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CENTRAFRIQUE: BOSSEMPTÉLÉ, BATANGAFO ET PRÉFECTURE DE LA OUAKA: L’ANE REND DIFFICILES LES OPÉRATIONS DE RECENSEMENT ÉLECTORAL

Par Mesmin MADIDÉ-ALADILA
De sources généralement bien informées, les opérations de recensement électoral ne vont pas bien se passer en provinces. Si déjà à Bangui le centre de recensement de l’Ecole Ben Zvi par exemple avait attendu plus de 6h la semaine passée pour recevoir des fiches d’inscription qui étaient terminées très tôt le matin à 9h, cette situation nous informe suffisamment sur le mode d’organisation du travail au niveau de ce machin appelé Autorité nationale des élections (ANE) qui bat de l’aile à n’en point douter. Récit.
En effet et pour être terre à terre, pour toute la sous-préfecture de Bossemptélé dans l’Ouham-Pendé par exemple, l’ANE n’a envoyé qu’un (1) seul agent recenseur qui doit parcourir 56 villages situés sur des axes tout aussi opposés que le talon des pieds et le front du visage. Le gars est arrivé au chef-lieu de la commune de Binon à Bossemptélé-centre le lundi 20 juillet dernier au soir. Le lendemain, après ses premiers contacts et entretiens avec les notables et autorités administratives de la localité, il n’a pas caché les difficultés de sa mission et a transmis ses sentiments à l’ANE à Bangui via le détachement de la mission onusienne (MINUSCA) de Bozoum.
Idem pour Batangafo où huit (8) agents recenseurs seulement sont arrivés le lundi 20 juillet dans la soirée. Ils auront, pendant 21 jours, à parcourir 5 grosses communes distantes les unes les autres, et donc plus de 1000 km dans tous les sens et sur plusieurs axes: Batangafo-Bouca, Batangafo-Fafa, Batangafo-Bouca-Bandoro, Batangafo-Bogoma-Ouandago, Batangafo-Kabo… Tous ces axes étant de véritables axes de la mort, tant l’état de dégradation des routes est avancé et peut effectivement provoquer la mort. Et ceci, sans compter les éléments du groupe armé MPC du Tchadien Mahamat Alkhatim, lesquels continuent de semer la mort et la désolation dans ce no man’s land.
L’équipe de recensement devant partir dans la Ouaka n’a encore pas pris la route. Il semble qu’il se poserait des problèmes tantôt de véhicules, tantôt de carburant. Et en cette période pluvieuse, l’on se demande si l’ANE est sérieuse.
En effet, l’ANE a franchement choisi le mauvais moment pour faire le recensement électoral. En provinces, surtout dans les régions placées sous contrôle des groupes armés ex-séléka, c’est la pleine saison pluvieuse où généralement les populations ne sortent pas, sinon rien que pour vérifier leurs pièges à gibier, faire les petites récoltes et cueillettes à des fins d’autosubsistance alimentaire familiale, préparer la boisson locale alcoolisée pour chasser le froid… Il est difficile de trouver les paysans dans leurs villages sinon dans les campements de brousse où ils ont tout ce que leurs champs et la nature leur donnent, que de rester au village où les groupes armés peuvent s’y rendre à tout moment pour les tuer. Il est donc difficile sinon impossible que les paysans se déplacent pour aller attendre longtemps leur inscription sur les listes électorales.
« Moi et ma famille nous n’allons pas nous fatiguer pour cette histoire de recensement électoral. Nous ne faisons que voter les gens depuis longtemps mais qu’est-ce qui a changé? Rien, la situation ne fait que s’empirer ! », s’exclame un fonctionnaire à la retraite à Kambakota, un des gros villages de la commune de Batangafo-centre.
Plus sceptique et catégorique est la position de ce notable de la commune de la Pladama-Ouaka dans la sous-préfecture de Bambari, sur l’axe Kouango dans la préfecture de la Ouaka, qui déclare: «Sous la pluie si on tombe malade, qui va nous soigner? Déjà lorsque les rebelles nous tuent ou blessent, les autorités ne disent rien, ils ne réagissent pas, ils ne font rien depuis des années pour assurer notre sécurité. Et donc ce n’est pas à cause de leur vote que nous allons prendre le risque de nous déplacer au risque de nous faire tuer ou de contracter des maladies. Nous préférons rester tranquillement chez nous dans nos taudis de champs, surtout que nos enfants ne vont plus à l’école depuis longtemps à cause de l’insécurité aggravée par la nouvelle maladie qu’on appelle corona-machin» (sic).
Au vu de tout ce qui précède, tout se passe comme si l’ANE sortante œuvrait seulement à l’impopularité de Touadéra, de son gouvernement et de son jeune parti, le MCU, car dans tout ce désordre entretenu et ses multiples ratés, c’est le nom de Touadéra, de son Premier ministre Ngrébada et son parti qui sont salis, et non celui de la présidente de l’ANE et ses collaborateurs.
Le budget des opérations de recensement électoral est-il déjà épuisé ? Sinon, qu’est-ce qui explique tout ce désordre, ce retard et cet embrouillamini?
Il est temps d’améliorer les choses au niveau de l’ANE qui, selon toute vraisemblance, manque de vraie volonté à cause du départ annoncé de ses vieux dirigeants et surtout des privilèges qu’ils vont perdre dans 5 mois. Ils sont en train de faire du sabotage avant de partir. Comme ce qui vient de se passer à Boali.
Affaire à suivre.
Mesmin Madidé-Aladila
Source: MEDIAS+

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