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Centrafrique : accord entre le pouvoir et le chef de guerre Ali Darass, un accord à but électoral, selon Thierry Vircoulon

Centrafrique: accord entre le pouvoir et le chef de guerre Ali Darass

Ali Darass au milieu de ses hommes le 16 mars 2019.
Ali Darass au milieu de ses hommes le 16 mars 2019. FLORENT VERGNES / AFP
Texte par :RFISuivre
3 mn

Le Premier ministre centrafricain Firmin Ngrebeda a signé jeudi à Bangui un accord avec le chef du groupe armé l’Union pour la paix en Centrafrique, Ali Darass. Dans ce document, qu’ils ont appelé un « procès-verbal d’un huis clos », le chef de guerre s’engage pratiquement à rentrer dans le rang.

Ali Darass a promis, après une semaine de négociations dans la capitale centrafricaine, de ne pas entraver le retour de l’autorité de l’État ainsi que la libre circulation des agents de l’Autorité nationale des élections dans les zones qu’il contrôle. C’est tout bénéfice pour le président Faustin-Archange Touadéra, à moins de cinq mois des élections, selon des spécialistes.

Autre concession, le chef de l’UPC s’est engagé à retirer ses troupes de Bambouti, ville frontalière du Soudan, qu’il a conquise après la signature de l’accord de paix pour la Centrafrique de février 2019. Il y a consolidé ses positions malgré plusieurs ultimatums de la Force de maintien de paix des Nations unies.

Fin de l’alliance avec les 3R

Ali Darass s’est engagé également à « publier sans délai un communiqué de presse » qui annule son alliance avec le groupe armé des 3R, accusé de multiples violations de l’accord de paix et sous pression militaire de la Minusca depuis plusieurs semaines. Enfin, il a promis qu’il n’aurait « aucun contact » avec le chef de guerre soudanais Moussa Assymei, dont un éventuel retour en Centrafrique fait peur aux autorités.

En échange, le chef du groupe armé Unité pour la paix en Centrafrique, chassé par les casques bleus en janvier 2019 de la ville de Bambari, alors son quartier général, va faire son grand retour dans la capitale de l’Ouaka. Outre une « véritable institutionnalisation » de l’UPC et de son chef militaire pointée par les spécialistes, Ali Darass aurait obtenu une contrepartie financière, toujours selon des sources contactées par RFI, ce que nient catégoriquement les autorités.

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Une « trahison » selon l’opposition

L’opposition et la société civile crient à « la trahison ». L’ancien Premier ministre Martin Ziguélé rappelle que Ali Darass a attaqué à plusieurs reprises l’armée centrafricaine et massacré des civils depuis la signature de l’accord de paix. « On s’attendait plutôt à ce qu’il soit arrêté et traduit en justice », explique-t-il. Il s’insurge contre « un accord scandaleux et inacceptable pour le peuple centrafricain ». Et l’opposant centrafricain de trancher, « le retour d’Ali Darass à Bambari est un cadeau contre le bon sens ».

Le pouvoir, lui, se veut pédagogique. Le porte-parole du gouvernement parle d’un procès d’intention à l’approche de la présidentielle prévue en décembre. Le chef militaire de l’UPC va s’installer au chef-lieu de la province de l’Ouaka dans le cadre du DDR. « Il s’y rendra sans ses troupes et sous la garde des forces de sécurité intérieure », assure Ange-Maxime Kazagui.

Pour lui, les choses sont claires, « Il y a eu plusieurs dérapages du côté de Ali Darass (…), il s’agissait donc de le rappeler à l’ordre ». Il y avait deux options : s’engager dans la mise en application de l’accord de paix comme Abdulaye Hissène du FPRC, aujourd’hui à Ndélé, ou continuer à violer l’accord de paix comme Siddick Abbas des 3R et s’exposer au feu de la Force de l’ONU en Centrafrique.

« Il a fait bon choix », s’est réjoui Ange-Maxime Kazagui, sans parvenir à convaincre opposition et société civile, dont un collectif appelle à une journée ville-morte mercredi pour rien de moins que de « sauver notre nation en péril ».

Cet accord s’inscrit dans la perspective de la préparation des élections. C’est ça l’élément le plus important. Et il y a un certain nombre d’éléments qui sont censés démontrer qu’Ali Darassa sera moins agressif qu’il ne l’a été ces derniers mois. C’est donc un énième accord avec un groupe armé qui dit la même chose que les autres accords, c’est-à-dire que le groupe armé se comportera maintenant sagement et respectera le gouvernement, ce que bien sûr, ils ne font jamais.

Thierry Vircoulon

Source : RFI

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