Avec le putsch au Niger, Macron visé par les oppositions sur sa politique en Afrique

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This handout photograph taken on July 29, 2023 and released by the Sri Lanka President's Office shows France's President Emmanuel Macron (C) waving goodbye as he boards the presidential plane after a meeting with Sri Lankan President Ranil Wickremesinghe (not pictured) at the airport in Colombo, following Macron's South Pacific tour. (Photo by Sri Lanka President's Office / AFP) / -----EDITORS NOTE --- RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO/Sri Lanka President's Office" - NO MARKETING - NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS

Avec le putsch au Niger, Macron visé par les oppositions sur sa politique en Afrique

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À l’extrême droite ou à gauche, plusieurs responsables publiques demandent des explications au chef de l’État. Certains vont même jusqu’à mettre en avant son rôle personnel dans le « délitement » de la relation entre la France et les pays africains.

– / AFP Avec le Niger, les oppositions questionnent la politique africaine de Macron (photo prise le 29 juillet dernier 2023 au Sri Lanka)

POLITIQUE – Défait domino. La France assiste impuissante au coup d’État militaire au Niger, qui renverse l’un de ses derniers alliés au Sahel, le président démocratiquement élu Mohamed Bazoum. Après avoir tapé du poing sur la table, et suspendu toute aide économique à destination du Pays, la Diplomatie française fait savoir ce mardi 1er août qu’elle allait évacuer en urgence ses ressortissants.

Il faut dire que le contexte est éruptif dans ce pays aux 20 millions d’habitants, l’un des plus pauvres du monde, et dernière pièce de la stratégie antidjihadiste de la France dans la région. Dimanche, quelques jours après la mise en branle des militaires factieux, plusieurs milliers de personnes se sont réunies devant l’ambassade de France, avant que la junte ne désigne l’Hexagone comme adversaire tout trouvé.

Dans ce contexte, la situation au Niger, à l’heure où la rhétorique anti-France des putschistes ressemble fortement à celle affichée il y a quelques mois au Mali et au Burkina Faso, s’invite dans le débat politique français. Plusieurs voix s’élèvent effectivement pour critiquer la politique africaine d’Emmanuel Macron, ou pour demander des comptes à l’exécutif sur sa stratégie.

La gauche demande un débat

Comme souvent, Jean-Luc Mélenchon a été le premier à réagir. Le chef de file des insoumis s’est fendu d’un tweet dès le 27 juillet dernier pour fustiger la « désinvolture », le « mépris » et « l’amateurisme à la présidence française » sur ces enjeux. Rien de moins. « En 2022, le choix a été fait, sans débat, de redéployer au Niger l’essentiel de la présence miliaire française dans la région. Un nouveau coup d’État militaire après le Mali et le Burkina. Chaque fois, la présence française est dénoncée », résume l’insoumis pour qui « il est urgent de repenser une stratégie qui va d’échec en échec. » Un message relayé depuis par bon nombre de ses ouailles.

 

C’est une vieille habitude du côté des insoumis : questionner la politique étrangère du chef de l’État, laquelle ne passe que très rarement par le Parlement. « On n’a pas voté plus d’une fois depuis huit ans que nous sommes en guerre au Mali », déplorait déjà Jean-Luc Mélenchon en janvier 2022 sur BFMTV, au moment de la mort d’un militaire français sur place. « Il est temps d’en débattre », insistait-il en pointant du doigt une opération, Barkhane, « sans projet politique » et dévoyée par rapport à ce qu’elle était au départ.

Mais cette fois-ci, la France insoumise n’est pas seule à gauche à soulever ces questions, alors que les 1 500 militaires tricolores présents pourraient être chassés du Niger après l’avoir été du Mali (en août 2022) et du Burkina Faso (en février 2023).

Sans reprendre les mots offensifs de l’ancien candidat (LFI) à la présidentielle, les députés socialistes ont de leur côté envoyé une lettre ouverte à Élisabeth Borne pour lui demander de rendre des comptes devant l’Assemblée. Ceci, dès la rentrée.

« L’article 35 de la Constitution dispose que le Parlement soit régulièrement informé de l’engagement des forces armées à l’étranger », relève ainsi le chef du groupe Boris Vallaud et la vice-présidente (PS) de l’Assemblée Valérie Rabault dans leur missive à retrouver ci-dessous. Ils demandent donc à la Première ministre de « faire une déclaration suivie d’un débat puis d’un vote sur la stratégie de la France au Sahel », compte tenu de « l’évolution de la situation au Niger » et des « inquiétudes » qu’elle entraîne.

L’extrême droite en profite pour taper sur Macron

De l’autre côté du spectre politique, la droite reste pour l’instant silencieuse. Ce qui n’est pas le cas de l’extrême droite, toujours prompte à fustiger le président de la République sur la scène nationale ou internationale. Pour Laurent Jacobelli, le porte-parole du Rassemblement national, par exemple, le putsch des militaires au Niger montre le « délitement de notre lien si spécial avec l’Afrique ». Et le chef de l’État actuel n’y serait pas étranger.

« Il y a eu beaucoup de maladresses », a ainsi estimé le cadre mariniste ce lundi sur franceinfo, avant de donner plusieurs exemples à ses yeux, comme « le discours de Dakar de Sarkozy qui parlait de la présence de l’homme africain dans l’histoire de manière très condescendante » ou « les déclarations d’Emmanuel Macron sur le sol africain parfois très méprisantes. »

Selon lui, le locataire de l’Élysée, avec ses propos parfois à l’emporte-pièce, sur la natalité en Afrique en 2017 par exemple, « envoie un signal terrible, conforme à l’image qu’un certain nombre d’officines veulent donner de la France, c’est-à-dire ce pays qui est resté dans une vision très dominatrice de l’Afrique, ce n’est plus vrai. »

La majorité discrète

Le président Macron n’est pourtant pas le principal responsable de la situation, défendent en retour plusieurs figures du camp présidentiel, toutefois plus discrètes qu’à l’accoutumée. « Ce qui se joue aujourd’hui au Niger est bien plus que ce que d’aucuns décrivent pudiquement comme un ’changement de régime’ », a ainsi écrit le chef de Renaissance, Stéphane Séjourné, sur les réseaux sociaux, en insistant sur les missions des armées françaises au Sahel « contre le terrorisme et le trafic d’être humais » et en appelant les oppositions à faire « preuve de décence, de dignité et de responsabilité. »

Force est de constater que ces développements constituent malgré tout une forme d’échec pour Emmanuel Macron et sa nouvelle approche africaine. Le chef de l’État a effectivement tenté d’adapter la présence militaire tricolore sur le continent, pour la rendre moins visible au gré des revendications anti-France grandissantes. Au Niger, les armées françaises ne devaient intervenir qu’en appui et à la demande des autorités du pays. Cela n’a pas suffi.

(source: huffingtonpost.fr)

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