Affaire Abdoulaye Hissène : Quand Wanzet et Kazagui s’entretiennent avec un seigneur de guerre

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Siriri ayeke nzoni na ya ti affaires wara buze ti ambeni azo ape

Alors que le nom d’Abdoulaye Hissène figure depuis mai 2017 sur la liste du Comité des sanctions des Nations Unies, les Ministres de la Sécurité Publique Henri Wanzet Linguissara et de la Communication Ange-Maxime Kazagui l’ont appelé dans un entretien téléphonique radiodiffusé le 8 Octobre 2017 dernier.

Depuis son passage au poste Ministre de la jeunesse et des sports au sein des gouvernements Tiangaye 2 et Tiangaye 3 de mars 2013 à juin 2014, Abdoulaye Hissène est titulaire d’un passeport diplomatique centrafricain (n° D00000897 délivré le 5 avril 2013 et valable jusqu’au 4 avril 2018) qui lui permet de librement se déplacer dans la sous-région. Il a repris ses activités commerciales de collecteur de diamants et d’or après avoir quitté en août 2014, sa fonction de Conseiller en matière de jeunesse et sports sous la présidence de Catherine Samba Panza. Le Groupe d’experts sur la RCA au Conseil de sécurité de l’ONU a récemment prouvé qu’en Septembre 2014, Hissène conclu à Nairobi avec un investisseur indien un contrat de vente et d’achat portant sur une quantité totale de 300 Kg d’or devant être livrés à une raffinerie à Dubaï pour un montant de 9,9 millions de dollars (https://reliefweb.int/…/relief…/files/resources/N1720947.pdf). Un tel montant en dit long sur l’exploitation illégale de ressources naturelles comme source de revenus pour les groupes armés à l’est de la RCA où l’UPC et le FPRC s’affrontent jusque-là pour le contrôle de sites miniers.

Henri Wanzet Linguissara (par ailleurs neveu de Touadéra) fut Directeur Général de la gendarmerie dans le gouvernement Touadéra III et conseiller à la Primature sous Bozizé. Sous Djotodia, Wanzet a fréquenté Abdoulaye Hissène et fut à cette époque promu en qualité de Chef-d’Escadron. Sous Catherine Samba Panza, Wanzet est reconduit au poste de Directeur Général de la gendarmerie continue ses relations rapprochées avec Abdoulaye Hissène et promu général de brigade.

Ange-Maxime Kazagui est lui un fin connaisseur du secteur minier expert intervenant au Bureau d’évaluation et de contrôle du diamant et de l’or (BECDOR) depuis les années Patassé et Conseiller du Processus de Kimberley. Rappelons que le BECDOR est une structure d’État, évalue l’or et le diamant pour les besoins de l’application des droits et taxes à l’exportation. Pour l’or, le droit de sortie est de 1% et la taxe de promotion minière est de 0,75% de la valeur BECDOR. La RCA participe au Processus de Kimberley depuis avril 2003 pour la certification des lots de diamants bruts exportés et la vérification de la traçabilité des diamants produits dans le pays. Une charge de 0,50% de la valeur BECDOR est prélevée pour ce service. Kazagui depuis les années Patassé Directeur et associé au sein de la société Independent Diamond Valuators qui faisait une double expertise avec le BDECOR et prélevait au passage une charge de 1% de la valeur BECDOR lors de l’exportation de ces diamants certifiés. Les bénéfices totalement défiscalisés étaient partagés avec ses partenaires au sein du régime. Cette combine a perduré après 2003 avant que des années plus tard le FMI et la Banque mondiale exigent la dissolution de cette structure mafieuse. Ange Maxime Kazagui ainsi été au cœur d’un scandale qui fut dans le temps étouffé par son ami intime Ndoutingaï.

Au-delà des questions sécuritaires abordées au cours de cet entretien entre Henri Wanzet Linguissara, Ange-Maxime Kazagui et Abdoulaye Hissène, il faut se poser la question :

– Y a-t-il une stratégie sous-jacente des autorités centrafricaines qui permettrait à Abdoulaye Hissène d’avoir une porte de sortie ouverte pour écouler les gemmes de Bria, Ndassima etc. ? Une sorte d’accord gagnant-gagnant qui permettrait de se partager les bénéfices de ce juteux trafic ?

– Si ces arrangements sont établis, prévoient-ils des dispositions concernant la levée des sanctions introduites dans les textes négociés en Angola (décembre 2016) et à Rome (juin 2017) en encore de l’amnistie que les autorités du Tchad et l’Union Africaine appellent de leurs vœux via leur feuille de route ?

Thierry Simbi

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