroun en 2022.

La restauration de la confiance entre les dirigeants et le personnel apparaît comme un impératif, tant une partie de ce dernier s’est senti mis à l’écart sous l’ancien management, à travers notamment une gestion arbitraire des avantages – à l’instar des rallonges accordées aux fonctionnaires ayant atteint la limite d’âge pour la retraite.

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Une situation imputable à des commissaires ayant abdiqué une partie de leurs responsabilités – quand ils ne cherchaient pas à se nuire entre eux –, renforçant par là-même le pouvoir du président. Mais aussi à des organes de tutelle, comme le conseil des ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC), incapable de suivre et, éventuellement, de sanctionner les dérives observées dans le fonctionnement de la Commission.

Ainsi, alors qu’elle figure dans leur compétence, les ministres se sont vu déposséder, au pro!t du président de la Commission, de la prérogative de nommer un auditeur interne. « La Cemac est considérée comme une opportunité pour les présidents de récompenser des
obligés. Après avoir désigné leurs compatriotes à des postes, les chefs d’État leur abandonnent la gestion des institutions communautaires qui deviennent des chasses gardées, aucunement soumises à la reddition des comptes », déplore un haut fonctionnaire communautaire.

Aucun rapport sur le Covid ou la guerre en Ukraine

Faire en sorte que cet organe retrouve sa vertu collégiale, notamment dans la prise de décisions, n’est pas le moindre des dé!s qui incombe à Baltasar Engonga, qui a commis, il y a quelques années, deux tomes sur la réforme de la Cemac. Cette dernière doit également revenir à sa vocation d’instance de réflexion. La crise sanitaire du Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie n’ont pas donné lieu à la production de rapports sur les moyens pour la région d’amortir ce double choc, regrette un rapport anonyme au vitriol de fonctionnaires de la Commission.

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L’un des chantiers portera sur la relecture du programme économique régional (PER) – en berne depuis des années –, afin de l’adapter aux exigences de l’heure, et sur la réactivation des politiques communes dans différents domaines (énergie, transport, interconnexion,
agriculture).

Si les aménagements du cadre de coopération monétaire avec la France – les cadres de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) voient l’intérêt de la Commission pour la question comme un empiètement intolérable – retiendront l’attention dans les prochaines
semaines, le renforcement du commerce intracommunautaire, qui peine à atteindre la barre de 5 % – une hérésie dans une union économique et monétaire – devrait préoccuper les nouveaux dirigeants.

Des États membres peu prompts à contribuer financièrement

Dans ce contexte, la taxe communautaire d’intégration (TCI) apparaît comme le nerf de la guerre pour l’institution, dont la bonne marche dépend de cette manne – elle s’élève à 51,6 milliards de F CFA (78,4 millions d’euros) pour cette année, soit 71 % du budget de l’institution. Pour heure, celle-ci représente surtout un véritable tendon d’Achille, tant les États membres rechignent à s’affranchir de leur contribution, dénonçant le manque de visibilité sur son utilisation.

Daniel Ona Ondo n’a ainsi eu de cesse de s’indigner du faible niveau de recouvrement de la TCI, qui s’établit entre 30 % et 40 %. Les arriérés ont atteint les 100 milliards de F CFA il y a deux ans. Cela devrait obliger l’exécutif entrant à relancer le chantier des sources alternatives de financement.

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Le collège ayant pris les rênes de la Commission a donc du pain sur la planche. Cependant, « affaibli ces derniers temps par son état de santé, Baltasar Engonga pourra-t-il disposer des ressources nécessaires pour redonner son lustre à l’institution ? » s’interroge un analyste fin connaisseur des arcanes communautaires. Il faudrait déjà que ce neveu de Toedoro Obiang Nguema Mbasogo réussisse le transfert du siège de l’institution de Malabo à Bangui. Un rapprochement physique avec Faustin-Archange Touadéra, le dirigeant centrafricain et président de la conférence des chefs d’État, qui se révèlerait plus que salutaire.

Jeune Afrique

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