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Centrafrique : le régime de confusion des pouvoirs

Des informations publiées par le site du MCU ont révélé qu’une délégation de ce parti venant  de la zone France – Europe a été reçue en audience, le mardi 6 octobre 2020, par le ministre des finances et du budget Henri Marie Dondra, 1er secrétaire exécutif national adjoint. L’objet de cette rencontre des frères unis que conduisait Roger Andjalandji assité de Salomon Kotro était de féliciter leur « très éminentissime hôte » et le « meilleur grand argentier de toute l’histoire de la République », pour la parfaite réussite de l’organisation du 1er Congrès ordinaire de leur mouvement dont il a été le président d’organisation, organisé à Bangui du 24 au 26 septembre 2020.

Seulement, aussi surprenant et gravissime que cela puisse paraître pour l’opinion nationale et le grand public, ce chaleureux et important rendez – vous entre frères unis, membres d’une organisation politique à part entière, régie par des textes fondateurs spécifiques, à savoir les statuts et le règlement intérieur, conformément aux dispositions de la loi sur les partis politiques en République centrafricaine, n’a pas eu lieu au siège du MCU ; il s’est plutôt tenu dans les locaux du ministère des finances et du budget, lequel s’impose comme une institution publique, mieux un patrimoine national, neutre, indivisible et unique. En sa qualité de service public, ses activités et celles de ceux qui ont été désignés pour l’administrer, visent uniquement à la défense, la promotion et à la satisfaction d’intérêt général. Le fait que le ministre des finances et du budget n’a pas déféré au scrupuleux respect de ce noble principe qui fonde toute action publique, pose non seulement toute l’épineuse et éternelle question de la mal-gouvernance pathologique qui caractérise la gouvernance de ce pouvoir de bras cassés, mais surtout sape les fondements de la jeune démocratie centrafricaine, chèrement acquise en 1993.

 

                       Le ministre des Finances Henri Marie Dondra avec ses frères unis du MCU

de la Zone France Europe -Photo MCU-

En effet, si l’ancien directeur général du Fagace l’ignore, nous nous faisons l’humble devoir  de lui rappeler tout volontiers que la démocratie  n’est rien d’autre que la séparation des pouvoirs, l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Partant du constat que, dans le régime de la monarchie absolue, ces trois fonctions sont le plus souvent confondues et détenues par une seule et même personne, la théorie de séparation des pouvoirs plaide pour que chacune d’entre elles soit exercée par des organes distincts, indépendants les uns des autres, tant par leur mode de désignation que par leur fonctionnement. Chacun de ces organes devient ainsi l’un des trois pouvoirs : le pouvoir législatif est exercé par des assemblées représentatives, le pouvoir exécutif est détenu par le chef de l’État et les membres du Gouvernement, le pouvoir judiciaire, enfin, revient aux juridictions. L’objectif assigné par Montesquieu à cette théorie est d’aboutir à l’équilibre des différents pouvoirs : « Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »

Autrement dit, en français facile, le 1er secrétaire exécutif national adjoint du MCU Henri Marie Dondra est autorisé à recevoir ses frères unis dans les locaux du siège de leur parti, et non au ministère des finances et du budget, car l’objet de leur rencontre n’est pas public mais privé, ayant des liens avec le fonctionnement de leur organisation politique. Mieux, la doctrine de Montesquieu lui fait formellement obligation de ne pas cumuler ses fonctions de ministre de finances et du budget. Et c’est ce qui a été consacré par les dispositions de l’article 57 de la constitution du 30 mars 2016, selon lesquelles « les fonctions de membre du Gouvernement ne sont pas cumulables avec celles du membre du Parlement, le membre du Conseil Economique et Social, de membre du Conseil National de la Médiation, de membre du Haut Conseil de la Communication, de membre de l’Autorité Nationale des Elections, de membre de la Haute Autorité chargée de la Bonne Gouvernance, de toute fonction de la représentation professionnelle, de tout emploi salarié et de toute activité lucrative ».

Ainsi donc, avec Henri Marie Dondra, nous ne sommes plus en démocratie, mais plus exactement en « démocrature », c’est – à – dire dans la confusion des pouvoirs, comme nous l’avait appris feu Ismaël Sy, en droit constitutionnel. Ce régime est institutionnalisé dans notre pays, depuis l’avènement de ce régime de jouisseurs, toutes les fois où le prince, le ministron, le juge et le législateur se disputent des pouvoirs, pour le grand malheur de la République et des citoyens. A travers l’acte posé par le ministre des finances et du budget et le 1er secrétaire exécutif national adjoint du MCU, dilués en un seul individu, la RCA vit aujourd’hui l’une des périodes les plus dangereuses de son histoire. Cet enchevêtrement et cette confusion entre les fonctions n’aident pas à la clarté ni à la cohérence, remettent sur la table la problématique de conflits d’intérêts et ne peuvent, par conséquent, que réconforter la thèse soutenue et défendue becs et ongles par une majeure partie des Centrafricains qui accusent Henri Marie Dondra de pourvoyeur du MCU en finances publiques et en argent du contribuable.

La rédaction

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