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Centrafrique : « le chiffre de 1,8million d’électeurs ne correspond pas à la réalité »

Afrikarabia : A deux mois des élections présidentielle et législatives en Centrafrique, prévues le 27 décembre, l’Autorité nationale des élections (ANE) vient de clore cette semaine l’enregistrement des électeurs. Lors d’une réunion mi-octobre avec l’ANE, vous avez fait d’anomalies dans l’inscription des Centrafricains sur les listes électorales. Lesquelles ?

Nicolas Tiangaye : Il y a tout d’abord les délais qui n’ont pas été respectés. Le code électoral avait prévu un délai de 21 jours pour l’enrôlement des électeurs. Malheureusement ce délai a été réduit aussi bien à Bangui que dans les provinces ou dans la diaspora. Ensuite, de nombreuses zones n’ont pas été couvertes par les opérations d’enrôlement. Il s’agit de quatre préfectures dont une partie du territoire est toujours occupée par les groupes armés, notamment dans l’Ouham Pende, le Vakaga et le Haut-Mbomou. Si vous prenez la préfecture de l’Ouham Pende, la plus peuplée du pays, vous avez trois préfectures qui n’ont pas été totalement enrôlées : NGaoundaye, Koui et Bocaranga. Dans la Nana Mambere, les communes de Niem, Yelewa et Besson n’ont pas été couvertes par l’enrôlement. Et maintenant que les les listes électorales ont été affichées, beaucoup de Centrafricains n’ont pas vu leurs noms sur les listes, et cela est de nature à créer des problèmes d’inclusivité de ce scrutin.

Afrikarabia : Selon vous, ces élections ne seront pas crédibles si elles se déroulent dans ces conditions ?

Nicolas Tiangaye : Pour que des élections soient crédibles, il faut qu’elles soient inclusives. Beaucoup de Centrafricains n’ont pas pu être enrôlés en province. Cela est dû aux groupes armés, mais aussi à l’incompétence de l’ANE qui n’a pas payé les agents électoraux qui se sont révoltés et n’ont pas rendu leurs tablettes. Le chiffre de 1,8 million d’électeurs annoncé par l’Autorité nationale des élections ne correspond pas à la réalité. Des tablettes ont été soit disant « perdues ». C’est pour cela que la COD 2020 a sollicité un audit du fichier électoral.

Afrikarabia : Vous demandez toujours le report des élections ?

Nicolas Tiangaye : Les conditions ne sont pas réunies pour aller à des élections transparentes. Nous maintenons notre exigence de concertations nationales pour régler cette question d’enrôlement avant d’aller aux élections. Il y a la question de l’enrôlement, mais il y a aussi des zones dans lesquelles nos militants ne peuvent pas circuler parce que le pouvoir est de mèche avec les groupes armés.

Afrikarabia : Que répondez-vous à la communauté internationale qui a rappelé lors d’une réunion à l’ONU début octobre que « les élections doivent être organisées dans les délais » ?

Nicolas Tiangaye : C’est sa position. Mais la communauté internationale a aussi l’obligation de veiller à la sécurisation du processus. Dans certaines régions contrôlées par les groupes armés, nous n’avons pas pu mettre en place les structures de nos partis. Nous ne pouvons pas cautionner ce genre de situation. Peut-être que la communauté internationale n’a pas tous les éléments, mais nous avons toujours pris soin de les informer que le processus électoral ne se déroulait pas correctement.

Afrikarabia : Que faire en cas de report du scrutin, sachant que la cour constitutionnelle a interdit le chef de l’Etat de prolonger son mandat ? Une transition ?

Nicolas Tiangaye : Non. Les gens pensent que l’opposition veut une transition pour occuper des postes dans un gouvernement d’union nationale. Ce n’est pas ça notre préoccupation. Nous voulons aller à des élections transparentes, inclusives et apaisées pour que, demain, il n’y ait pas de contestation. Il faut éviter une crise post-électorale dont les populations sont toujours les premières victimes. Nous demandons un dialogue avec le gouvernement.

Afrikarabia : Au sein de la coalition COD 2020, qui est le meilleur candidat selon vous pour porter les couleurs de l’opposition contre le président Faustin Archange Touadéra ?

Nicolas Tiangaye : Il n’y a pas de meilleur candidat. La COD 2020 n’a pas été créée pour présenter un candidat. Il faut que les choses soient claires. Chaque parti de la COD 2020 garde son indépendance et son autonomie. Les partis organisent leurs congrès et certains ont déjà investi des candidats à l’élection présidentielle. Ce n’est pas à la COD 2020 d’imposer un candidat unique. C’est un faux débat. Le vrai débat est de savoir ce qu’il faut faire pour empêcher Touadéra de tricher et d’empêcher la victoire du peuple centrafricain.

Afrikarabia : François Bozizé, qui fait partie de la coalition 2020, s’est porté candidat à la présidentielle mais reste toujours sous sanctions de l’ONU. Est-ce que vous pensez comme Dominique Yandocka, Président du parti ITA (Initiative pour une transformation par l’action) que la candidature de François Bozizé « pose problème » ?

Nicolas Tiangaye : Je ne sais pas à quel titre monsieur Yandocka peut dire que la candidature de François Bozizé pose problème ? Il n’y a que les institutions qui le peuvent : il y a l’ANE qui va recevoir les candidatures et la cour constitutionnelle qui tranchera en dernier ressort. Monsieur Yandocka n’a pas à se substituer aux institutions pour décider du sort qui sera réservé à la candidature de François Bozizé.

Afrikarabia : Et vous, quel rôle souhaitez-vous jouer pendant ces élections ?

Nicolas Tiangaye : Mon parti va tenir son congrès le 30 et 31 octobre et va investir son candidat à l’élection présidentielle et ses candidats pour les législatives.

Afrikarabia : Vous pourriez donc être candidat ?

Nicolas Tiangaye : Ce n’est pas exclu.

Afrikarabia : Comment peut-on régler le délicat problème des groupes armés qui plongent la Centrafrique dans le chaos depuis plusieurs années ?

Nicolas Tiangaye : C’est au président Touadéra qu’il faut poser cette question. Il est au pouvoir. C’est à lui de ramener la paix dans le pays. Lorsqu’il était candidat aux élections, il avait promis de rétablir la sécurité. Au lieu de 50% de territoire occupé par les groupes armés, aujourd’hui c’est 80% sous la présidence Touadéra.

Afrikarabia : Est-ce que vous avez des solutions, des pistes pour régler le problèmes ?

Nicolas Tiangaye : Ce n’est pas aujourd’hui que nous allons le faire. Chaque parti le fera pendant la campagne.

Afrikarabia : Comment jugez-vous le rôle de la Russie qui vient de livrer une dizaine de blindés à l’armée centrafricaine dans ce contexte pré-électoral ?

Nicolas Tiangaye : C’est juste pour amuser la galerie. C’est pour faire la campagne de Touadéra. Avant d’être élu, il avait affirmé qu’il ne ferait pas la guerre. A quoi vont servir ces véhicules avant blindés, que les gens appellent abusivement des chars, et dont trois sont déjà tombés en panne ?

Christophe RIGAUD – Afrikarabia

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