Baltasar Engonga Edjo’o : « Il faut restaurer la crédibilité de la Cemac »

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Le nouveau président de la Commission de la Cemac s’est fixé un objectif : faire de l’intégration régionale un pilier de la relance économique en Afrique centrale. Mais la route est encore (très) longue.

Nommé le 17 mars 2023 à la présidence de la Commission de la Communauté
économique et monétaire des États de l’Afrique centrale (Cemac), Baltasar Engonga Edjo’o a du pain sur la planche. Confronté aux polémiques nées des accusations autour de la gestion de son prédécesseur, le Gabonais Daniel Ona Ondo, l’Équato-Guinéen tente de restaurer la confiance dans cette organisation très controversée.

Ancien ministre de l’Intégration régionale de Guinée équatoriale, proche du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, il espère permettre à la Cemac de rattraper le retard pris sur les autres institutions régionales africaines, notamment la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), régulièrement citée en exemple malgré la multiplication des coups d’État dans ses pays membres.

De séjour à Paris à l’occasion d’une table ronde pour le financement des projets intégrateurs de la Cemac, organisée le 28 et 29 novembre 2023, Baltasar Engonga Edjo’o expose les mesures qu’il entend mettre en œuvre pour améliorer la gouvernance de la Commission et sa vision pour redorer l’image de la Cemac. Entretien.

Jeune Afrique : Qu’attendez-vous de la table ronde pour le financement des projets intégrateurs, que vous organisez à Paris ?

Baltasar Engonga Edjo’o : Nous attendons qu’elle nous soit favorable afin de relancer l’activité économique dans notre sous-région. Ce n’est pas la première rencontre que nous organisons pour présenter les projets intégrateurs que nous aimerions développer dans notre zone. En 2020, nous avions proposé onze projets, et la plupart sont en exécution. Cette année, nous en comptons treize, que les instances de la Cemac ont sélectionnés et pour lesquels les études ont déjà été faites. Comme nous avons des problèmes de trésorerie, nous avons décidé de privilégier certains projets. Nous en définirons encore
d’autres pour compléter notre programme de réformes économiques.

Quels sont vos arguments face aux bailleurs de fonds ?

Les infrastructures que nous construisons facilitent l’installation d’entreprises internationales. Avec le cadre favorable à l’investissement que nous mettons en place, ils peuvent venir travailler et se diversifier chez nous.

Vous venez d’être nommé à la tête de la Commission de la Cemac. Dans quel état l’avez-vous trouvée ?

Ce n’est pas à moi de juger de la situation à ma prise de fonction. Un rapport d’audit a été présenté au Conseil des ministres. Les auditeurs ont fait leur travail et l’ont rendu à qui de droit. Cela partait du constat que la Commission de la Cemac était en errance à cause de la situation de crise qui a prévalu en République centrafricaine, le pays abritant le siège de notre organe. La Commission a donc dû être provisoirement relogée en Guinée équatoriale, à Malabo. Ce déplacement a eu un impact négatif sur la capacité des personnels à remplir leurs missions. C’est pour cette raison qu’en mars dernier, la Conférence des chefs d’États a commandité cet audit pour évaluer la situation financière et la gestion des fonctionnaires au sein de la structure. C’est un préalable à un plan d’assainissement ou de restructuration.

L’héritage de votre prédécesseur, Daniel Ona Ondo, n’est-il pas de nature à entraver votre mandat ?

Je peux juste vous affirmer que nous avons la ferme intention de transformer positivement les anomalies relevées par le rapport d’audit. Notre but est de fournir à la Commission les conditions pour qu’elle fonctionne normalement. Plusieurs actions serons engagées, qui tiendront compte de ce que les auditeurs et nous-mêmes avons constaté.

Quelles seront les suites de ce rapport d’audit ?

Nous en profiterons pour instaurer des instruments de contrôle dans la Commission. Nous prévoyons de créer un comité de trésorerie interne, composé de quatre ou cinq fonctionnaires, qui sera chargé d’examiner l’opportunité de certaines dépenses avant même que le dossier ne soit soumis à la signature du président. Nous souhaitons aussi élaborer un manuel de procédures visant notamment à encadrer les dépenses, pour lesquelles un
cheminement devra être observé avant d’être engagées.

Il est également question de renforcer l’audit interne. Cela existait déjà, mais la vérification était faite a posteriori des opérations, c’est-à-dire après que la dépense a été exécutée. Cette structure effectuera des vérifications plusieurs semaines en amont. Enfin, nous prévoyons de lutter contre le favoritisme par la mise en place de plans de carrière.

Et au sujet des malversations ?

L’objectif du président de la Commission que je suis est d’amorcer un plan de restructuration à partir de la situation réelle. Pour les malversations auxquelles vous faites allusion, chaque État a la possibilité d’engager la responsabilité de ses ressortissants et de les poursuivre s’il y a lieu. Ce n’est pas de notre compétence.

Quelles sanctions les personnes mises en cause encourent-elles ?

La plupart sont des fonctionnaires ayant vocation à faire carrière au sein de la Commission. Dès lors, leur cas sera examiné en fonction des textes en vigueur, qui prévoient tous les cas de figure. Si un fonctionnaire a bénéficié d’un avantage ou d’une prime indue, nous régulariserons la situation.

Certains pays membres ne reversent pas la taxe communautaire d’intégration (TCI) à la Cemac. Comment y remedier ?

Nous avons bon espoir que cela change et que la TCI soit reversée dans son intégralité. Après notre prestation de serment à N’Djamena [le 2 juin 2023], nous avions effectué une tournée pour rencontrer les ministres des Finances et les chefs d’États. Nous en avions profité pour demander l’application effective de l’automatisation du reversement des taxes collectées. Peut-être que certains présidents hésitaient à s’acquitter de leur TCI parce qu’ils étaient mécontents de la gouvernance de l’administration précédente. La nouvelle gouvernance doit rassurer les autorités de la zone. C’est pourquoi nous avons décidé d’instaurer tous ces mécanismes de contrôle interne susceptibles de leur garantir que l’argent qu’ils versent sera utilisé à bon escient. Nous aurons ainsi la possibilité de justifier toutes les dépenses ordonnées par la Commission à travers un rapport financier validé par un organisme extérieur. Il est important de donner aux pays membres des gages de crédibilité pour qu’ils ne fassent aucune difficulté à reverser la TCI. Ce changement vise aussi à séduire nos partenaires et autres bailleurs de fonds.

Les contrôles internes suffiront-ils à rassurer dirigeants et bailleurs de fonds ?

Nous avons proposé au Conseil des ministres que des audits externes réguliers soient menés, selon une périodicité allant du semestre à l’an. Ils viendront en sus des contrôles effectués par les structures internes dont nous disposons, à l’instar de la Cour des comptes. Dans notre programme, cette Cour sera renforcée par des personnels compétents et spécialisés, notamment dans ces missions de contrôle, aussi bien à la Commission que dans toutes les institutions communautaires que compte la Cemac. Nous devons restaurer sa crédibilité. Car ces institutions spécialisées recherchent des financements extérieurs à la communauté. Une bonne gouvernance les aiderait à en attirer davantage.

Jeune Afrique

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