Assemblée Nationale : Laurent Ngon Baba, le croque – mort

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Sur la page Facebook intitulée « Assemblée Nationale Centrafrique », nous pouvons lire, il y a quelques jours, ce qui suit :

« Le hall de l’Assemblée Nationale a accueilli ce jeudi 16 janvier 2020, la cérémonie marquant la signature du livre de condoléances ouvert en la mémoire du décès de l’honorable Pierre Marie Aimé FRANCK, député des Mbrés.
La mort est venue l’arracher précocement le 27 décembre 2019 alors qu’il avait été évacué à Montpellier en France pour des soins intensifs. Nombreuses ont été les différentes personnalités à faire le déplacement ce jour de l’Assemblée Nationale pour venir témoigner de leur compassion et reconnaissance envers cet illustre personnage. Le Président de la République, Professeur Faustin Archange TOUADERA a inauguré le passage des hautes personnalités de l’Etat, venues rendre un hommage mérité à celui qui fut plusieurs fois député des Mbrés dans la Préfecture de la Nana-Gribizi.
Ainsi, le Chef de l’Etat TOUADERA a inscrit en lettre d’or ce qui suit :
« C’est avec tristesse et une profonde émotion que j’ai appris la nouvelle de la disparition de l’honorable FRANCK Pierre Marie Aimé, Député de la Nation.Nul doute que l’engagement politique de Monsieur FRANCK Pierre Marie Aimé dans son parti et dans sa circonscription des Mbrés où il a été plusieurs fois réélu, de même que sa personnalité charismatique et engagée pour la cause de la paix et du développement de notre pays, resteront dans ma mémoire collective. J’exprime ici la haute estime dans laquelle nous le tenions ainsi que ma peine personnelle et la reconnaissance de la République pour les nombreux services que l’illustre disparu a rendus à la Nation et les années de dévouement qu’il a consacrés à son pays.
Sincères condoléances au Président de l’Assemblée Nationale, à ses collègues Députés, à sa famille biologique et à sa famille politique ».

Pour sa part, la deuxième personnalité politique du pays, Laurent NGON-BABA, Président de l’Assemblée Nationale a témoigné en ces termes :

« Ta présence régulière à l’ l’Assemblée Nationale, législature après législature, est la preuve incontestable de ton mérite à représenter le Peuple Centrafricain, ton Peuple que tu as tant aimé et pour lequel tu t’es battu, jusqu’à la fin de tes jours ici-bas. Contre toute attente, c’est loin de nous, dans la plus grande humilité et modération qui sont les traits les plus distinctifs de ton caractère, que l’impitoyable mort t’a fauché ce 27 décembre 2019, t’arrachant brutalement à l’Assemblée Nationale, à tes Collègues, à ta Commission, à ta famille et à ton pays. Tu es venu, tu as accompli ta part de devoir national et tu es parti. Mais il y a un temps pour tout et une fin à toute chose. Au nom de tous les Elus de la Nation et au mien propre, nous te rendons un dernier hommage mérité ». A signaler qu’au nombre des personnalités qui se sont succédées, figurent le Premier Ministre Firmin NGREBADA accompagné de quelques membres du Gouvernement, les Présidents des Institutions Républicaines, les Chefs des Missions Diplomatiques, Postes Consulaires et des Représentants des Organismes Internationaux.

La dépouille mortelle de l’honorable Pierre Marie Aimé FRANCK est attendue ce vendredi après-midi à Bangui et les obsèques officielles seront organisées le lundi 20 janvier 2020. »

Aussi grave et trop religieux qu’aient été le ton et l’émotion qui semblaient habiter le président Laurent Ngon Baba, personne n’était dupe, ce jour – là, à l’assemblée nationale pour croire à la sincérité de l’homme, tout au long de cette cérémonie, nous ont rapporté de gentilles et douces indiscrétions. Selon ces sources, le député de Baboua jouait tout simplement au croque – mort, car responsable plus ou moins direct du décès du député de la circonscription des M’Brès Pierre Marie Aimé FRANCK. Une responsabilité qui lui pèsera sur la conscience jusqu’à son dernier jour sur cette terre des hommes.

En effet, tout comme le croque-mort qui fait disparaître le mort, d’abord en l’enfermant dans son cercueil, puis en le mettant sous terre, et qui est mensuellement payé pour ce travail, Ngon Baba qui a poussé à bout son collègue jusqu’à ce que mort s’en suive, s’est servi donc officiellement de sa dépouille mortelle, d’abord pour extraire des fonds de la caisse de l’assemblée nationale afin de lui rendre un hommage mérité et en profiter pour en mettre de côté dans sa cagnotte personnelle, ensuite pour tenter de se refaire une santé politique très mal au point, depuis le retour inopiné de l’ancien président François Bozizé, au moment où nous mettons sous presse cet article.

Comment en est – il arrivé là ? Peu avant sa tragique disparition, le député des M’Brès s’est rendu à la direction du budget et de la comptabilité de l’assemblée nationale aux fins de décharger à titre de remboursement ses frais de mission de transit, disent certaines sources, ou/et le règlement de l’une de ses nombreuses factures impayées et relatives à l’exécution de plusieurs prestations, en sa qualité d’opérateur économique, soutiennent d’autres.  A l’exemple du marché de la cérémonie du 1er décembre 2019 dont son entreprise a été adjudicataire.

Disposé psychologiquement à rentrer dans ses droits en totalité ou en partie, et rassuré que son nom figurait sur le programme de la journée, il s’entendra malheureusement dire, après avoir attendu et patienté des heures durant, que les fonds  pourtant disponibles sont réorientés ailleurs pour des dépenses plus urgentes. En français facile, ce qui signifie que des instructions ont été données pour qu’il ne fût pas payé. C’est à l’annonce de cette décision prise par le président de l’assemblée nationale, en sa qualité d’ordonnateur des dépenses de cette institution, que sa tension va s’élever tout d’un coup. Il perdit alors connaissance et tomba par terre dans les services et devant témoins.

Conduit à l’hôpital communautaire de Bangui où les services de réanimation ou de soins intensifs n’existent que de nom, Pierre Marie Aimé Franck a été abandonné à lui – même, à telle enseigne qu’informés de sa situation sanitaire très critique, sa fille et son frère cadet ont été obligés de mettre la main à la poche pour supporter son évacuation sanitaire en France à Montpellir. Et, c’est le jour de son départ, le 23 décembre 2019 que Laurent Ngon Baba lui fera parvenir dans une enveloppe la somme d’un (1) million de Ffcfa, en remboursement de ses frais de transport, payés par les siens, qui s’élevaient à un million trois cents mille (1.300.000) Francs CFA, à l’aéroport international Bangui M’Poko. Ayant embarqué dans l’avion dans les conditions ci – dessous évoquées, c’est – à – dire sans assistance d’un médecin, c’est presque mourant que Pipo arrivera en France. Ce qui sera fait le 27 décembre 2019 !

Dès l’annonce de son décès, et afin d’assouvir ses desseins machiavéliques, Ngon Baba fait ordonner le décaissement de la rondelette somme de 27 millions de Fcfa pour payer les prestations des services funéraires et assurer le rapatriement. Cerise sur le gâteau, alors que les députés Djémé et Makango ont été désignés pour se rendre au chevet de la famille à Montpellier et veiller à l’accompagnement de la dépouille mortelle, l’enveloppe de 13 millions de Fcfa initialement remise à l’une des sœurs du De Cujus, sera déchargée par le député Dimbelet, chargé fort curieusement à la dernière minute d’exécuter le transfert des fonds directement aux services funéraires.

Voilà de bien manières de faire trop bizarres dont l’analyse ne peut que susciter de sérieuses inquiétudes et amener à se poser des questions suivantes : Pourquoi avoir fait décharger, dans un premier temps, cette enveloppe à la famille, et autoriser le député Dimbelet à y rentrer, dans un deuxième temps, en possession ? N’est – il pas de la responsabilité directe de l’assemblée nationale de procéder au paiement de cette facture par virement bancaire ? Et pourquoi affecter une autre enveloppe de 13 millions de Fcfa à deux membres du bureau pour un déplacement en France, alors que des députés qui se trouvaient pendant ce temps dans l’Hexagone, pouvaient très bien assister la famille au nom de l’assemblée nationale, lors de la cérémonie de la mise en bière ? Qu’est – ce que Djémé et Makango sont venus faire à Paris, plusieurs jours après cette cérémonie à Montpellier, dès lors que le cercueil était en attente d’embarquement à destination de Bangui ? Et pourquoi tous ces fonds n’avaient – ils été décaissés pour servir à assurer son évacuation sanitaire, sinon dans un avion médicalisé, du moins assisté d’un médecin ?

De si pertinentes questions qui mettent en exergue les honteuses méthodes de la gouvernance actuelle et dont les réponses ne peuvent que nous persuader objectivement à accepter que, dans le cas d’espèce, c’est – à – dire en ce qui concerne Pipo, le président de l’assemblée nationale Laurent Ngon Baba a été beaucoup plus un croque – mort qu’un homme d’Etat. Il s’est plutôt précipité à s’occuper de ses petits avantages financiers et politiques qu’à s’empresser à ordonner le décaissement de l’argent pour sauver une vie, un chef de famille, un être humain.

Quelle inhumanité la plus abjecte ! Quel cynisme le plus affreux ! Quel masochisme le plus éhonté ! Ces contre – valeurs ne sont – elles pas tout simplement la marque de fabrique de ce régime qui s’est emparé du pouvoir, par effraction,  depuis le 30 mars 2016 ?

Jean – Paul Naïba

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