Affaire « 322 millions de Fcfa » : quand le député Abdoul Karim Méckassoua fait payer une dette privée par le Trésor Public (Suite et fin)

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Comme il a été relevé dans la première partie de cet article, Mme Agnès Dékono née Dékandji et ses partenaires s’attendaient donc tout naturellement à être payés par le député Abdoul Karim Méckassoua et non par ce dernier en sa qualité du président de l’assemblée nationale.

Mais, des jours, des semaines et des mois vont s’écouler comme l’eau d’une rivière sans que leur créancier commun ne puisse décrocher l’appel de Mme Agnès Dékono pour les rassurer de sa bonne foi et de sa ferme volonté de régler cette dette. Il en sera de la sorte de la part de ceux qui ont été formellement mandatés par lui pour décharger ces Kits et qui se sont endettés auprès d’elle afin de battre campagne.

Comme l’administration est écrite, Mme Agnès Dékono née Dekandji se décide enfin à saisir le président de l’assemblée nationale d’une demande de règlement de la facture de cette créance, dûment accompagnée par une copie du bordereau de livraison. Ce dernier revient à la raison, s’exécute et fait enclencher la procédure d’appel de fonds sur la dotation globale allouée à l’assemblée nationale, au titre de l’exercice budgétaire 2016. En dépit des tracasseries administratives au niveau du ministère des finances et du budget, un premier acompte d’un montant de 100 millions de Fcfa, sur instructions du ministre des finances et du budget, M. Henri Marie Dondra, sera directement payé et déchargé à qui de droit. Un deuxième décompte s’en suivra, faisant suite à un autre appel de fonds. Il reste donc  un solde d’un montant de 122 millions de Fcfa. C’est alors que va commencer le calvaire de Mme Agnès Dékono et des partenaires de l’entreprise dénommée « Etablissement des Nobles ».

Au lieu de procéder comme dans les deux (2) autres cas par la démarche d’appel de fonds, le président de l’assemblée nationale et sa directrice générale de l’administration et des finances en la personne de Mme Bitouanga, trainent les pieds, dans un premier temps, trouvent le montant des kits surfacturé, dans un deuxième temps, et décident d’assujettir, dans un troisième temps, le paiement du dernier  reliquat aux conclusions de l’analyse technique de son chargé de missions en matière juridique, M. Dominique Erenon.

Son rapport est sans appel : le contrat de vente est irrévocable dès lors que les deux (2) parties ont convenu ensemble de la chose et de son prix. En d’autres termes, depuis que les kits ont été officiellement livrés, au siège du Chemin de l’Espérance, accompagnés d’un bordereau de livraison et d’une facture d’un montant total de 322 millions de Fcfa, sans aucune contestation verbale ou écrite de la part des deux parties, il n’y a plus de raison que l’on puisse remettre en cause le montant et  refuser de solder le reliquat de la facture due. Malgré la pertinence incontestable et incontestée de ce rapport, le président de l’assemblée nationale ne veut pas entendre de cette oreille et laisse le dossier en souffrance dans le placard de Mme Bitouanga. Comme il a été relevé un peu plus haut, encore des jours, des semaines et des mois s’égrainent.

Finalement, sous la pression des partenaires accompagnée des menaces de poursuites judiciaires, l’Établissement des Nobles relance l’assemblée nationale en date du 07 novembre 2017. Une relance restée infructueuse. Fatiguée des promesses sans lendemain, Mme Agnès Dékono née Dékandji saisit alors la présidence de la République qui demande à l’assemblée nationale de faire diligence. S’appuyant sur cette réaction de la présidence de la République, l’Établissement des Nobles en tient officiellement informé le 1er vice – président de l’assemblée nationale, M. Jean – Symphorien Mapenzi, assurant l’intérim du président de l’assemblée nationale et le suppléant conformément aux termes du règlement intérieur. Après moult réticences des membres du bureau, d’une part, et de Mme Bitouanga et de M. Tekpa, d’autre part, la procédure d’un appel de fonds est engagée et se soldera par le paiement du reliquat à l’intéressée.

C’est l’annonce du décaissement de cette importante somme d’argent par le Trésor Public, en règlement d’une créance initialement  privée astucieusement maquillée plus tard en créance publique, qui sera considérée à tort comme un acte de détournement par les médias et le grand public. Pour avoir été payée, selon eux, directement à qui de droit sur instructions du 1er vice – président, en l’absence du président de l’assemblée nationale.

Une réaction erronée et non fondée pour la simple raison que ces fonds ont été décaissés suivant la même procédure utilisée par le président de l’assemblée nationale, lorsqu’il s’était agi de verser les deux premiers acomptes. Et assurant l’intérim du président de l’assemblée, le 1er vice – président en application des pouvoirs à lui conférés par les termes du règlement intérieur, par la suppléance, se devait de déférer à la demande de Mme Agnés Dékono, pour payer une dette honteuse dont l’engagement a été d’ordre politique et tenter de redorer l’image ternie de la deuxième institution de la République.

N’en avait – il pas le droit ? Pressé de questions de toutes parts, l’intéressé s’assume entièrement, assume sa responsabilité en homme politique et refuse de se justifier. Mais le président de l’assemblée nationale ne l’entend pas de cette oreille, y voit bel et bien un acte de détournement et, après une conférence de presse, prend des mesures conservatoires en relevant Mme Agnés Dékono de ses fonctions de Chargée de Missions Genre, sans le respect de la procédure élémentaire en la matière et suspend aussi le comptable Tekpa de ses fonctions.

Si l’on peut aisément ergoter sur les faits devant être reprochés au comptable et pouvant justifier sa suspension, il n’en sera pas pour autant aisé en ce qui concerne Mme Agnès Dékono. Quelle grave faute a – t – elle commise dans l’exercice de ses fonctions au point d’être sanctionnée de cette manière ? L’on reviendra sur ce dossier dans notre prochaine parution.

Mais une chose est sûre : cette affaire est bel et bien une affaire de créance privée, contractée par le député Abdoul Karim Mékassoua, maquillée en créance publique par le président de l’assemblée nationale et payée par le Trésor Public sur les deniers du contribuable centrafricain. Un véritable scandale financier et sans aucun doute l’un des plus grands de l’assemblée nationale, sous le régime de Touadéra et de toute l’histoire de la République centrafricaine depuis son accession à l’indépendance, le 13 Août 1958. Il y a aujourd’hui 58 ans.

Affaire à suivre….

La rédaction

 

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