Au Togo, une nouvelle Constitution adoptée en toute discrétion

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BERLIN, GERMANY - NOVEMBER 20: Faure Gnassingbe, President of Togo, arrives to meet with German President Frank-Walter Steinmeier at Schloss Bellevue during the G20 Compact With Africa conference on November 20, 2023 in Berlin, Germany. Compact With Africa is a German initiative to encourage investment in participating African countries. (Photo by Sean Gallup/Getty Images) (Photo by SEAN GALLUP / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP)
Changement de régime

Au Togo, une nouvelle Constitution adoptée en toute discrétion

La Ve République transforme le pays en un régime parlementaire, gouverné par un président du Conseil des ministres. L’opposition y voit un tour de passe-passe de Faure Gnassingbé pour se maintenir au pouvoir.

par AFP et LIBERATION

publié aujourd’hui à 12h08

Une Ve République en catimini. Les députés togolais ont adopté lundi 25 mars dans la soirée une nouvelle Constitution changeant l’actuel régime présidentiel en régime parlementaire. C’est désormais le Parlement qui aura le pouvoir d’élire le président de la République. Celui-ci sera choisi «sans débat» et «pour un mandat unique de six ans», d’après le nouveau texte lu à l’Assemblée nationale et validé avec 89 voix pour, une contre et une abstention. L’opposition n’est quasiment pas représentée à l’Assemblée nationale – elle avait boycotté le dernier scrutin législatif de 2018.

La nouvelle Constitution introduit également un poste de président du Conseil des ministres, ayant la «pleine autorité et le pouvoir de gérer les affaires du gouvernement et d’être tenu responsable, en conséquence». Dans l’architecture institutionnelle de la Ve République togolais, c’est cette fonction qui devient prépondérante. Le président du Conseil des ministres est «le chef du parti ou le chef de file de la coalition de partis majoritaire à l’issue des élections législatives. Il est désigné pour un mandat de six ans», selon le texte. «Le chef de l’Etat est pratiquement désinvesti de ses pouvoirs en faveur du président du Conseil des ministres, qui devient celui qui représente la République togolaise à l’extérieur, qui dirige effectivement le pays dans la gestion quotidienne», a indiqué Tchitchao Tchalim, président de la commission des lois constitutionnelles à l’Assemblée nationale.

Le changement de régime intervient à moins d’un mois des prochaines élections législatives, qui doivent se tenir le 20 avril en même temps que les élections régionales. En 2019, les députés avaient déjà révisé la Constitution pour limiter à deux les mandats présidentiels, tout en remettant les compteurs à zéro pour le président Faure Gnassingbé. Ce dernier, au pouvoir depuis 2005, avait succédé à son père, Eyadéma Gnassingbé, qui a dirigé le pays d’une main de fer pendant près de trente-huit ans. Au Togo, personne ne l’imagine renoncer au pouvoir dans la Ve République. Abandonnera-t-il son rang de chef de l’Etat – le poste ayant été vidé de sa substance ? Le fauteuil de président du Conseil des ministres, en revanche, semble avoir été taillé pour lui, dénonce l’opposition. Qui remarque qu’il n’aura même plus besoin d’être élu au suffrage universel pour gouverner.

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