Azawad – Wagner : Un tournant risqué pour la stabilité au Sahel

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Le 14 novembre 2023, les Mouvements politico militaires de l’Azawad ont annoncé leur retrait de Kidal afin de minimiser les pertes et de se repositionner autour de la ville. En effet, depuis quelques mois les autorités de Bamako ont décidé de relancer les affrontements militaires avec l’Azawad en faisant appel à des mercenaires du groupe russe Wagner et aux autres pays de la nouvelle alliance des États du Sahel (Niger, Burkina). Le conflit prend ainsi une dimension internationale qui risque d’éloigner davantage toute solution politique, pourtant privilégiée par la signature d’un accord de paix en 2015 sous l’égide de l’Algérie comme chef de file de la médiation internationale.

Huit ans après, la junte a donc choisi l’option militaire, menée essentiellement par une armée de mercenaires étrangers dotée de matériels inédits dans ce conflit. Il serait par conséquent difficile pour le Mali de se prévaloir aujourd’hui d’une quelconque victoire dans ces conditions.

En 2014, l’armée malienne avait subi une humiliation sans précédent dans cette même localité de Kidal à la suite d’une bataille qui avait vu l’engagement de plus de deux mille soldats. Traumatisée par cette défaite, l’armée n’a pu revenir à Kidal que dans les bagages d’un groupe de mercenaires étrangers.

L’actuel épisode de Kidal vient conforter ceux qui pensent que la solution de la question de l’Azawad ne pourra être que l‘indépendance totale de ce territoire. La détermination du peuple de l’Azawad finira par venir à bout des réticences de la communauté internationale qui bloque depuis des décennies l’accès de ce peuple à l’autodétermination, pourtant brandie ailleurs au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, principe inscrit dans la Charte des Nations unies et considéré comme un des piliers essentiels du droit international.

Les combattants de l’Azawad qui ont fait le choix de la dignité et de l’avenir laisseront sur le trottoir de l’Histoire les quelques faibles esprits instrumentalisés dans une collaboration active avec les ennemis de leur peuple. L’histoire leur réservera sans aucun doute le sort qui est généralement celui des insignifiants et des traitres aux nobles causes.

D’autre part, se profile à l’horizon le risque d’une extension de ce conflit aux autres pays de l’AES (Alliance des Etats du Sahel) qui affichent ouvertement leur soutien à la junte malienne dans cette aventure de Kidal. Le Niger tout particulièrement ne tirerait aucun profit à s’engager dans ce conflit car cela risque de mettre à mal sa propre cohésion nationale. Personne n’est dupe des ressorts inavouables sous-tendus par ce soutien. La sagesse et la responsabilité auraient commandé de tenir compte des réalités sous-régionales et du fait que les équilibres communautaires soient encore à trouver. L’armée malienne n’est toujours pas une armée nationale. Elle demeure une armée au service d’une conception ethnocentrée du pays dont nombre de communautés sont encore largement exclues.

Loin de résoudre le problème de fond, cet épisode militaire à Kidal constitue un nouveau tournant de l’instabilité au Sahel. Chacun sait qu’à travers Kidal, c’est une communauté qui est visée et tout soutien à l’armée malienne non recomposée peut être par conséquent ressentie comme une agression à l’encontre d’une composante particulière de la population.

 

Abdoulahi ATTAYOUB

Lyon (France) 15 novembre 2023

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