ALPHA CONDÉ : LA CHUTE PEU GLORIEUSE D’UN DESPOTE!!!

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ALPHA CONDÉ : LA CHUTE PEU GLORIEUSE D’UN DESPOTE!!!
(Par Ernest Lakouéténé- Yalet)
[ Il y a un peu plus d’un an, je séjournait dans le Sud-Est du Gabon, quelques jours à peine après la chute d’Alpha Condé, petit-président-professeur-dictateur-tyran à Conakry. Je n’ai pas résisté à ma grande envie de réagir à cette péripétie politique prévisible. Cela m’a inspiré le texte ci-dessous, le 10 septembre 2021, qu’il me plaît de republier, au regard de la brûlante actualité politique du Centrafrique, pays où règne un autre tyran-dictateur-dit « professeur », qui a amorcé avec entêtement, obstination et délectation Le même chemin qui a conduit son piètre confrère de Conakry! Je vous conjure de le (re)lire… ]
« Le pouvoir rend fou. Le pouvoir absolu rend absolument fou », dit une maxime. »
A l’heure qu’il est, le tout-puissant homme de Conakry doit se sentir bien seul… Il ne doit pas encore réaliser ce qui lui arrive. Entre 4 murs, il doit méditer sur son sort… Que ferait-il d’autre?
Qui l’eût cru?
Qui pouvait penser, il y a 7 jours, que le grand théoricien de la FEANF (Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France) des années 60, l’opposant historique à Sékou Touré, jugé par contumace et condamné à mort, qui ne pouvait mettre pied dans sa Guinée natale du vivant de Sékou Touré; que ce fringant professeur de droit, une fois rentré sous Lansana Conté, qui connut en 1998 les affres de la prison pendant 2 ans et demi; bref, qui aurait pu imaginer que cet homme, arrivé au pouvoir, allait se révéler aussi autocrate, voire pire que ceux qu’il a combattus? Un dictateur, un prédateur, un criminel?
Malheureusement, c’est tout ce que l’histoire retiendra de cet homme, dont la chute était prévisible, comme celle de tous les dirigeants qui règnent dans le monde par la tyrannie, la terreur et l’absolutisme les plus barbares.
Du jour où il a poussé la folie jusqu’à traficoter la Constitution guinéenne pour s’octroyer, en dépit du bon sens, cet assassin 3ème mandat, il avait lui-même scellé son propre sort.
Alpha Condé, en l’espace de 2 petites heures, a été éjecté du pouvoir, un pouvoir qu’il croyait naïvement tenir et contrôler; tel le DESPOTE qu’il est (terme qui signifie « chef d’État qui s’arroge un pouvoir absolu, arbitraire, sans contrôle ».
Avant de pousser plus avant cette réflexion, levons deux équivoques.
1/ En dépit des évidences, j’ai pu lire depuis ces 3 à 4 jours des réactions et commentaires pour le moins surréalistes. Leurs auteurs (qui n’ont pas assez de cran pour signer leurs écrits) ont cru devoir fournir « l’explication » des dessous de la chute du dictateur de Conakry. Selon eux, le Lieutenant-Colonel Mamady Doumbouya, à la tête de la junte est un ancien de la fameuse Légion étrangère; DONC il est Français, DONC ce putsch a été un coup de la France. Et voilà! J’ai même lu que l’ancien président français Nicolas Sarkozy a été vu à Conakry ces jours-ci, où il a été reçu à déjeuner par Alpha Condé. DONC c’est la France qui est derrière ce coup d’État! CQFD!!
Je ne commenterai pas ces comptines et chansons pour endormir des bébés, car il y a longtemps que je ne suis plus un bébé. J’attends que ces chansonniers à l’imagination fertile me montrent les preuves irréfutables qui fondent leurs allégations puériles.
2/ Les griots les plus zélés et les plus dévoués d’Alpha Condé, en Guinée comme ailleurs, ont accoutumé d’affubler systématiquement leur héros du titre pompeux de « Président-Professeur », ou de « Monsieur le Président de la République, le Professeur… » Comme si le qualificatif hautement valorisant de « Professeur » pouvait gommer les carences et les limites de l’homme!
Les professeurs enseignent. Il n’y pas de professeur à la présidence d’une République, cela paraît pourtant évident!! A la tête d’un pays, il n’y a que des présidents. Cette fonction strictement politique n’est point inscrite dans le parcours professionnel de quiconque.
Avec la chute spectaculaire d’A. Condé, c’est la fin de ce mythe stupide qui voudrait faire croire qu’un président doublé d’un professeur – d’université par surcroît – est doté d’une compétence politique certaine ou automatique! Grosse illusion! Grossier mensonge!
Certes, professeur est une profession respectable; les profs sont admirés dans le strict cadre de leur métier, car ils sont considérés, à tort ou à raison, comme des guides, des exemples, des modèles pour la société. Et c’est tout! Le bon prof, qui devient un politique, a des chances d’être un bon politique, non parce qu’il maîtriserait, mieux que les autres, l’art de dispenser le savoir juridique, linguistique, littéraire, économique, mathématique ou autre, mais uniquement parce qu’il s’est bien formé en politique, en maîtrise les arcanes et s’est doté d’une vision et d’une capacité de gérer et gouverner la cité. Qu’il arbore ou non le titre ronflant de prof, magistrat, avocat, médecin, ingénieur, économiste, ou autre, ce n’est pas ce qui fera de lui un excellent politique. Ce titre ne lui confèrera jamais qu’une présomption de compétence politique; il peut se révéler minable ou nullissime en politique, alors qu’il apparaît un assez bon ou un bon professeur.
Tel semble être le cas d’A. Condé, et de tant d’autres, qu’on appelle « professeurs ». Ce qu’a montré Condé dans l’exercice du pouvoir est tout sauf un comportement exemplaire, modèle, un comportement d’un homme intelligent, digne d’être regardé et respecté comme un professeur.
Ainsi donc, comme chef d’État, cet homme pouvait, en maintes occasions, faire des choix intelligents, pertinents, utiles à son peuple et pour son pays. Mais il en a fait d’autres qui ont enfoncé son peuple. Il est ainsi son propre fossoyeur… Il s’est cru infaillible, irremplaçable, au-dessus des lois et des millions de Guinéens. Il s’est laissé griser par le pouvoir et s’est pris pour un dieu!
Citoyen de Centrafrique, je constate, par comparaison, que c’est un autre « président-professeur » qui trône et sévit à la tête de mon pays; que ce dernier commet exactement les mêmes fautes politiques qui ont causé la chute de son confrère de Conakry, avec les mêmes méthodes. Je ne crains donc pas d’en déduire que Faustin Touadéra est en train, lui aussi, de creuser méthodiquement sa propre tombe politique! Ne dit-on pas que les mêmes causes produisent les mêmes effets? Son tour ne manquera pas d’arriver. Car ainsi finissent toutes les dictatures.
LE COUP D’ÉTAT DE GUINEE: L’APPLAUDIR, PEUT-ÊTRE PAS. LE COMPRENDRE, OUI.
Quoi qu’on dise, lorsqu’un État, par la faute de celui qui est élu pour le diriger, atteint un tel degré de putrescence que celui de la Guinée, il n’y a pas trente-six solutions pour l’en sortir. Crever l’abcès et en extirper le pus est la seule possible et souhaitable. A ce moment, oui, le coup d’État, ou toute autre acte radical s’impose comme un DEVOIR patriotique, pour sauver la patrie. Le coup d’État n’est certes pas l’idéal, mais le moindre mal, pour en finir avec le pire, et être débarrassé de ceux qui organisent le chaos à leur seul profit. De sorte que condamner pour condamner un coup d’État n’a pas grand sens.
En effet, les présidents civils africains dits « démocratiquement élus » ne sont pas tous des modèles, loin s’en faut. De même, les coups d’État en Afrique ne finissent pas tous et fatalement en affreuses dictatures militaires. Les Africains devraient se souvenir que des hommes en kaki sont devenus, par la force des choses, des présidents exemplaires, tels Jerry Rawlings du Ghana, Thomas Sankara du Burkina Faso ou Amadou Toumani Touré du Mali, qui ont pris le pouvoir par coup d’État. Ils ont fait un grand bien à leur pays à des moments précis où cela s’omposait, et ne sont pas devenus des tyrans comme certains civils dont le règne n’inspire que du dégoût.
Ainsi, prendre la lourde responsabilité de se débarrasser d’une manière ou d’une autre de son opposition et de tout contre-pouvoir, achever ce cycle affokant en triturant la Constitution pour s’offrir un 3ème mandat, alors qu’on n’a rien foutu des deux mandats légaux, ce n’est rien d’autre qu’appeler à un coup d’État.
Face à un homme devenu excessif, criminel et dangereux pour l’unité de la nation; quand un putsch degage un tel homme, tout patriote véritable, tout démocrate ne peut que se sentir soulagé de voir son pays libéré, et prêt à repartir.
Alors, oui, malgré quelque appréhension ( face à tout pouvoir militaire), moi, je comprends parfaitement le coup d’Etat de Conakry. Je l’approuve même parce qu’il fait un grand bien au peuple frère de Guinée en chassant Alpha Condé. En cela, je me sens en phase avec l’écrasante majorité du peuple guinéen.
J’ajoute que si, en Centrafrique, mon pays, au train où vont les choses avec notre Alpha Condé local, le Professeur-président Faustin Touadéra, un coup d’État ou tout autre changement brutal survenait, je serais le premier à l’approuver. Parce que cela débarrasserait le pays d’un président qui n’a jamais été à la hauteur de sa fonction, un président qui n’a pour soucis que de renforcer son pouvoir, fragiliser le tissu national, s’entourer des sien, laisser prospérer le crime, l’encourager même en le finançant, organiser une mafia, plier tous les pouvoirs et toutes les institutions du pays à sa dévotion. Il n’apporte rien et ne mérite pas d’être où il est.
Par ailleurs, il faut rappeler à tous ceux qui désapprouvent par instinct tout coup d’État que ce qui a un sens, ce n’est pas de se réveiller subitement et condamner un putsch quand il s’est produit, mais de tout faire, en amont, pour qu’il ne se produise jamais. Et tout faire, c’est d’abord refuser d’accepter l’inacceptable, c’est s’engager, combattre tout pouvoir qui sort de son rôle et de ses missions. C’est placer au-dessus de tout le Pays, la République. C’est dénoncer sans faiblesse tout comportement, toute violation, flagrante ou sibylline, de la Constitution, tout acte attentatoire aux règles sacrées du vivre-ensemble.
Car, en Guinée, en Centrafrique ou ailleurs, on s’est doté d’une Constitution démocratique qui proscrit les coups d’État ou toute autre « prise du pouvoir par la force ». On oublie ou on feint souvent d’oublier que les mêmes Constitutions interdisent également tout accaparement, toute confiscation ou tout maintien au pouvoir par la force. C’est souvent les cas devenus banals des fraudes massives lors des élections, d’achats de consciences, des détournements des résultats des votes du peuple, des fabrications ridicules et à coups d’argent des majorités fausses et artificielles, et, par-dessus tout, les modifications indécentes des Constitutions pour s’accorder des mandats supplémentaires et capricieux, en sachant très bien que cela est prohibé.
Tous ces comportements sont des violations flagrantes. Chacun d’eux est constitutif de trahison du Serment prêté par son auteur. A ce titre, ils sont au moins aussi graves, voire plus graves par leur impact, qu’un coup d’État!
Si un coup d’État militaire est condamnable, le coup d’Etat perpétré par un chef d’État en fonction est encore plus condamnable, et disqualificatif pour son auteur.
Je termine par la liste des griefs énoncés par le chef de la junte de Conakry dans sa toute première déclaration, liste si éloquente, qu’elle reflète parfaitement (quoiqu’incomplètement) la situation qui règne en Centrafrique :
-La situation socio-politique et économique du pays;
-Le dysfonctionnement des institutions républicaines;
-L’instrumentalisation de la justice;
-Le piétinement des droits des citoyens;
-L’irrespect des principes démocratiques;
-La politisation à outrance de l’administration publique;
-La gabegie financière;
-La pauvreté de la population et la corruption endémique.
Voilà la photocopie de la situation centrafricaine.
Voilà réunis les ingrédients d’un coup d’État difficilement condamnable.
Ernest LAKOUETENE-YALET, Moanda, 10 septembre 2021.

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