Banque Mondiale : Passer de la fragilité à une croissance inclusive en République centrafricaine

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Passer de la fragilité à une croissance inclusive en République centrafricaine

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Dotée d’impressionnantes ressources naturelles et minérales, la République centrafricaine (RCA) pourrait être riche. Et pourtant le pays offre un exemple typique de la malédiction des ressources naturelles. Il ne parvient pas à tirer profit de ses importantes richesses naturelles ni à répondre aux besoins de sa population. Après deux transitions démocratiques et sept tentatives de coups d’État – dont cinq ont amené un changement à la tête du pays – la RCA est en proie aux conflits, à la corruption et à l’instabilité économique. Ces faiblesses se trouvent exacerbées par la dépendance vis-à-vis des matières premières, la faiblesse du secteur privé, la corruption, l’accaparement des ressources par les élites, le manque de cohésion sociale, et la vulnérabilité aux chocs extérieurs.

Près d’une décennie après la guerre civile de 2013, le pays demeure fragile et, malgré des progrès significatifs, traverse encore des périodes d’insécurité. Un nouveau conflit a ainsi éclaté au lendemain des élections présidentielles de 2020, décevant les espoirs de transition pacifique du pouvoir. La RCA se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, face à une conjonction de crises (COVID-19, conflit post-électoral, guerre en Ukraine, etc.) et face à des choix cruciaux en vue d’améliorer les conditions de vie de sa population. 

Chronologie : Fragilité et Conflit en République centrafricaine

Chronologie : Fragilité et Conflit en République centrafricaine
Source : personnel de la Banque mondiale

Les luttes de pouvoir créent l’insécurité

L’une des causes profondes de la fragilité du pays tient aux luttes pour le pouvoir et les ressources naturelles parmi les élites politiques. Cette situation a entraîné la formation de groupes politiques et armés, qui empêchent toute production ou investissements sûrs. Les élites politiques ont tiré parti des inégalités économiques et des différences ethniques et religieuses pour saper la cohésion sociale, jouer des tensions locales, et gagner ainsi leur légitimité. La volatilité de la situation de sécurité pousse les décideurs politiques à tous les niveaux de l’État à privilégier les gains personnels et de court terme, plutôt que d’adopter des réformes à plus long terme. Les élites et les groupes armés profitent de la population. Les frontières poreuses et la dépendance vis-à-vis d’acteurs extérieurs ont fait de la RCA le théâtre de tensions géopolitiques et de contestations. La faiblesse de la gouvernance et des services judiciaires, ainsi que le manque de responsabilisation et de libertés civiles ont facilité la captation des ressources et aggravé les griefs. La croissance reste instable, avec une productivité divisée par deux depuis 1990, et un PIB par habitant qui a chuté de 653 dollars en 1990 à 414 dollars en 2020.

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Fragility and Conflict in the Central African Republic

Fragilité and Conflits en République centrafricaine
Source : personnel de la Banque mondiale

La fragilité politique en RCA pourrait augmenter dans les mois et les années à venir. Au chapitre des risques, on compte l’incertitude macro-budgétaire associée à l’adoption du Bitcoin comme devise officielle (en avril 2022). D’autres facteurs pourraient également affaiblir l’appétit des bailleurs, parmi lesquels les retombées de la guerre en Ukraine, la dynamique démographique, les inégalités régionales en matière de pauvreté et de fourniture de services, ainsi que le projet d’amender la constitution en vue de permettre au président de briguer un troisième mandat. La cohésion sociale et le niveau de confiance sont particulièrement faibles dans les provinces, où le manque d’opportunités se fait le plus sentir, alimentant les frustrations.

Un besoin de réformes courageuses

Comme le montre un rapport récent, pour que la RCA réalise son énorme potentiel, elle doit s’attaquer aux causes profondes de la fragilité en créant des emplois, en améliorant la gestion de ses ressources naturelles et en établissant un contrat social.  L’analyse suggère ce qui suit :

  • Établir un contrat social pour sortir de l’instabilité chronique. Les précédentes tentatives pour tenter de résoudre la crise politique et l’instabilité n’ont pas rencontré le succès du fait du manque de confiance entre les États, les groupes armés, et les citoyens, ainsi que de stratégies temporaires, qui ne s’attaquaient pas aux causes profondes des conflits et de la violence. La RCA doit repenser son paysage politique et se concentrer sur le développement.
  • Mettre en place des réformes ambitieuses sur la durée, pour appuyer une croissance à long terme, promouvoir les échanges régionaux, renforcer la compétitivité, et s’attaquer à la corruption. La RCA pourrait accélérer sa performance économique, réduire de moitié le taux d’extrême pauvreté, et se hisser au rang d’État à revenu intermédiaire d’ici 2050 par le biais de réformes structurelles pour stimuler la productivité, le capital humain, et l’investissement privé. La Zone de libre-échange continentale africaine présente un fantastique potentiel pour le pays. Pour le faire fructifier, la RCA devrait supprimer les barrières non-tarifaires, notamment la faiblesse des liaisons routières et les lourdeurs administratives, faciliter la création d’entreprise, protéger le droit de propriété, améliorer les infrastructures telles que le réseau électrique et les TIC, et renforcer le système de passation des marchés publics. Le gouvernement devrait se concentrer sur l’application des lois et réglementations et déterminer des sanctions en cas de corruption et de fraude des fonctionnaires.

Les décideurs politiques doivent se concentrer sur l’accélération du développement, en améliorant la qualité de la gouvernance à tous les niveaux, et en augmentant la transparence pour optimiser l’impact des réformes sur le niveau de vie des Centrafricains. Pour établir la confiance, le gouvernement doit impliquer les organisations de la société civile et le grand public dans le processus de décision et se détourner de pratiques non-transparentes qui alimentent le sentiment d’exclusion, renforcent les griefs, et contribuent à détériorer un contrat social déjà précaire. Il est également urgent pour le gouvernement de regagner la confiance des partenaires du développement et des institutions régionales pour pouvoir tirer parti de leur appui.

https://blogs.worldbank.org

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