Alerte – Info : Nakombo tapi, allongé et camouflé sous un tas d’ordures à Bonga – Bonga !

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Depuis des semaines et des mois, la population banguissoise était chaque jour un peu plus préoccupée et les cris « Nakombo ! Nakombo! » qu’elle continuait de lancer pour tenter de retrouver le maire de Bangui se perdaient aux détours des rues de la capitale centrafricaine. Sachant les élus particulièrement sensibles au vocabulaire adressé à l’ego, les citoyens avaient même, un temps, ajouté « Honorable! » et « Excellence! » à leur répertoire de supplication ; rien n’y faisait, les appels incessants restaient sans réponse.

En marge d’évènements toujours plus tragiques en République Centrafricaine, voici enfin une bonne nouvelle: après d’intensives recherches, on l’a retrouvé ! Oui, on a enfin retrouvé le maire de la ville de Bangui ! Vous ne devinerez jamais où… mais peut-être reconnaitrez-vous le lieu sur la photo exclusive du maire parmi les ordures:

Nakombo 1

Vous ne l’avez pas reconnu ? C’est le terrain Bonga Bonga ! C’est là que Nakombo était tapi tout ce temps, allongé et camouflé sous un tas de déchets avec lesquels il jouait en ricanant !

N’eut été la vigilance de quelques Banguissois, qui sait si et quand l’on aurait fini par le remarquer au milieu d’un gros tas d’ordures en tous genres ?! Fort heureusement, en dépit des  risques élevés de contamination que représentent les montagnes de déchets entassés depuis des mois sur l’ensemble de cet espace (jadis) vert, des passants courageux continuaient à emprunter les rues qui longent le terrain Bonga Bonga. Il y a quelques jours, ils remarquèrent la présence d’un morceau de tissu qui leur rappela l’écharpe du maire, les couleurs nationales. Cet indice leur mit la puce à l’oreille.

Sur le moment, n’étant pas équipés pour affronter les cafards et autres insectes qui grouillent dans les tas d’ordures, ils n’osèrent s’en approcher. Ils eurent cependant le réflex de le signaler immédiatement au CNRE, Comité National de Recherche des Élus, une organisation mise en place à l’initiative des Banguissois au constat que la République Centrafricaine est, certes, dotée d’un appareil étatique et administratif au sein duquel les rôles et tâches des élus et fonctionnaires sont parfaitement définis pour la gestion de la Cité sur l’ensemble du territoire, mais que les citoyens, notamment mais pas exclusivement de Bangui, ne voient aucune trace de quelque travail desdits Elus. Un commando spécial, équipé de vêtements haute sécurité du type des protections utilisées pour les missions de dératisation et de désinfection, n’a pas tardé à débarquer à Bonga Bonga et a fini par trouver le Maire parmi les ordures. Pas étonnant qu’il n’entendait pas bien et restait insensible aux cris et appels au secours des citoyens: il avait les oreilles bouchées par les déchets ! Pour le moment, il n’a pas encore fait de déclaration. Va-t-il enfin répondre aux préoccupations des Banguissois et apporter une réponse à la question de la gestion des déchets dans la capitale ? Mystère…

Fin du reportage mi-fiction sur cet épisode de l’Histoire, retour à la réalité de Bangui, une grande poubelle apocalyptique située au cœur du continent africain !

Si, en théorie, Bangui a un Maire chargé de l’administrer, entre autres de veiller à son entretien, d’organiser collecte et traitement des déchets, dans les réalités, celle qui fut baptisée « la Coquette » s’est peu à peu transformée en une gigantesque poubelle, un dépotoir géant où règne l’insalubrité.

Qu’on ne s’y méprenne: Bonga Bonga n’est pas un terrain vague à l’extérieur de la ville qu’on aurait prévu pour le stockage de déchets. Il est situé au quartier Sica dans le 1er arrondissement de Bangui ! Entre temps, cet espace, qui offrait aux Banguissois d’antan un peu de verdure au cœur de la cité, est devenu une réserve de serpents, de rats et autres nuisibles auxquels les riverains n’ont autre choix que d’y être confrontés. Il est désormais un foyer de microbes et une réelle menace pour la santé des citoyens, en particulier des riverains.

Nakombo 2

Depuis le 5 mai 2016, sur nomination par le président de la République Faustin-Archange Touadera, c’est à Emile Gros Raymond Nakombo qu’est confiée la responsabilité d’administrer la ville de Bangui. Depuis le 5 mai 2016 aussi, ce personnage perçoit régulièrement un salaire à cet effet – comprenez une somme d’argent censée rémunérer un travail – et jouit dans la même mesure à la fois des avantages que lui procure son titre et d’une parfaite insouciance de la responsabilité qui est la sienne et du sort des Banguissois. Certes, il apparait ici ou là comme officiel à l’occasion d’évènements qui se déroulent dans la ville, voyage de par le monde pour rencontrer ses pairs et nouer des partenariats dont les Banguissois ne voient rien que les photos des poignées de mains, célèbre des mariages, etc.; cependant, depuis un an, la tâche essentielle qui est la sienne, l’administration de la ville, n’est manifestement pas inscrite à son agenda… C’est ainsi que son nom, « Nakombo », est venu rallonger la liste déjà longue des « Responsables irresponsables » centrafricains(*), ceux qui, une fois nommés à des postes de responsabilité de la chose publique, démontrent à la perfection que la mission que couvrent leur titre et leur poste ainsi que le sort de leur concitoyens, l’intérêt public, sont le moindre de leur soucis…

Bien sûr, ce n’est pas lui, Nakombo, qui dépose les ordures à Bonga Bonga ! Il se trouve, cependant, que c’est à lui que revient la responsabilité de concevoir et de mettre en place un système pour en assurer la gestion. En l’absence totale d’une quelconque organisation qui prévoirait la collecte déchets, les Banguissois sont contraints d’utiliser Bonga Bonga et d’autres espaces non construits dans tous les quartiers de la ville pour les y déposer, à quelques pas des habitations.

D’aucun dira que la mairie manque de moyens… Foutaise ! Comme toute autre administration de Centrafrique intégralement financée par la communauté internationale, la mairie dispose d’une part d’un budget, d’autre part d’un grand nombre de fonctionnaires et employés municipaux. Sans parler des quelques camions-bennes dernier cri dont il lui a été fait don, s’il est évident que, dans un pays où le mot progrès reste écrit à l’encre invisible, la municipalité ne dispose pas d’équipements techniques de pointe similaires à ceux qu’on trouve en Occident, il est aussi clair qu’ils ne sont pas indispensables pour gérer les déchets et en assurer le traitement ou l’élimination avec des véhicules disponibles sur place, tout comme l’ont fait d’autres nations pendant des décennies avant d’atteindre le niveau de développement qui s’y trouve à ce jour. Ce qui manque à ces Élus n’est que le sens du devoir, la volonté de faire et une once de respect envers les citoyens ! 

Au cœur de l’Afrique Centrale, dans un pays de cinq (5) millions d’âmes en prise à des conflits récurrents orchestrés par la communauté internationale, dans une capitale d’environ un (1) million d’habitants, où les hôpitaux sont des mouroirs dénués des équipements les plus élémentaires,  la Santé publique est menacée à grande échelle par l’insalubrité généralisée et le laisser-aller manifeste des Élus qui sont chargés d’y veiller !

Le titre de cet article est malheureusement fictif: à ce jour, Nakombo répond aux abonnés absents. Tandis que les odeurs qui se dégagent des déchets sont, elles, bien réelles et insupportables et que les Banguissois risquent aussi l’asphyxie, manifestement, lui, il ne manque pas d’air… Faudra-t-il que les citoyens de Bangui organisent le transport des ordures en brouettes de Bonga Bonga jusqu’à la porte de son domicile pour que Monsieur le Maire commence à s’en préoccuper et fasse enfin ce pour quoi il est payé, à savoir administrer la Cité ?

Jusqu’où iront encore l’insouciance et l’indifférence de l’Honorable Nakombo ?

* Il est fort à parier que le nom de Fernande Ndjengbot, Ministre de la Santé publique, qui ne semble pas plus préoccupée que le Maire par la santé des Banguissois, ne tardera pas à figurer également sur la liste…

Source: BlogDanielleDroillard

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