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Centrafrique : Touadéra veut à grands coups d’argent compresser les délais légaux et constitutionnels

Lors de l’audience accordée aux représentants de certains partis politiques membres de la COD-2020, à leur demande, le roublard du palais de la Renaissance avait laissé entendre à demi – mots à peine compréhensibles par certains lyriques d’entre – eux que toutes les dispositions seront prises pour que les élections se tiennent à bonnes dates et selon les délais légaux et constitutionnels. Et pour cause ! « En tant que président de la République, garant de la Constitution et garant du bon fonctionnement des institutions, j’ai un profond respect de la mission de l’ANE qui a toujours affirmé que les délais prévus dans son calendrier seront tenus et que le processus suit son cours normal ».

Cette déclaration n’est rien d’autre qu’un soutien clair et net, non pas à une institution régulièrement constitutionnalisée dans un délai de douze (12) mois après sa prestation de serment et son entrée en fonction, mais plutôt à un organe purement technique dont il en a  finalement fait l’un de ses dispositifs de fraudes électorales. Son refus catégorique de mettre en place une nouvelle ANE, commettant ainsi au passage le crime de haute trahison conformément aux dispositions de l’article 124 de la constitution, participe de cette stratégie et exprime mieux que tout sa totale volonté de s’en servir comme d’un boulevard pour se maintenir au pouvoir. Pour ce faire, tout a été mis en œuvre pour que l’homme et sa troupe immonde, criminelle et très dangereuse au pouvoir pour la survie de la République et du peuple centrafricain, pussent à travers cette machine surcharger et posséder le fichier électoral. C’est pourquoi, lui et son premier ministre, celui qui préside le comité stratégique d’appui au processus électoral, un autre organe de facto et non de jure, ont toujours systématiquement balayé d’un revers de main toutes les critiques relatives aux dysfonctionnements de l’âne, formulées par l’opposition démocratique et la société civile.

La suite se passe de tout commentaire : « La convocation d’une concertation nationale, à laquelle le Chef de l’Etat n’est pas opposé, ne peut se faire qu’à la suite d’un rapport circonstancié de l’ANE adressé au Ministre de l’Administration du Territoire et au Premier Ministre pour demander un délai ». Cette chanson, le premier ministre Firmin Ngrébada l’a entonnée à maintes occasions et lors de ses sorties officielles. Seulement, leur disque est totalement rayé. Et c’est ce qu’il faut retenir de la synthèse de la deuxième journée d’information organisée par le Cadre de Concertation, le jeudi 10 septembre 2020, en la présence des diplomates et des représentants du G5. Mais « le temps presse et le plus dur est devant nous », reconnaissent les mêmes sources diplomatiques, qui rappellent que la Cour constitutionnelle a conditionné une dérogation en ce qui concerne le report de la convocation des électeurs prévues dans deux semaines, à une concertation nationale qui débouche sur un consensus politique, selon RFI. Une réunion à laquelle a participé la plate – forme « Bê-Oko » qui n’est pas passée par quatre chemins pour exiger de ce machin le dépôt d’un rapport d’activités dans les meilleurs délais, à son administration de tutelle et au premier ministre, à cet effet.

Mais, aussi convaincante et consensuelle ait été  cette démarche, Touadéra, à la grande surprise de tous, accuse fort étonnement  sa propre majorité de collusion avérée avec les leaders des partis politiques d’opposition et même d’être soudoyés par les diplomates présents à cette réunion. En réaction alors, ce paranoïaque décide de recourir à la méthode qui est caractéristique de sa gouvernance depuis plus de quatre (4) années : la corruption et l’achat de conscience des élus de la nation. Pour ce faire, il active le président de l’assemblée nationale Laurent Ngon Baba et lui demande de recevoir chez lui « domi » les députés et de leur faire l’alléchante promesse d’une enveloppe de 10 millions de Fcfa contre la modification des dispositions de la constitution et du code électoral relatives aux délais légaux et constitutionnels des élections. Ainsi donc, au lieu de publier le décret portant découpage électoral, d’une part, et celui convoquant le corps électoral, d’autre part, le 27 septembre 2020, ceux – ci ne seraient rendus publics, selon le mathématicien de Boy – Rabé, que quarante- cinq (45) jours plus tard, c’est – à – dire le 3 novembre 2020, ce qui aura pour conséquence de reporter la tenue du scrutin du 27 décembre 2020. Encore une volonté manifeste de violer la constitution, après la première tentative visant à proroger le mandat présidentiel et parlementaire. Y parviendra – t – il  au – delà de ces délais légaux, comme il le prétendait de vives voix ?

Mais, s’il croit que c’est la seule approche par laquelle il devra opérer un passage en force afin d’éviter la concertation et l’impérieuse nécessité de la mise en place d’une transition qui s’impose désormais à tous, il n’en est absolument rien de la sorte pour une certaine majorité des centrafricains, soutenue par la cour constitutionnelle dans ses dernières observations, suite à l’audition de l’ANE. En effet, selon cette cour, l’article 36 alinéa 2 de la constitution a fixé des dates qui cadrent le déroulement du processus électoral, entre autres celle du 27 septembre 2020. Et la cour de la sommer de tout faire avant cette date. Ce qui n’est pas matériellement, techniquement et financièrement possible aujourd’hui, puisque l’ANE a prévu des missions de mise en place de démembrement local et d’enrôlement des centrafricains de la diaspora  au- delà de cette date – limite. Mieux, selon des informations de dernières minutes, elle aurait demandé des délais supplémentaires jusqu’au 8 octobre 2020, sur instructions du premier ministre Firmin Ngrébada qui lui aurait demandé de se passer de l’étape de la photographie, telle que exigée par les différents partenaires.

Comme vous pouvez tout aisément le constatez, le Gangster de Bangui n’est pas et ne sera jamais un rassembleur, un homme de paix et de dialogue. C’est un vrai Gangster. Un malfaiteur qui est à la tête d’une organisation criminelle dont le but est de tirer profits du pouvoir à lui donné par le peuple et le conserver à tout prix, quitte à marcher sur les cadavres de ses électeurs. Face à cette volonté manifeste de tripatouiller la constitution et d’user des moyens illégaux et illégitimes pour imposer in fine un régime de terreur à tout un peuple, nous devons en appeler à la responsabilité et au courage de ceux et celles qui sont à la tête de nos institution, à savoir la cour constitutionnelle et le conseil d’état qui devra vider le délibéré de l’audience relative à la question de l’illégalité et de l’illégitimité de l’ANE, le mardi 15 septembre 2020. Comme le président américain Barack Obama dans son discours historique prononcé par Barack Obama, samedi 11 juillet, au Ghana, nous leur lançons ce message :

« Il ne s’agit pas seulement d’organiser des élections – il faut voir ce qui se passe entre les scrutins. La répression revêt de nombreuses formes et trop de pays, même ceux qui tiennent des élections, sont en proie à des problèmes qui condamnent leur peuple à la pauvreté. Aucun pays ne peut créer de richesse si ses dirigeants exploitent l’économie pour s’enrichir personnellement, ou si des policiers peuvent être achetés par des trafiquants de drogue. Aucune entreprise ne veut investir dans un pays où le gouvernement se taille au départ une part de 20 %, ou dans lequel le chef de l’autorité portuaire est corrompu. Personne ne veut vivre dans une société où la règle de droit cède la place à la loi du plus fort et à la corruption. Ce n’est pas de la démocratie, c’est de la tyrannie, même si de temps en temps on y sème une élection ça et là, et il est temps que ce style de gouvernement disparaisse. En ce XXIe siècle, des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès – des Parlements puissants et des forces de police honnêtes ; des juges et des journalistes indépendants ; un secteur privé et une société civile florissants, ainsi qu’une presse indépendante. Tels sont les éléments qui donnent vie à la démocratie, parce que c’est ce qui compte dans la vie quotidienne des gens. (…) Dans toute l’Afrique, nous avons vu de multiples exemples de gens qui prennent leur destinée en main et qui opèrent des changements à partir de la base. (…) Alors ne vous y trompez pas : l’histoire est du côté de ces courageux Africains, et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d’Etat ou qui modifient les constitutions pour rester au pouvoir. L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions ».

De ce fait, ils ont l’obligation de siffler la fin de cette récréation qui n’a que trop duré avant que le peuple dont la colère ne cesse de gronder et s’amonceler de toutes parts, ne puisse se résoudre à faire entendre ses angoisses et ses espoirs autrement, en faisant recours à la rue.

Jean – Paul Naïba

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