RDC : luttes d’influence dans l’armée congolaise

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Commandement parallèle, luttes intestines, guerres de clans….Les FARDC sont de plus en plus divisées entre les pro – Tshisékédi et fidèles à l’ancien président Kabila. Dernier épisode en date, l’arrestation du général Philémon Yav, accusé de « haute trahison ».

Drôle d’ambiance au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Philémon Yav, l’un des généraux-clés du dispositif militaire congolais à l’Est du pays a été arrêté et placé en détention ce mardi. Le commandant de la troisième zone de défense et des opérations militaires au Nord-Kivu a d’abord été rappelé à Kinshasa sur ordre du président Félix Tshisekedi et du chef de la maison militaire, Franck Ntumba. Il a ensuite été entendu par l’auditorat militaire, avant d’être incarcéré à la prison de Makala. Trois autres officiers ont également été entendus, avant d’être remis en liberté.

« Haute trahison »

Ce que l’on reproche au général Yav ? Des contacts répétés avec des officiels rwandais, dont le général James Kabarebe. Depuis fin 2021 et le retour des rebelles du M23, Kinshasa accuse Kigali de soutenir la rébellion en hommes et en armes. Philémon Yav aurait donc entretenu des « complicités » avec l’ennemi et se serait rendu coupable de « haute trahison ». Une accusation qui étonne au sein même des FARDC. Philémon Yav serait-il le seul officier congolais à être en contact avec James Kabarebe et des militaires rwandais ? « Certainement pas » nous confie une source sécuritaire, qui affirme que « le président de la République, Félix Tshisekedi, était lui-même en contact direct avec le chef militaire du M23, Sultani Makenga de 2019 à mi-2021 et échangeaient fréquemment au téléphone ».

Guerres larvées

L’arrestation surprise de Philémon Yav intervient dans un contexte particulièrement tendu au sein de l’armée congolaise. Les officiers supérieurs sont désormais divisés en deux camp que tout oppose désormais. D’un côté, il y a ceux qui ont rejoint le président Tshisekedi, et de l’autre, ceux qui sont restés fidèles à l’ancien chef de l’Etat Joseph Kabila, ou qui sont perçus comme tels. Philémon Yav était très clairement catalogué dans la case des kabilistes. « Le tigre de Kabila », comme ce faisait appeler ce Katangais très proche de l’ex-président, était l’une des cibles privilégiées du général Franck Ntumba, chef de la maison militaire, un soutien inconditionnel du président Tshisekedi.

Qui pilote l’état de siège ?

Depuis sa arrivée à la présidence, Félix Tshisekedi peine à s’imposer dans l’appareil sécuritaire, dans lequel il manquait cruellement de réseaux d’influence. Petit à petit, il tente de reprendre la main en plaçant des hommes de confiance au sein de l’armée. Pour effectuer ce délicat travail, le chef de l’Etat s’appuie sur le Franck Ntumba, dont les méthodes sont jugées quelque peu « abruptes » dans les rangs militaires. Félix Tshisekedi cherche notamment à écarter le chef de l’Etat major des FARDC, le général Célestin Mbala, lui aussi taxé d’être encore fidèle à Joseph Kabila. Pour mettre sur la touche ce général, pourtant en âge d’être à la retraite, le chef de la maison militaire a décidé de prendre la main sur le pilotage de l’état de siège aux côtés du président Tshisekedi et du ministre de la Défense. Le choix des deux gouverneurs militaires du Nord-Kivu et de l’Ituri a été imposé à Célestin Mbala. Une sorte de commandement parallèle s’est mis en place, ne rendant compte qu’au président, au ministre de la Défense, et… au chef de la maison militaire, toujours à la manoeuvre. « Le général d’armée Célestin Mbala est mis à l’écart et assiste en spectateur à la gestion de l’état de siège » nous confie une source militaire.

Collaboration avec les FDLR, empoisonnement…

Dans ces luttes intestines au coeur de l’armée, il y a aussi le cas du général-major Peter Nkuba Cirimwami, commandant opérationnel en Ituri. Ce haut-gradé a également été rappelé à Kinshasa deux semaines après le général Philémon Yav, où il a été auditionné avec son second de la province du Haut-Uele. Pour le moment, rien n’a été décidé sur leurs sorts. Cirimwami avait été accusé de collaborer avec les FDLR lorsqu’il était en opération au Nord-Kivu pour combattre le M23, avant la prise de Bunagana par les rebelles. Ce général avait alors été déplacé en Ituri sous pression de Kigali. L’audition du général Cirimwami et l’arrestation de Philémon Yav sont censées démontrer une certaine volonté du chef de l’Etat de mettre à l’écart les officiers qui collaboreraient avec les groupes armés, quels qu’ils soient, M23 ou FDLR. Preuve enfin du climat délétère qui règne dans l’armée, l’arrestation au Nord-Kivu du colonel Augustin Kahombo ambo, qui vient d’être inculpé et emprisonné à Goma. Il est soupçonné d’avoir empoisonné un général, Ghislain Tshinkobo Mulamba, chef de l’armée pour le Nord-Kivu, mort à la mi-août 2022.

Arrestation prétexte ?

Par petites touches, Félix Tshisekedi tente ainsi de reprendre tant bien que mal le contrôle de l’armée et placer des hommes sûrs aux postes-clés. « La méthode est souvent brutale » regrette une source militaire, et uniquement pilotée par la maison militaire, qui outrepasse souvent ses attributions. « Félix Tshisekedi a trop attendu avant de faire le ménage nécessaire dans l’armée. Il aurait dû le faire dès son arrivée ». Pour certains militaires, cette arrestation n’est qu’un prétexte pour justifier l’échec de l’état de siège et la reconquête de Bunagana par les FARDC qui se fait cruellement attendre, après 100 jours d’occupation par le M23.

Christophe Rigaud – Afrikarabia

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