Bangassou : les soldats onusiens accusés d’avoir tiré à balles réelles sur des manifestants

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Depuis l’attaque et la prise de la ville de Bakouma par les éléments du FPRC et de l’UPC, fortement appuyés par des mercenaires tchadiens, soudanais et nigériens, les nouvelles en provenance de Bangassou, de sources locales, indépendantes et crédibles, ne sont pas du tout bonnes.

Non seulement parce que l’afflux des milliers de familles déplacées, contraintes de fuir les affrontements, abandonnées à elles – mêmes, sans – abris, privées de nourriture et  d’accès à l’eau potable et aux soins de santé, nécessite impérativement une réponse humanitaire des plus urgentes, mais surtout parce que ce déferlement d’hommes, de femmes, d’enfants et de blessés ne peut tout naturellement que susciter et provoquer un vent de panique et une psychose généralisée au sein de la population. Une population civile qui, devant l’impuissance des autorités locales, l’immobilisme des Faca et la complicité avérée du contingent marocain de la Minusca avec les envahisseurs, vit désormais dans l’angoisse permanente de l’imminence d’une offensive contre sa ville. Une population qui se prépare donc à mourir, comme l’Abbé Alain Zembi l’avait dit à Zémio.

Alors, dans le but de faire entendre, au monde entier, à la communauté internationale, à la Minusca, en général, et aux autorités légales et légitimes auxquelles elle a confié dans les urnes la gestion de sa destinée avec un mandat impératif,   ses derniers cris de détresse avant de capituler et de tomber sous les balles ou les couteaux de ces marchands de la mort, sans foi ni loi, elle a décidé d’organiser une marche pacifique, le lundi 7 janvier 2019. Les points de revendication étaient les suivants  : exiger le retrait des mercenaires de la ville de Bakouma et le départ immédiat de l’adjoint du représentant local de la MINUSCA du MBOMOU avec siège à Bangassou, en la personne de M. Jonathan LORRILARD et avoir accès à  l’aide humanitaire pour les déplacés ainsi que le déploiement des FACA dans la ville de Bakouma.

Un jour plus tard, face au silence des destinataires de ce  message à y répondre et  trouver des solutions à cette situation combien dramatique et si inhumaine, les familles déplacées ont décidé de maintenir la pression, en allant exprimer à nouveau leur colère devant la base de la Minusca. En réponse, elles auraient été accueillies par des détonations et des tirs d’armes lourdes et légères, de la part  des soldats marocains. Telles sont les révélations parvenues à la rédaction depuis quelques heures.

Afin de chercher en savoir davantage sur ce qui s’est réellement passé, plusieurs questions valent aujourd’hui la peine d’être posées au gouvernement Sarandji et à la Minusca. Que s’est – il exactement passé le mardi 8 janvier 2019 à Bangassou ? Pourquoi des dispositions sécuritaires n’ont – elles pas été prises pour encadrer les manifestants ? Qui a ordonné l’usage de ces tirs d’armes contre une population civile ? Quelle a été l’issue des négociations engagées avec les éléments de l’UPC et du FPRC à Bakouma ? Que font exactement les Faca à Bangassou ? N’ont – elles pas été déployées pour assurer la protection des biens et des personnes ?

Voilà de bien pertinentes questions qui n’auront malheureusement  jamais de réponse. Car tous savent qu’après Bakouma, la prochaine offensive  de ces envahisseurs visera bel et bien la ville de  Bangassou. Et personne n’ose en parler. Ni le gouvernement, ni la Minusca. La loi de l’omerta sur un grand complot. Un silence qui frappera le peuple centrafricain, une fois de plus, d’une blessure trop grave pour que les générations futures puissent le supporter. Un silence plus lourd que des vies qui ont péri, car pour l’éternité du monde, nous gisons à terre. Même si tous les âges, vaincus par le glaive, tombent en servitude, qu’ont fait nos enfants et nos descendants pour mériter un tel sort ? Ne comparaitrions – nous pas un jour devant le tribunal de l’histoire pour  avoir pris nos jambes à notre cou devant l’ennemi ?

Sur nos nuques et sur notre conscience d’homme, Bakouma pèsera à jamais comme le châtiment de la pire lâcheté.

Jean – Paul Naïba

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