APPEL A LA LIBERATION DE REKYA MADOUGOU   : Tant que l’ONU ne disposera pas de moyens de coercition…

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APPEL A LA LIBERATION DE REKYA MADOUGOU   : Tant que l’ONU ne disposera pas de moyens de coercition…

APPEL A LA LIBERATION DE REKYA MADOUGOU   : Tant que l’ONU ne disposera pas de moyens de coercition…

La détention de l’opposante béninoise, Rekya Madougou, condamnée en décembre 2021 à 20 ans de prison par la Cour de répression des infractions économiques (CRIET), pour complicité d’actes terroristes, a été jugée « arbitraire » par le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire. En conséquence, l’instance onusienne qui avait été saisie par les avocats de l’opposante, appelle à sa libération par les autorités de Cotonou et à son indemnisation. Les experts de l’ONU qui ont travaillé sur le dossier, demandent aussi une enquête sur les circonstances qui ont conduit à priver de sa liberté, celle qui voulait défier Patrice Talon dans les urnes lors de la présidentielle de l’année dernière ainsi que des mesures contre les responsables de la violation de ses droits. Ils souhaitent enfin être tenus informés de la suite à leurs recommandations dans un délai de six mois.

 

Ce n’est pas la première fois que cet organe de l’ONU se prononce sur des cas de détentions jugées arbitraires

 

La question qui se pose est de savoir quel impact ces recommandations des experts de l’ONU auront sur le sort de l’égérie du parti les Démocrates et surtout s’ils seront entendus par les autorités de Cotonou. La question est d’autant plus fondée que ce n’est pas la première fois que cet organe des experts de l’ONU se prononce sur des cas de détentions jugées arbitraires de personnalités politiques sur le continent africain. On se rappelle, en effet, qu’en 2015, l’instance onusienne avait estimé « arbitraire » la détention de Karim Wade poursuivi pour enrichissement illicite et emprisonné à Dakar en attendant son jugement par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI). Elle avait alors exhorté les autorités sénégalaises à faire diligence dans la prise des mesures nécessaires pour remédier au préjudice subi en prévoyant une réparation intégrale au bénéfice de « l’ex-ministre du Ciel et de la Terre » de Wade père. Cela n’avait pas empêché Dakar de traîner les pieds dans le dossier qui a finalement abouti à la condamnation de Karim Wade dans les conditions que l’on sait. De même, au cours de la même année 2015, jugeant « arbitraire et sans base légale » la détention de Kpatcha Gnassingbé, le demi-frère du président togolais, Faure Gnassingbé, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, avait exigé sa libération immédiate ainsi que celle de ses codétenus impliqués dans une affaire de tentative présumée de coup d’Etat contre le locataire du palais de Lomé II. Une recommandation restée lettre morte jusqu’à présent. Plus récemment, en 2017, le même Groupe de travail du Haut-commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU, avait jugé « arbitraire » la détention de Djibril Bassolé et exigé sa libération immédiate dans l’affaire du coup d’Etat de 2015 où il était poursuivi, entre autres, pour « trahison » et « atteinte à la sûreté de l’Etat ».

 

C’est une sortie qui sonne comme une interpellation pour la Justice béninoise

 

Cela n’avait pas empêché les autorités burkinabè d’assigner à résidence surveillée, l’ex-chef de la diplomatie de Blaise Compaoré, pourtant bénéficiaire d’une liberté provisoire pour raison de santé, jusqu’à son procès et à sa condamnation à dix ans d’emprisonnement, après avoir été reconnu coupable de « trahison ». C’est dire si rarement, pour ne pas dire presque jamais, les recommandations de l’instance onusienne qui demande la libération immédiate de l’opposante béninoise, ont été exécutées à la lettre quand elles n’ont pas été simplement ignorées. Comment peut-il en être autrement quand le Groupe des experts de l’ONU se contente de simples recommandations et n’est pas capable de mettre la pression pour se faire respecter ? Autant dire que tant que l’ONU ne disposera pas de moyens de coercition, elle ne devra pas s’étonner que les Etats se sentent très peu concernés par ses recommandations quand celles-ci ne sont pas simplement foulées au pied. Et à cette allure, il est à craindre que l’institution internationale elle-même ne finisse par perdre de son autorité.  En tout état de cause, il est heureux que l’instance onusienne se soit prononcée sur le sujet en donnant sa position. La question est de savoir si elle sera entendue et si le président Patrice Talon se montrera bon prince. On sait seulement que l’opposante n’avait pu bénéficier de la liberté provisoire accordée à une trentaine de militants de l’opposition incarcérés pour troubles lors de la présidentielle de l’année dernière, en juillet dernier, à l’occasion de la visite du président français, Emmanuel Macron, au pays du Vaudou. L’autre question est de savoir si ces recommandations en faveur d’une libération immédiate de l’opposante béninoise, feront l’effet de l’eau sur les plumes d’un canard. Quoi qu’il en soit, c’est une sortie qui sonne comme une interpellation pour la Justice béninoise, à faire son autocritique. Ce, au moment où la question de l’indépendance de la Justice ou de son aliénation aux pouvoirs en place, se pose dans le débat démocratique africain.

 

« Le Pays »

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