Assemblée Nationale : « M. Ngrébada, votre régime a transformé notre pays en un égout puant de corruption », s’est exclamé le chef de file de l’opposition Anicet Georges Dologuélé lors de la séance d’interpellation du Gouvernement

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DECLARATION DU GROUPE PARLEMENTAIRE URCA LORS DE LA SEANCE D’INTERPELLATION DU GOUVERNEMENT DU 30 OCT 19,
LU PAR L’HONORABLE ANICET GEORGES DOLOGUELE,
PRESIDENT DU GROUPE, DEPUTE DE BOCARANGA 1

Monsieur le Premier Ministre,

Je salue votre présence et celle de votre Gouvernement dans cet hémicycle.
Je suis Anicet Georges DOLOGUELE, Président du Groupe parlementaire URCA, élu de Bocaranga 1.
Au nom du Groupe parlementaire et du Parti politique que je préside, je vais vous poser des questions qui seront articulées sur les trois points retenus pour l’interpellation d’aujourd’hui, à savoir:
– La catastrophe naturelle qui frappe notre pays, à travers les inondations de très grande ampleur qui, depuis quelques jours, occasionnent des drames dans de nombreuses familles centrafricaines ;
– Le comportement de certains chefs de guerre, qui affichent un total mépris pour l’accord de Khartoum qu’ils ont pourtant dûment signé ;
– La crise de confiance au niveau de l’Exécutif qui s’est traduite par le limogeage de vos plus proches collaborateurs et qui serait consécutive à un couac diplomatique, sur fonds de corruption.

Monsieur le Premier Ministre,
Dans vos propos liminaires, vous avez donné des éléments de réponse qui nous paraissent trop généraux et imprécis. Or ici, dans cet hémicycle, vous parlez aux populations. Elles ont besoin de comprendre, elles ont besoin d’être rassurées.

1- SUR LES INONDATIONS :
La catastrophe naturelle qui frappe aujourd’hui plus de 37.000 de nos compatriotes (ce chiffre a été sorti par vous), riverains de l’Oubangui, interpelle toute la Nation. Mon parti l’URCA et mon groupe parlementaire souhaiteraient ici, à cette tribune et en présence de votre Gouvernement, leur exprimer toute notre solidarité et toute notre compassion.
Mais c’est vous qui êtes au pouvoir, Monsieur le Premier Ministre. Nous, nous sommes un parti d’opposition. C’est vous qui dirigez le pays. En de très nombreuses occasions, votre régime a démontré sa capacité à décaisser des sommes astronomiques en quelques jours, voire en quelques heures, soit pour corrompre les députés, soit pour organiser des manifestations pour le compte de votre parti, soit pour les trop nombreux voyages mal préparés et donc sans résultats, du Président de la République. On parle là de centaines de millions, voire des milliards de francs. Vous avez donc la capacité de débloquer les même sommes pour enfin sauver des centrafricains en détresse, ce que votre Régime n’a jamais essayé de faire depuis 3 ans et demi.
Dans ce sens, mon groupe parlementaire souhaiterait que vous nous exposiez de manière plus claire et précise le plan du Gouvernement pour faire face à cette catastrophe, car depuis le début de la crise, nous avons noté beaucoup de tâtonnements et d’improvisations, que décrient les populations victimes de ces inondations.
Comprenons-nous bien : Je ne suis pas en train de dire que votre Gouvernement est responsable de cette catastrophe naturelle ! Comme vous le savez, le Monde entier vit au quotidien les conséquences du réchauffement climatique. Les catastrophes naturelles s’enchaînent partout et aucun pays n’est épargné. En Centrafrique, nous courrons désormais le risque de vivre une succession de pluies diluviennes, suivies de canicules, voire de sécheresses. Notre pays doit par conséquent prendre des dispositions pour mettre les populations riveraines à l’abri, sur la durée, , en termes d’organisation de l’habitat et d’aménagement des berges, tout le long des nombreuses rivières dont la nature a très généreusement doté notre pays. Cela devra bien évidemment être accompagné d’une campagne soutenue de sensibilisation citoyenne des populations.
Mais dans l’immédiat, des mesures d’urgence doivent être prises pour la totalité des milliers de famille en détresse, pour les reloger, les nourrir et les soigner, en veillant à éviter toute discrimination. Nous souhaitons vous écouter sur celles prévues par votre Gouvernement.
Nous vous encourageons à solliciter et à organiser la solidarité nationale, en plus de l’aide internationale pour laquelle je lance un vibrant cri de détresse.

2- SUR LA SECURITE

Mon groupe parlementaire et moi-même n’avons eu cesse de vous mettre en garde sur le fait que les relations incestueuses que les plus hauts responsables de notre pays avaient choisi de tisser avec certains Chefs de Guerre étaient porteuses de gènes dangereuses pour la stabilité de notre pays. En effet, chacun de nous sait depuis longtemps qu’il existe de trafics de tout genre entre certains hauts responsables de l’Exécutif et certains chefs de guerre. Cela concernerait, entre autres, les pierres précieuses et le bétail. C’est certainement ce qui explique la désinvolture avec laquelle ces Chefs de Guerre traitent nos dirigeants, que vous êtes.
Par ailleurs, nous savons tous que certains chefs de guerre sont des mercenaires qui n’ont ni vocation, ni envie d’intégrer la République. Ils font du business en profitant de l’inexistence de l’Etat, quel que soit le nombre de personnes tuées pour que leur commerce prospère. Comment en serait-il autrement, puisqu’aucun lien ne les lie aux centrafricains. Or, c’est précisément avec ceux-là que certains d’entre vous font du trafic.
Alors ne nous étonnons pas que, sur deux années successivement, Monsieur Ali Darass de l’UPC empêche le Président de la République d’organiser la JMA à Bambari, contraignant votre Gouvernement à lui verser des sommes très importantes pour qu’il veuille bien autoriser les Dirigeants de la RCA à pénétrer « chez lui ». J’espère que vous avez compris que pour ce criminel en série, sa zone d’influence n’était plus notre pays. Bientôt, il instaurera peut-être un passeport pour y pénétrer.
Sinon, comment expliquez-vous qu’un abattoir fonctionnerait déjà à Gbokologbo, capitale de la « République de l’UPC » et donc inaccessible à vous et moi, et qu’un autre, plus moderne, serait en voie d’y être construit sans que l’on ne sache quelle destination prend la viande qui y est produite?
Comment expliquez-vous qu’Ali Darass, signataire de l’APPR, décide maintenant de conquérir le Haut Mbomou, alors qu’il s’était solennellement et publiquement engagé, devant les Garants des accords de Paix et devant le Président de la République, à demeurer dans les strictes limites des espaces déjà conquises, l’objectif étant de les libérer progressivement ?
Comment expliquez-vous que ce sujet nigérien, qui se refuse à parler notre langue nationale et les deux langues officielles de notre pays, vous adresse un communiqué laconique pour vous informer qu’il a pris la décision d’occuper la Préfecture du Haut Mbomou pour y faire ce qu’il pense que votre Gouvernement est incapable de faire, c’est-à-dire expliquer l’APPR aux populations et réglementer la transhumance ?
Comment expliquez-vous que, ignorant et méprisant complètement votre existence et celle du Président de la République, ce Chef de Guerre ait décidé de nommer le Préfet du Haut Mbomou, ainsi que le sous-Préfet et le Maire de Bambouti ?
Monsieur le Premier Ministre, au nom de l’URCA, nous nous faisons les porte-paroles des populations du Haut Mbomou pour vous demander solennellement d’exiger par écrit que les garants de l’APPR sortent par la force les troupes de l’UPC de cette Préfecture et les contraignent à respecter les accords que leur Chef a librement signés.

3- SUR LA GOUVERNANCE DIPLOMATIQUE

Monsieur le Premier Ministre, votre Directeur de Cabinet et Votre Chef de Cabinet ont été limogés brutalement par le Chef de l’Etat. C’est un fait très rare ! C’est même une première dans l’histoire de nos institutions. Dans cet hémicycle, vous avez essentiellement des femmes et des hommes politiques. Vous y avez même des anciens Premiers Ministres. Ce n’est donc pas à nous que vous ferez passer l’explication de la « décision discrétionnaire du Chef de l’Etat ». Ce dernier vient de vous exprimer, à travers ce décret, la perte de confiance qu’il avait en vous.
Le plus surprenant, c’est que vous n’avez toujours pas démissionné.
Ces braves fonctionnaires ont été mis en mission par vos soins, avec des pays à visiter, de personnalités à rencontrer, des objectifs à atteindre.
On parle d’une mission en UKRAINE et en ABKHAZIE ;
On parle de conventions signées, d’engagements pris au nom de l’Etat ;
On parle de pots de vin de l’ordre de 7 millions de dollars, ce qui n’est pas surprenant, vu que votre régime a transformé notre pays en un égout puant de corruption.
Monsieur le Premier Ministre, vous devez la vérité aux Centrafricains. Vous savez que nous sommes en 2019 et que plus rien ne peut plus être durablement caché, surtout s’agissant de couacs diplomatiques auxquels votre régime commence à habituer les Centrafricains.
C’est donc avec un grand intérêt citoyen que nous et nos compatriotes suivront vos réponses aux trois points importants que nous avons abordés.

Je vous remercie

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