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Au Niger, Moscou cherche à évincer la France de l’exploitation de l’uranium

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Au Niger, Moscou cherche à évincer la France de l’exploitation de l’uranium

Rosatom, pilier du secteur nucléaire russe, lorgne sur les parts françaises dans le marché de l’uranium nigérien, où un putsch en 2023 a contribué à fragiliser les intérêts de l’Hexagone : selon le média américain Bloomberg, Moscou pourrait chercher à récupérer les actifs français, qui sont un rouage essentiel de son industrie nucléaire.

 

La Russie fomente la prise de contrôle des industries françaises de l’uranium au Niger : c’est ce que dévoile Bloomberg d’après des témoignages récoltés à Moscou, qui montrent que la présence française au Sahel, durement touchée par une série de putschs, pourrait continuer à s’effriter. La France pourrait-elle se passer de ce combustible qui alimente ses centrales ?

Des coups d’État qui changent la donne en Afrique de l’Ouest

Allié de longue date de la France comme d’autres pays de l’ex-empire colonial en Afrique, le Niger a connu un coup en juillet 2023 amenant au pouvoir une junte militaire, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, dirigé par Abdourahamane Tiani. Ce changement de régime survient alors que le Burkina Faso et le Mali ont eux aussi chassé leur président : après Assimi Goïta à Bamako en 2021, Ibrahim Traoré s’empare de Ouagadougou en 2022.

Ces chefs d’État se rapprochent depuis de la Russie poutinienne et de sociétés militaires privées russes, comme Wagner. Moscou y trouve plusieurs avantages, entre érosion de l’influence française (mais aussi américaine) dans la région, prise de contrôle de plusieurs ressources stratégiques, ou encore capacité à contrôler les flux de migrants cherchant à accéder à l’Europe, via la route des Canaries ou de Méditerranée occidentale et centrale. Du côté des putschistes, l’objectif est de s’éloigner des régimes occidentaux perçus comme pratiquant une politique néocoloniale et s’appropriant les ressources du pays, alors que le ressentiment contre la France est généralisé. L’ambassade française au Niger est ainsi attaquée dans le sillage du coup d’État en juillet 2023, faisant craindre pour la sécurité des citoyens de l’Hexagone dans ce pays.

Face à l’opposition des nouveaux régimes, les troupes françaises ont dû quitter le Mali en 2022, et se sont retirées du Burkina Faso comme du Niger en 2023 : l’implication à grande échelle dans la région lors de l’opération Barkhane s’est donc achevée sans coup d’éclat. Les États-Unis eux-mêmes doivent évacuer d’ici septembre 2024 le Niger, notamment la base aérienne 201 située à Agadez, perdant donc l’accès à une des seules bases américaines dans cette région de l’Afrique. D’autant que des soldats russes se sont déjà installés dans la base aérienne 101, près de Niamey, avant même le retrait américain, d’après Le Monde.

Assaut contre l’uranium français

Mais la Russie semble décidée à couper définitivement les ponts entre l’Afrique sahélienne et la France : selon Bloomberg, Moscou cherche à s’emparer des parts françaises dans l’industrie de l’uranium au Niger. La France, via l’entreprise détenue par l’Etat Orano SA, possède en effet des intérêts substantiels dans cette région du monde. Entre 2012 et 2022, 20 % de l’uranium français venait du Niger, deuxième fournisseur derrière le Kazakhstan à 27 % et troisième devant l’Ouzbékistan et ses 19 %. Le constat est similaire pour l’Union Européenne, qui récolte 25,38 % de son uranium au Niger en 2022 selon l’Agence d’approvisionnement d’Euratom. Si l’uranium est en réalité une ressource peu coûteuse (selon la World Nuclear Association, il est aussi commun que le zinc ou l’étain), il est au centre de l’industrie nucléaire, qui représente en 2022 62 % du bouquet énergétique français.

Orano, qui possède la majorité des parts dans plusieurs mines nigériennes, a indiqué au média américain ne pas être au courant de discussions entre Moscou et Niamey. Celles-ci sont menées par Rosatom, compagnie étatique russe dans le domaine du nucléaire, et les autorités nigériennes, selon un officiel russe en connaissance du dossier et un diplomate de la région cités par Bloomberg. D’après l’officiel russe, la quantité d’actifs que chercherait à obtenir Rosatom n’est pas encore définie, et aucune négociation n’a encore eu lieu.

Une entente entre Moscou et Paris dans le nucléaire

Cette offensive contre l’uranium français survient alors que, malgré les sanctions et l’inimitié grandissante entre l’Occident et la Russie, Bruxelles et Moscou ont continué à coopérer dans le secteur nucléaire. Plusieurs pays européens comme la Finlande ou la République tchèque comptent des centrales désignées par la Russie, et des pays comme la Slovaquie achètent leur uranium auprès de Moscou. Le rôle clé russe dans l’enrichissement de l’uranium, via des compagnies comme Tenex, la rend indispensable face au manque de maîtrise de ces technologies par les alliés atlantiques.

Rosatom coopère par ailleurs avec Framatome pour fabriquer le combustible nécessaire aux réacteurs est européens, tandis que l’uranium français est recyclé en Russie, malgré un plan français de construire une usine de recyclage en France, selon le Monde.

Selon Bloomberg, Orano a mis de côté une provision, représentant moins de 10 % de son résultat d’exploitation (s’élevant à 635 millions d’euros en 2023), en cas de « scénario du pire« , à savoir une expulsion du Niger. Si cette expulsion provoquerait la perte d’accès à un approvisionnement vital pour la France, plusieurs autres pays pourraient remplacer Niamey : la majorité de l’uranium français vient du Kazakhstan, numéro 1 incontesté du marché, tandis que le Canada, l’Australie, la Namibie et l’Ouzbékistan, autres poids lourds du secteur, pourraient compenser la perte du Niger. D’autant que la production d’uranium dans le pays a déjà été coupée de septembre 2023 à février 2024 rappelle La Tribune, sans que l’industrie nucléaire française ne soit complètement bousculée. Une hausse des coûts de l’uranium suite à la nécessité de trouver d’autres partenaires pourrait cependant impacter la production d’électricité en France, après le pic engendré par la guerre en Ukraine.

GEO

 

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