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Bilan de la présidence Touadéra à mi-parcours. 30 mars 2016 – 30 septembre 2018 : une gouvernance faible, prédatrice et inefficace

Par Paul Yimbi 

1ere partie

Faustin-ArchangeTouadéra s’est présenté au peuple durant la campagne électorale comme le « candidat de la rupture » ou le « président des pauvres ».

Lors de son investiture le 30 mars 2016, le nouveau président promet solennellement « une lutte sans merci sera menée contre la fraude, la corruption, les détournements de deniers publics » et insiste sur « l’application des règles de bonne gouvernance, avec une justice impartiale et indépendante. » Cependant, comme lorsqu’il fut Premier ministre, le président Touadéra se distingue par son manque d’autorité, une inefficacité flagrante et l’impunité qu’il consacre en mode de gouvernance enterrant toutes affaires de corruption. Nombre de ceux qui l’avaient rallié lors du second tour des élections comme Karim Meckassoua ou encore Jean-Serge Bokassa pour ne citer qu’eux vont déchanter et seront évincés au profit de fidèles de Touadéra. Cette gouvernance sur le plan de la diplomatie sera caractérisée par un isolement croissant dans la sous-région et à l’international, malgré le succès en trompe l’œil du partenariat noué avec la fédération de Russie.

Des nominations en guise de récompenses.

Le président Touadéra nomme le 2 avril 2016 son compagnon de route et Directeur de campagne Simplice-Mathieu Sarandji au poste de Premier ministre. Ce Maître de conférences en géographie fut secrétaire général à l’Université de Bangui quand Touadéra en était recteur puis son Directeur de cabinet pendant les 5 ans où il était à la Primature.

Le premier gouvernement formé le 11 avril 2016 permet de récompenser certains soutiens qui ont rallié FAT durant l’entre-deux-tours comme Jean-Serge Bokassa qui devient ministre de l’Intérieur, Charles-Armel Doubane qui hérite du ministère des Affaires étrangères ou encore Joseph Yakété qui est nommé ministre de la Défense. D’autres proches du chef de l’État font leur apparition comme son directeur adjoint durant la campagne Félix Moloua, qui devient ministre de l’Économie ou encore Charles Lemasset Mandya, son porte-parole de campagne qui prend les rênes du ministère de la Communication.

Signalons aussi les cas de Léopold Mboli Fatrane nommé aux ministère des Mines, à l’Énergie et à l’Hydraulique occupa le poste de ministre de l’Énergie et de l’hydraulique lorsque Touadéra était à la Primature ou encore de Flavien Mbata parenté au nouveau locataire du Palais de la Renaissance qui est nommé ministre de la Justice.Gvt fat                                                                                                                  Gouvernement SMS 1@sni

Le 5 mai 2016, Emile Gros Raymond Nakombo, rallié du second tour lui aussi est nommé président de la délégation spéciale de la ville de Bangui en remplacement d’Hyacinthe Wodobodé. L’organigramme du cabinet de Faustin-Archange Touadéra est dévoilé le 18 mai 2016. On y retrouve aussi des candidats malheureux ayant rallié Touadéra.

  • Jean Willybiro-Sako est ainsi nommé ministre conseiller spécial en charge de la réconciliation nationale conjointement avec Régina Konzi Mongot,
  • Stanislas Moussa Kembé conseiller diplomatique,
  • Jean-Baptiste Koba devient conseiller chargé des investissements,
  • Fidèle Gouandjika conseiller spécial en charge les relations avec les organisations,
  • Obed Namsio Secrétaire général de la présidence,
  • le colonel Noel Bienvenu Selesson, un proche parent du chef de l’Etat, devient conseiller en charge du programme Désarmement, démobilisation, réintégration -DDR-,
  • Jean-Claude Rameaux-Bireau, neveu du chef de l’Etat conseiller économique à la présidence -chef de cabinet particulier de Touadéra lorsque ce dernier fut Premier ministre-,
  • Isidore Alphonse Dibert, grand-frère de Tina Touadéra, seconde épouse de Touadéra est lui nommé au poste de conseiller politique.

 

Touadéra choisi son neveu Arthur Piri au poste contrôleur général des sociétés parapubliques, un autre neveu Frédéric Inamo au poste de Directeur Général des douanes tandis que Sani Yalo est lui nommé Président du Conseil d’administration du Bureau d’Affrètement Routier Centrafricain – BARC – , organisme parapublic central dans les flux routiers intérieurs et internationaux du pays. Firmin Ngrébada qui fut Directeur de Cabinet Adjoint de Touadéra lorsqu’il fut Premier ministre est nommé Directeur de Cabinet du président de la République. Le cabinet militaire compte également de nombreux anciens collaborateurs de Touadéra.

Signalons la nomination du général Guillaume Lapo en qualité de Secrétaire général du Conseil Supérieur de la Défense. Le général Lapo s’était distingué en 2010 à la fonction de Directeur général du Trésor public en ayant créé à l’époque une entreprise dénommée « Polygone » qui raflait nombre de marchés publics, ce qui lui permettaient de se faire verser chaque mois par le Trésor pour un montant total de plusieurs centaines de millions de Fcfa …

Le conflit au sommet de l’Etat avec le Président de l’Assemblée nationale.

Un conflit larvé apparaît chaque jour de moins en moins feutré au sommet de l’État entre le Président Touadéra et le PAN Meckassoua au cours de la première partie du quinquennat de la Présidence Touadéra. Meckassoua qui avait discrètement rallié Faustin-Archange Touadéra durant l’entre-deux-tours est élu le 6 mai 2016 à la tête de l’Assemblée nationale centrafricaine. Une élection qui s’était jouée lors d’une rencontre entre Touadéra et Denis Sassou Nguesso fin avril 2016, à l’aéroport Maya-Maya de Brazzaville. La veille de l’élection, plusieurs dizaines de députés ont ainsi reçu des instructions de Fidèle Gouandjika et d’Arthur Piri, deux proches parents et conseillers très écoutés du président centrafricain, au restaurant L’Equateur de Bangui en faveur de Meckassoua. Une fois en fonctions, les incidents vont se multiplier entre les deux plus hautes personnalités de l’Etat.

Le ministre des finances Dondra est particulièrement remonté après son interdiction de prendre la parole à l’Assemblée, lors de la visite de Christine Lagarde, le 25 janvier 2017. Les ministres du gouvernement Sarandji snobent l’Assemblée nationale et refusent de répondre aux interpellations, surtout celles concernant l’insécurité dans l’arrière-pays. Dondra règle ses comptes avec les députés qui ne reçoivent plus d’indemnités pendant 3 mois.

Lors de l’élection du bureau de l’Assemblée nationale en mars 2017, les candidats favorables au chef de l’État sont défaits et la Présidence commence à craindre le risque futur d’une éventuelle motion de censure du gouvernement Sarandji. Lors de la régularisation de convention minières, ce bras de fer se cristallise autour de l’article 60 de la constitution qui dispose que « le Gouvernement a l’obligation de recueillir l’autorisation de l’Assemblée nationale avant la signature de tout contrat relatif aux ressources naturelles ».

Lorsque le ministre des finances achète le vote de la loi de finances avec des enveloppes de 200 000 Fcfa, Meckassoua critique en séance les « députés corrompus » qui acceptent la « politique du ventre ». Celui-ci se voit alors rappelé par les députés ses promesses durant la campagne pour le perchoir – un pick-up 4×4 pour chacun des députés et la prise en charge de leurs déplacements à l’étranger-. « S’il y a bien quelqu’un qui ne peut pas parler de corruption, c’est bien toi » lui rétorquent ainsi les élus de la nation…

Le 9 mars 2018, le renouvellement annuel du bureau de l’Assemblée voit la victoire des proches de Touadéra avec notamment Jean-Symphorien Mapenzi élu 1er vice-président et Mathurin Dimbelet Nakoé élu 2e vice-président. La veille à Boali, environ 90 députés reçoivent 500 000 Fcfa chacun et la promesse d’une nouvelle enveloppe de la même somme après le vote du jour pour arranger cette élection. La tension est désormais permanente entre le nouveau bureau et le PAN qui commence à se sentir sérieusement menacé d’une éventuelle destitution.

Le 17 octobre 2018, Meckassoua est finalement visé par une pétition signée par 95 députés qui dénoncent sa « gestion patrimoniale et clanique » et réclament sa destitution. Cette procédure aboutit finalement au vote d’une large majorité de députés 95 sur les 140 qui déposent, le 18 octobre 2018, une motion de destitution.

Finalement, Meckassoua est destitué le 26 octobre 2018 à une large majorité de 98 voix pour différents manquements, dont des décaissements sans justificatifs, à l’issue de la conférence des Présidents. Dans la foulée de cette destitution, Laurent Ngon-Baba, député de Baboua et ancien ministre lorsque Touadéra était premier ministre succède le 29 octobre 2018 à Meckassoua.

Suite à ce vote, le député de Mongoumba Thierry Vackat proche de Meckassoua est arrêté le 29 octobre 2018, et placé à la Section de Recherche et d’investigation. Après plusieurs prolongations du délai de garde à vue et ce malgré l’immunité liée à sa fonction, Thierry Vackat sera poursuivi par le procureur général Eric Didier Tambo…

Meckassoua n’est pas le seul de ceux qui ont rallié Touadéra au second tour des élections à être évincé au profit d’un fidèle de Touadéra. C’est ainsi que le Ministre de l’administration du territoire Jean-Serge Bokassa qui avait déjà perdu de ses attributions le portefeuille de la sécurité au profit du cousin de Touadéra Henri Wanzet Linguissara lors du remaniement de septembre 2017 est limogé par décret présidentiel en avril 2018.5 36                                                                                                     Faustin-Archange Touadera et Karim Meckassoua@sni

Une gouvernance faible, prédatrice et inefficace.

Touadéra qui apparaît comme un président effacé et impréparé se distingue néanmoins au fil du temps par un mode gouvernance prédateur. L’audit de la période transition mené à bien par la Cour des Comptes sera ainsi purement et simplement enterré par le nouveau président. Le manque de projets sérieux et l’absence de réforme sera rapidement sanctionné par les partenaires internationaux.

Planet express fat

Le 17 novembre 2016, des donateurs internationaux s’étaient engagés à Bruxelles à verser plus de 2 milliards d’euros à la Centrafrique pour l’aider à financer son plan de redressement. Cependant, un an après ces annonces en grande pompe, force est de constater que l’insécurité, l’absence de mise en place de projets concrets et la mauvaise gouvernance ont refroidi les ardeurs des prêteurs à tel point qu’au final, c’est moins de 10% de la somme annoncée qui fut effectivement versée…

 

Fat boris beker

 

L’exécutif se singularise particulièrement par l’augmentation du budget alloué en toute opacité aux fonds spéciaux dans la loi de finances 2017

  • 1,15 milliard Fcfa pour la Présidence,
  • 330 millions Fcfa pour la Primature,
  •  786 millions de Fcfa pour les « autres charges exceptionnelles »-.

Le fait que ce budget soit supérieur à celui de l’enseignement supérieur – 351 millions Fcfa –  ou encore de l’emploi – 131 millions Fcfa –  montre clairement où se situent les priorités de ce régime…

Personne ne s’étonne vraiment lorsque le Premier ministre Sarandji, accusé d’avoir détourné plusieurs milliards de Fcfa depuis sa prise de fonction, acquiert un immeuble de 600 millions Fcfa dans Bangui.

Le régime Touadéra se distinguera particulièrement dans des affaires retentissantes de trafics de passeports et même de positions diplomatiques.

L’opinion internationale découvrira ébahie un post Twitter de l’ancien champion de tennis Boris Becker le 29 avril 2018 dévoilant la photo d’une rencontre avec le président Touadéra à Bruxelles.

Dans la foulée, l’ambassadeur centrafricain à Bruxelles, Daniel Dede Emery déclare qu’un « passeport diplomatique » a été remis à l’intéressé et que celui-ci occupera un bureau à l’ambassade de Centrafrique à Bruxelles pour accomplir une mission « d’attaché pour les affaires humanitaires, culturelles et sportives auprès de l’Union européenne ».

Boris Becker qui a été déclaré en état de faillite personnelle par un tribunal de Londres espère que ce passeport diplomatique et cette nomination lui permettront de se prévaloir d’une immunité diplomatique centrafricaine pour échapper aux procédures judiciaires auxquelles il fait face au Royaume-Uni.…

Signalons aussi le cas du ministre de la communication et porte-parole de Touadéra campagne Lemasset-Mandya, confondu dans une affaire de faux diplôme qui est remplacé par Maxime Kazagui.

 

Rectorat

 

Nombre de personnalités issues des groupes armés nommés à l’automne 2017 en qualité de Ministre ou de Conseillers à la Présidence se livreront en parallèle de leurs fonctions à des malversations. Citons par exemple le cas de Mahamat Ousmane Mahamat issu des rangs du groupe armé FPRC, qui fut dans le temps sous-préfet de Moundou au Tchad nommé par Touadéra conseiller à la Présidence le 11 octobre 2017. Une vidéo postée sur les réseaux sociaux en août 2018 exposera Ousman Mahamat Ousman dans le salon de sa résidence du KM5, en train de commenter l’exposition d’un tas de diamants, posée sur une table basse. Cet incident n’empêchera pas le Président Touadéra ce sulfureux conseiller d’être nommé représentant diplomatique de la République Centrafricaine au Qatar… Le régime Touadéra va progressivement de retrouver isolé en Afrique centrale au point que le pays va subir un certain nombre de revers diplomatiques.

En février 2017, Idriss Déby Itno, Président en exercice de la CEMAC, décide que la crise centrafricaine étant terminée, la CEMAC devait se réinstaller à Bangui. Mais, faute de logements et de commodités, Daniel Ona Ondo, le président de la Commission, Fatima Haram Acyl, la vice-présidente, les commissaires et une quarantaine de cadres qui vivaient toujours dans des hôtels, sans leurs familles rentrées à Malabo. Le 19 février 2018, Idriss Deby Itno, prenant en compte cette situation décide du transfert du siège de l’institution de Bangui à Malabo en Guinée équatoriale. Une décision qui sonne comme un camouflet pour les autorités centrafricaines…

Le 1er juillet 2018, la RCA brille de son absence au Sommet de l’Union africaine à Nouakchott illustrant l’isolement international du président Touadéra… Cet isolement sera accentué par l’affaire du coup d’Etat manqué en Guinée équatoriale. Parmi ces éléments en tenue qui avaient pour projet de passer la frontière équato-guinéenne pour soutenir un putsch contre le régime de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo se trouvent plusieurs centrafricains dont Ahmed Dada Yalo, le petit frère de Sani Yalo, conseiller de Faustin-Archange Touadéra…

Quand Teodoro Obiang Nguema Mbasogo apprend que se trouveraient des proches de Faustin-ArchangeTouadéra parmi ceux qui ont voulu renverser son pouvoir, il pique une colère noire. Il fait affréter un avion et convoque Touadéra à Malabo pour des explications le 9 janvier 2018.

Le 12 janvier 2018, le Ministre de la Sécurité nationale équato-guinéen Nicolas Obama Nchama est dépêché à Bangui pour complément d’enquête. Un rapport d’enquête documenté des autorités judiciaires Equato-Guinéennes est transmis courant avril 2018 aux autorités centrafricaines sommées par Malabo de saisir la justice centrafricaine dans ce dossier. C’est ainsi que le procureur général auprès la Cour de Cassation Léon Dincpi est missionné pour mener différentes auditions sur base du rapport transmis dans le cadre d’une commission spéciale d’enquête. La justice centrafricaine enquête notamment à la demande de Malabo sur un transfert d’argent suspect effectué depuis un compte en France vers le compte du Bureau d’affaitement Routier Centrafricain -BARC-, dont le président du Conseil d’administration n’est autre que Sani Yalo.

L’enquête suspecte Sani Yalo d’avoir utilisé les comptes du BARC pour engager des dépenses ayant servi à rémunérer les éléments centrafricains à ce putsch manqué… Le comptable du BARC Igor Rufin Benguere qui est entendu dans le cadre de cette enquête et dévoile à cette occasion minutieusement certains éléments comptables compromettant le système mis en place au BARC. Celui-ci est alors licencié sur ordre de Sani Yalo et du Ministre de la Justice Flavien Mbata, cousin de Touadéra qui fait tout pour court-circuiter l’enquête afin d’éviter que ces détails compromettants n’arrivent aux oreilles de Obiang Nguema…

Menacé de mort et craignant pour sa vie trouve refuge à l’ambassade de Guinée-équatoriale où il reste comme prisonnier pendant des mois d’être extradé comme réfugié politique en Guinée-équatoriale… Inutile de dire que les autorités de Malabo n’ont pas oublié cette affaire dans laquelle Sani Yalo – protégé par Touadéra fut finalement condamné par contumace par la Cour de Bata en Guinée Equatoriale…

 

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Un rapprochement en trompe l’œil avec la Fédération de Russie.

Le 25 septembre 2017, Touadéra rencontre à Paris le nouveau président français. Emmanuel Macron indique à Faustin-Archange Touadéra qu’en mars 2016 la marine française a saisi une importante quantité d’armes dans les eaux internationales au large de la Somalie, en tout près de 2 000 kalachnikovs, 100 lance-roquettes, 49 mitrailleuses et 20 mortiers sont ainsi voués à la destruction. Si la Russie autorise au Conseil de sécurité de l’ONU la livraison de ces armes à Bangui, la France ne s’y opposera pas. Les autorités centrafricaines vont donc nouer contact avec leurs homologues russes aboutissant à une rencontre organisée à Sotchi le 7 octobre 2017 entre Faustin-Archange Touadéra – accompagné notamment de son Directeur de cabinet Firmin Ngrebada- et Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe. Cette rencontre va être le prélude à une coopération entre les autorités centrafricaine et la fédération de Russie qui va très rapidement s’intensifier. Une société privée dénommée « Lobaye Investment SARL » dirigée par Evgueni Khodotov, filiale de la société « M-Invest » -contrôlée par le milliardaire Yevgeny Prigozhin, dirigeant du groupe Wagner, très proche de Vladimir Poutine- est créée en novembre 2017 à Bangui.

Le 27 décembre 2017, Conseil de sécurité de l’ONU autorise une première livraison d’armes et 175 instructeurs russes de la société privée « Sewa Security Services » arrivent en Centrafrique. Cette livraison d’armes est effectuée entre le 26 janvier et le 8 février 2018 depuis la base aérienne de Chkalovski, en passant par la Syrie et Khartoum. Celle-ci porte sur 1700 fusils d’assaut AKM, 600 pistolets automatiques Makarov, 280 fusils mitrailleurs Kalachnikov PK et RPK, 100 lance-roquettes et 40 mitrailleuses DshKM et KPVT -avec de grandes quantités de cartouches, grenades et roquettes-. De la formation au maniement des armes, les instructeurs russes passent à des actions d’encadrement des FACA et à la construction à Bérengo d’un camp militaire pourvu d’une piste d’atterrissage, comme base logistique.

Mediaplus2018

 

Touadéra conclut au début de l’année 2018 un accord octroyant à la société « Lobaye Investment  » des droits d’exploitations dans plusieurs zones minières du pays -Bria, Ndélé, Bambara, Bangassou ou Boda-. Une quarantaine d’éléments de la société « Sewa Security Services », filiale de  « ChVK Wagner » -fondée par Dmitri Utkin, ancien officier des forces d’élite-, affectés à la garde rapprochée du Président Touadéra font leur première apparition officielle aux côtés le 30 mars 2018, lors de la célébration des deux années du quinquennat. En dehors de la capitale, les hommes de ChVK Wagner sont postés à proximité de sites aurifères du Nord-Est défendant également les intérêts d’entreprises minières comme « Lobaye Gold ». Outre sa protection rapprochée, Touadéra bénéfice des conseils du colonel Valery Alexandrovitch Zakharov, « conseiller chargé de la sécurité » à la Présidence. Lié au FSB, Zakharov est rattaché à l’ambassade de Russie, où il échange quotidiennement avec le chargé d’affaires Viktor Tokmakov et rend compte à Yevgueni Khodotov, surnommé « le général » . Beaucoup plus discret, ce dernier serait le véritable patron de toute l’opération et le relais, en Centrafrique, de Yevgeny Prigozhin.

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Dans la nuit du 30 au 31 juillet 2018, trois journalistes russes -Orhan Djemal, célèbre reporter de guerre indépendant, Kirill Radtchenko, cameraman, et Alexandre Rasstorgouïev, documentariste- sont assassinés à quelques kilomètres de la localité de Sibut par un groupe d’hommes armés non-identifiés alors qu’ils enquêtent sur l’implication de mercenaires du Groupe Wagner en Centrafrique pour le compte de TsUR, un média d’investigation en ligne appartenant à Mikhaïl Khodorkovski, l’un des principaux opposants de Vladimir Poutine.

Le 21 août 2018, un accord de défense entre la Centrafrique et la Russie est signé en marge du forum militaire Armée 2018 de Koubinka, en banlieue de Moscou. Le conseiller Zakharov dirige le dialogue avec les chefs des groupes armés au nom du gouvernement centrafricain.

Le 28 août 2018, des négociateurs russes débarquent à bord d’un Cessna sur l’aérodrome de Kaga-Bandoro pour s’entretenir avec Abdoulaye Hissène et Noureddine Adam, les leaders du FPRC.

Le 28 août 2018, le FPRC, le MPC, l’UPC et les antibalaka dirigés par Maxime Mokom sont invités à prendre part à une réunion tenue à Khartoum en échange de 50 000 dollars remis à chacun de ces groupes par Zakharov. A l’issue de cette réunion, les participants signent une « déclaration d’entente » dans laquelle ils s’engagent à favoriser la paix et à restaurer les conditions nécessaires à la libre circulation des biens et des personnes. La réunion organisée à Khartoum a lieu le même jour que celle que le groupe de facilitateurs de l’Union africaine pourtant prévue de longue date organisée à Bouar…

En septembre 2018, la Russie se voit octroyer le statut d’observateur auprès de l’Initiative africaine pour la paix et la réconciliation, et devient membre du G5. Les 15 septembre 2018, le président Touadera embarque à Bérengo dans un aéronef russe pour se rendre à Khartoum pour montrer son adhésion à la « Déclaration d’entente » signée, à l’initiative de Moscou…

 

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Ce rapprochement avec la fédération a été accueilli avec enthousiasme par l’opinion publique nationale. La population imaginait qu’à l’instar du théâtre d’opération syrien, la Russie allait engager son armée nationale aux côtés des forces armées centrafricaines pour libérer le pays. Il n’en a rien été. Les russes qui n’ont pas manqué de montrer leur intérêt pour les matières premières du pays muselant la société civile et ils ont surtout œuvré au rapprochement du régime avec les groupes armés visant un accord de paix de façade sans jamais se soucier des victimes civiles des groupes armés. Ces derniers loin d’être combattus par les russes sur le terrain seront au contraire rassurés par les promesses d’impunité et vont accentuer leur emprise sur la République centrafricaine…

A suivre la 2e partie…..

Paul Yimbi

Le 15 septembre 2020

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