Au Gabon, le général Brice Oligui Nguema prépare son élection

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Au Gabon, le général Brice Oligui Nguema prépare son élection

● Le Monde Afrique
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En s’entourant d’ex-opposants comme d’anciens soutiens du président renversé Ali Bongo
Ondimba, le chef de la transition a su rallier à sa cause une grande partie de la classe politique.

Par Sophie Eyegue
Publié lundi 22 janvier 2024,

A Dakar, mercredi 17 janvier, le général Brice Oligui Nguema a été accueilli dès sa descente
d’avion, par une foule en liesse portant des tee-shirts à son effigie. Tout sourire, dans un élégant costume bleu, le chef de l’Etat gabonais s’est laissé prendre au jeu des serrages de mains et des photos. « Ma réussite dépend de Dakar », a-t-il asséné lors d’une réunion de plus de cinq heures avec la diaspora gabonaise, qu’il a tenu à rassurer sur ses intentions de mettre fin à la transition. Rebelote lors d’un entretien avec son homologue sénégalais, Macky Sall, que l’ancien attaché de défense à l’ambassade du Gabon à Dakar a flatté. « Le Sénégal, pour moi, a toujours été cet exemple de démocratie […] auquel nous aspirons tous », a déclaré le putschiste, un peu plus d’un mois avant l’élection présidentielle sénégalaise.

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Ce déplacement à Dakar s’inscrit dans une volonté d’établir des relations avec les présidences du continent, alors que le militaire gabonais semble tenté de rejoindre le club des chefs d’Etat élus à l’issue d’une transition – dont la fin est prévue en août 2025. Toujours exclu de l’Union africaine (UA) et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) depuis le coup d’Etat du 30 août 2023, Brice Oligui Nguema a encore du chemin à faire. A domicile, cependant, son travail d’équilibriste entre les anciens soutiens d’Ali Bongo Ondimba, le président qu’il a renversé, et l’ancienne opposition, qu’il a facilement ralliée à sa cause après le putsch, lui a permis d’être largement adoubé par la classe politique.

Le 17 janvier, la nomination au poste de vice-premier ministre d’Alexandre Barro Chambrier, qui fut l’un des principaux opposants d’Ali Bongo Ondimba, a affaibli davantage la concurrence à laquelle Brice Oligui Nguema aurait dû être confronté. Les principales figures de l’opposition sont désormais toutes au gouvernement. Trois autres membres de la plateforme d’opposition Alternance 2023, François Ndong Obiang, Paulette Missambo et Raymond Ndong Sima, occupent respectivement les postes de premier vice-président de l’Assemblée nationale, présidente du Sénat et premier ministre. Ils auront tous la route barrée par la charte de la transition, qui indique qu’ils « ne sont pas éligibles à l’élection présidentielle qui sera organisée pour marquer la fin de la transition ». Mais cette même charte reste muette concernant le sort réservé à Brice Oligui Nguema.

Si le président d’Alternance 2023, François Ndong Obiang, confie vouloir évoquer cette
inégalité de traitement lors de la concertation nationale prévue en mars, en réalité la
configuration du gouvernement actuel répond au plan établi entre l’ancienne opposition et le chef de la transition. Pour les convaincre de sa bonne foi démocratique, le général leur avait promis des postes aux plus hautes fonctions de l’Etat lors de rendez-vous secrets au domicile d’Alexandre Barro Chambrier, à Akanda, les semaines qui ont suivi le coup d’Etat.

Un PDG affaibli

D’autre part, l’ancien commandant de la Garde républicaine, qui jurait « fidélité au président » avant de procéder à sa destitution, n’a pas tourné le dos à l’ancien pouvoir. « Il n’y aura pas de chasse aux sorcières », avait promis la junte deux jours après le putsch, se limitant à arrêter la « young team » menée par Noureddin Bongo, le fils d’Ali Bongo Ondimba, considéré par certains comme son dauphin, suspectée de corruption à grande échelle. De fait, dans le cercle rapproché du général, on compte de nombreux ex-collaborateurs des Bongo, à commencer par son bras droit, Victorine Tchicot, ancienne secrétaire particulière d’Omar Bongo et conseillère spéciale d’Ali Bongo Ondimba, ou encore le secrétaire général de la présidence, Guy Rossatanga-Rignault, qui fit son entrée au palais du Bord de mer en 2009.

Cette stratégie a contribué à affaiblir le Parti démocratique gabonais (PDG). Nombreux sont les militants, convaincus par le projet de Brice Oligui Nguema, qui souhaitent donner un nouveau souffle au parti qui a dirigé le Gabon pendant cinquante-sept ans, en s’inspirant du nouveau pensionnaire de la présidence. Mais si l’ex-parti au pouvoir, qui a purgé de ses rangs certains cadres désignés comme des « magouilleurs », comme les bras droits de l’ancien secrétaire général Steeve Nzegho Dieko, arrêté par les militaires, dit avoir entamé sa mue et parle d’un potentiel changement de nom pour gommer les dérives du passé, son nouveau président, Luc Oyoubi, peine à reformer les rangs.

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Depuis décembre, les démissions se multiplient. Des personnalités importantes, comme Patrick Eyogho Edzang et Vilfranck Ondo Metogo, ont claqué la porte, reprochant à leurs camarades de reproduire la « hiérarchie mafieuse » qui existait sous la famille Bongo. Malgré ses efforts, Luc Oyoubi est confronté à la lassitude des Gabonais. Le 30 décembre, une centaine de salariés ont organisé un sit-in au siège du parti pour réclamer leur salaire ou leurs droits de retraite impayés – une action inimaginable il y a encore peu.

S’il ne s’est jamais exprimé au sujet des élections jusqu’alors, Brice Oligui Nguema profite à plein de son statut de « sauveur ». « Comme il s’est toujours dit en faveur d’un processus démocratique, l’élection sera ouverte à d’autres candidats, présume un membre de la diaspora à Dakar. Mais ce qui se dit dans les têtes de ses compatriotes, c’est que face à lui, il ne reste personne avec l’étoffe d’un réel adversaire. »

Sophie Eyegue

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