
Ousmane Sonko s’est livré hier, au marché Colobane, à une séance d’explications. S’il a tenté d’apaiser les marchands victimes de déguerpissement, la colère gronde toujours dans leurs rangs.
Par Ousmane SOW – De la Patte d’Oie à Keur Massar, il y avait une colère silencieuse des déguerpis qui occupaient les voies publiques. Mais, les opérations au marché Colobane, l’un des poumons économiques du pays, ont excédé des marchands ambulants, qui n’avaient pas dissimulé leurs plaintes et complaintes ces derniers jours. Pour tenter de calmer les clameurs du monde informel, qui fait partie des électeurs qui ont fait triompher Diomaye, le Premier ministre, flanqué du ministre de l’Urbanisme, Moussa Balla Fofana, du Préfet de Dakar et du maire de Colobane-Fass-Gueule Tapée, s’est rendu au «market» où il a été accueilli par une foule de jeunes surexcités.
Vêtu d’une chemise blanche, torpédo à la tête, Ousmane Sonko sort de son véhicule sous le soleil de 16h. Debout sur des tables, sur les balcons de leurs immeubles, à pied, les commerçants et les badauds surplombent et remplissent les allées de ce marché où le Pm a passé un après-midi chargé.
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Venu délivrer un message du chef de l’Etat pour la mise en place d’un espace public ordonné, le Premier ministre tente de jouer entre la fermeté et l’empathie. Par contre, il consent à rappeler que l’Etat a une responsabilité dans la gestion des espaces des marchés où s’enchevêtrent des étals anarchiques, ainsi que les collectivités territoriales et les populations elles-mêmes. Mais il faut des solutions durables pour éviter tout débordement. «L’occupation anarchique est à déplorer, mais pas moins que le manque de mesures d’accompagnement. Il faut savoir que les gens doivent être accompagnés après qu’ils ont été déguerpis.» Est-ce un rétropédalage ? Sur place, il n’a plus affiché son ignorance de ces opérations en cours dans plusieurs zones de Dakar. «Le président de la République invite les mairies à assouplir les opérations de déguerpissement et de libération de la voie publique, en privilégiant la communication et le dialogue avec les marchands ambulants», note Sonko. «Ce message du Président s’adresse à toutes les collectivités territoriales, à tous les commerçants de Dakar et des régions, ainsi qu’à toutes les populations riveraines de marché.»
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A Colobane, la mairie avait décidé de la fermeture temporaire du marché du samedi 29 juin à 00h au lundi 1er juillet 2024 à 23h 59mn, pour une opération de nettoiement et désencombrement de la voie publique. «Il faut plus de communication avec les acteurs, particulièrement les commerçants. Nous allons voir, avec les mairies, comment évaluer les dédommagements à octroyer aux commerçants impactés et les solutions de remplacement à apporter lors de chaque opération de désencombrement initiée», déclare Ousmane Sonko. Dans son discours d’une quinzaine de minutes, il a appelé les marchands ambulants à la raison en acceptant les sites à eux proposés dans le cadre de leur recasement. «Vous savez que tout le monde ne peut pas avoir une place à Sandaga ou un autre marché… Il faut faire preuve de compréhension le temps que les solutions soient trouvées», propose le chef du gouvernement. «Je travaille ici depuis 30 ans. On risque de nous amener dans d’autres endroits où tu ne verras personne», rouspète un vendeur. «Il faut être patient. Le Projet va régler les problèmes des marchés», tente d’apaiser un autre, qui porte des bracelets de Pastef aux poignées.
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Il flotte un sentiment qui mêle incompréhension et colère à Colobane en ce début d’après-midi. «J’avais pris une pirogue pour aller en Espagne. J’ai été rapatrié comme certains commerçants. Qu’on nous laisse travailler. C’est trop tôt pour mécontenter les gens», enchaîne un autre tablier. Devant les acteurs commerciaux trouvés sur place, le chef du gouvernement insiste sur la nécessité de mettre en place une courroie de communication entre l’Administration et le Peuple, souligne l’importance du dialogue. «Nous demandons à l’Administration, notamment le Préfet, de communiquer avec le Peuple. Nous devons en discuter entre nous. La responsabilité de l’Etat repose sur l’absence de suivi et de contrôle du processus d’occupation anarchique de la voie publique durant plusieurs années, tandis que celle des mairies est liée à la délivrance désordonnée d’occupations du Domaine public», déclare le Pm, qui a mis les riverains qui ont transformé les devantures de leurs maisons dans le même sac de reproches.
Pas de vague à Anse Bernard
Après l’étape de Colobane, le Premier ministre s’est rendu à Anse Bernard pour dénoncer «un fait grave» concernant le Domaine public maritime (Dpm). Il explique : «Vous voyez ce tableau, c’est tout un domaine qui a été octroyé à travers un morcellement bien défini : certains ont bénéficié de 5000 m2, d’autres 3000, 2000, etc. C’est un fait grave parce que le Peuple sénégalais et sa jeunesse ont besoin de disposer d’une plage pour passer du temps. C’est un Domaine public maritime à ne pas toucher. D’ailleurs, même les procédures pour le déclassifier sont compliquées. Donc, il est inadmissible d’octroyer à des privés hôteliers ce sol au détriment du Peuple.» Selon ses dires, l’opération a été réalisée en novembre 2023.
«Les conclusions de la commission seront livrées dans les prochains jours», assure-t-il, en référence à la Commission de contrôle mise en place à la Primature pour éclairer l’attribution des titres fonciers sur le littoral.