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Centrafrique : Mrs les  élus de la nation, où est la place du peuple dans le vote du collectif budgétaire 2020 ?

Le jeudi 09 juillet 2020, les députés ont adopté à 99,99% de voix le projet de loi de finances rectificative 2020, communément appelé « collectif budgétaire », présenté et soutenu au nom du gouvernement par le ministre des finances et du budget Henri-Marie Dondra, selon des informations diffusées par le service de la communication du département et relayées par certaines radios et certains organes de la presse écrite et en ligne. Un vote, donc, à l’unanimité. Un score à la soviétique, tel que retenu par l’histoire sous le règne totalitaire des bolcheviks et digne de leurs républiques satellitaires avant l’avènement au pouvoir en URSS en 1985 de Mikhaïl Gorbatchev, l’homme du Glasnost et de la Perestroïka.

Un vote par acclamation qui s’est déroulé comme une lettre à la poste, son acheminement à bon port, service public faisant obligation, étant garanti et assuré par le grand argentier de la République, l’ordonnateur principal du budget général de l’Etat. C’est ce qui a été fait avec une si bien rare célérité ou prompte diligence, évidemment en la présence du maître du céans entouré de toute sa cour de thuriféraires et de laudateurs fieffés. Ce traitement particulier, parfaitement visible et lisible ne valait – il pas la chandelle ? N’avaient – ils pas en face d’eux et dans « la Maison du Peuple » le teneur en chair et en os des sacs en banco pleins de billets de banque, indispensables aux paiements des frais de commodités et autres indemnités de session dont tous ont ardemment besoin, en ces temps difficiles ? Qui est con ?

Dans un tel contexte où la chair prend le dessus sur l’esprit, l’honneur, la probité et la dignité, nos représentants nationaux ne pouvaient pas avoir à prendre trop de leur précieux temps et à dépenser  de leurs dernières énergies à consacrer à l’étude du contenu de cette lettre dont le message écrit en langage ésotérique et hiéroglyphique, celui des finances publiques, était inaccessible à plus de la majorité d’entre eux. Et comment devrait – il en être autrement tant ils ont été convoqués en session extraordinaire du 25 juin au 9 juillet 2020, tant ils ont donné de leur meilleur pour faire  retour au gouvernement du projet de loi relatif à la Liberté de la Communication en RCA, mais tant ils ont trimé durement et rudement pour adopter les projets de loi de Ratification du Traité révisé de la CEEAC, de loi organique portant composition, organisation, et fonctionnement de l’ANE, de loi portant Code de la Pêche et de l’Aquaculture en RCA, de loi portant Droits d’Auteurs et les Droits voisins en RCA, et de loi fixant le Régime Général des Armes classiques, leurs pièces composantes et munitions en RCA ? Ne devaient – ils clore cette difficile et si pénible session en apothéose, ce jeudi 9 juillet 2020, par le vote par acclamation et dans l’allégresse avec tous leurs arriérés dans la poche, remplie de billets de banque ? Toute peine mérite salaire, l’évangéliste Luc, le Grand Docteur, l’écrivain le plus littéraire et le plus subtil de l’Histoire de la Bonne Nouvelle d’un certain Jésus – Christ, n’avait pas trouvé de mots plus justes pour dire à ses contemporains que quelle que soit la nature du travail effectué, celui – ci doit être rétribué à sa juste valeur. Sous la réserve qu’en l’espèce, le travail a été fait à moitié et qu’il doit revenir au destinataire de la lettre d’ouvrir l’enveloppe, à l’arrivée, et de tenter de décoder l’information qui s’y trouve.

Quelle irresponsabilité ! Quelle lâcheté ! Et quelle incongruité devant l’histoire, la nation tout entière, le peuple centrafricain et la communauté internationale qui est celle et restera à jamais celle de ces représentants nationaux dont la mission la plus majestueuse, la plus noble et la plus sacrée consiste à contrôler l’action gouvernementale, d’avoir adopté un torchon appelé fièrement « collectif budgétaire » par celui qui l’a présenté, sans avoir préalablement exigé et obtenu la reddition des comptes des exercices antérieurs et de ce qui a été effectivement fait et réalisé de l’argent du contribuable, dans les secteurs les plus prioritaires du développement que sont les routes, les écoles, et les centres de santé, générateurs d’emplois et créateurs de richesses, et ce, en corrélation avec l’engagement et l’exécution des crédits ouverts, chapitre par chapitre, ligne par ligne et rubrique par rubrique, dans la loi de finances initiale ?

Et dire que leur collègue, le 1er vice – président de l’assemblée nationale Jean – Symphorien Mapenzi, membre influent et l’un des meilleurs stratèges du MCU, leur avait tout dit, dans des bandes sonores qui avaient défrayé les chroniques, il y a quelques mois, et aurait, s’il avait été sollicité, mis toute son expertise en la matière à leur disposition pour un examen responsable et judicieux de ce projet de loi de finances rectificative, dans un contexte marqué particulièrement par l’insécurité généralisée du fait des exactions des groupes armés,  l’occupation de plus de 85% du territoire national,  leur mainmise sur des zones minières, les déplacements permanents des populations et l’impossibilité pour eux de vaquer à leurs activités génératrices de revenus , à savoir cultiver et élever. Tout naturellement, comment alors parler de cultures vivrières, de rente et d’élevage ? Fort étonnement, tel n’a pas été le cas. Et ce qu’ils ont posé comme acte, à travers ce vote, n’est rien d’autre qu’un acte de forfaiture de leur part. Nous sommes là devant un étang stagnant et puant du déni. Celui de la vérité !  Autrement dit, le budget est mieux qu’un tas de paperasses. Il s’exprime à travers le paysan qui sème, récolte et vend ses produits. Pour subvenir à ses besoins, c’est – à – dire se soigner, se vêtir, éduquer ses enfants et se loger. Il est mesurable dans le panier de la ménagère, dans les coûts des aliments, les prix de transports, et  l’état des routes. Il est aussi garantie de la sécurité, de la protection des biens et des personnes, de la cohésion sociale et de la quiétude. Il est fluidité dans la circulation monétaire et la justice pour tous. En bref, un collectif budgétaire est d’abord un inventaire, un état des lieux et un rapport administratif et financier.

Depuis lors, j’ai décidé de ne plus m’intéresser à ce dossier, en me donnant le droit d’être malheureux au point de faire des cauchemars, la nuit. Mais, comme l’on ne peut étouffer éternellement la voix de la vérité, la grogne des enseignants contractuels devant le ministère des finances et du budget, le 15 juillet 2020, m’a réveillé vitement  de mon sommeil dogmatique pour me ramener à la triste réalité et me réconforter dans ma lutte. Désormais, j’ai enfin la certitude que ces députés ont été achetés et payés  pour adopter ce torchon. Car, s’il n’en était pas un, ces contractuels ne se seraient pas soulevés pour exiger le paiement de leurs frais de vacation et arriérés de salaire d’un montant de 514 millions de Fcfa avant la reprise des cours.

En effet, ayant le taux de croissance de 4,5%, le plus élevé de toute la sous – région de la zone CEMAC, l’Etat aurait trouvé facilement  de la « liquidité à satiété » pour leur donner totale satisfaction et éteindre dans l’œuf ce feu qui couvait. Il n’en est pas ainsi. Ce qui signifie que ce budget n’est que pure fiction et invention de chiffres et de prévisions fantaisistes et manifestement erronés, comme l’avaient délà souligné quelques experts du FMI en mission de revue. De ce fait, au rebours des principaux caractères que doit revêtir tout budget, celui de ce Monsieur qui s’appelle Dondra, depuis plus de quatre (4) ans, n’est pas du tout sincère et crédible. Les fournisseurs de l’Etat membres du Collectif des Petites et Moyennes Entreprises en abrégé CPMEC en ont fait frais. Leurs cris de détresse sont parvenus dans les oreilles du président de la commission – finances Martin Ziguélé qui a eu immédiatement le courage politique de recevoir de manière prompte  leurs délégués, de noter leurs revendications et d’exiger dans une lettre  du ministre des finances et du budget le paiement immédiat de leurs créances nettes et exigibles. Peine perdue, plusieurs semaines plus tard. Tout simplement parce que celui qui tient la bourse de l’Etat en fait éperdument à sa tête et ne paie que qui il veut bien payer contre de très fortes rétro- commissions.

Aussi incontestable et solide puisse être la boulimie de l’ancien directeur général du Fagace, chef d’entreprises, partenaire financier de plusieurs sociétés privées et 1er secrétaire exécutif national du MCU, et candidat aux législatives dans le 1er arrondissement de la ville de Bangui,  pour des affaires mafieuses, la corruption, le clientélisme, le népotisme et les actes de compromissions, il n’en demeure pas moins cependant important de souligner que l’état centrafricain vit au – dessus de ses moyens et du pilotage à vue systématique et systémique, depuis l’avènement du mathématicien de Boy – Rabé au pouvoir, le 30 mars 2016. En témoigne ce qui a été dit, dans l’exposé des motifs de ce torchon, et se dit fièrement par ceux qui l’ont élaborée de cette loi de finances rectificative : «  le budget rectifié 2020 plébiscité avec amendement au scrutin secret comporte des ressources totales évaluées à 363 993 251 000 FCFA dont 118 004 998 000 F CFA de ressources propres et 245 998 253 000 FCFA de ressources extérieures. Les dépenses globales s’élèvent à 321 667 465 000 FCFA. A la lumière de ces chiffres, l’on comprend que le déficit primaire passe de 35,7 milliards de FCFA à 77,2 milliards de FCFA. »

Ainsi donc, pour un stagiaire au service de prévisions et d’élaboration du budget, il s’établit que la République centrafricaine, ne pouvant produire que la modique somme de 118 004 998 000 F CFA,  est un pays assisté, mendiant et  sous perfusion financière de la communauté internationale, au grand dam du Gangster de Bangui et ses ouailles qui ne cessent de narguer la France qui joue en la matière, dans le concert des nations, le sale rôle de caution de garantie. Pour preuve, il doit tendre la main, tel un talibé sénégalais, et quémander 245 998 253 000 FCFA, afin de constituer son budget amendé dont le coût total s’élèverait désormais à 363 993 251 000 FCFA. Un pays, en somme, qui vit de l’assistanat pour nourrir sa population, la soigner, l’instruire, la vêtir et la vêtir. Une véritable honte, lorsque les élus de la nation se taisent en face des conséquences à venir d’un tel surendettement qui hypothèque l’avenir des générations futures et fait d’elles sans aucun doute des vassaux au service des suzerains et condamnés à travailler pour rembourser des dettes dont ils n’ont jamais vu la couleur, en terme de réalisations et d’acquis. C’est sur le silence et la banalisation que se construisent les drames, les frustrations, les humiliations, tout ce qui déferle ces jours-ci sur la toile de fond de la Toile et à la une des médias, concernant la RCA, ponctué d’excuses faiblardes et de repentis de lendemains de brosse. Une démission coupable. Pis, une complicité avérée.

Et le summum de la trahison de la part de nos élus, c’est leur naïveté. « Dans cette optique, près de 10 milliards de francs CFA ont été alloués au ministère de la santé et de la population dont 4 milliards pour la construction d’un hôpital pour la lutte contre la covid-19, 4 milliards pour diverses dépenses liées à la lutte contre le nouveau coronavirus , 1 milliard de primes au personnel de santé impliqué dans la lutte contre la pandémie, 500 millions de fonds de concours et 450 millions pour démarrer la construction d’un bâtiment R+2 dédié au dépistage et à la prise en charge des personnes atteintes de covid-19 » a concédé le ministre Dondra, dans l’hémicycle de l’assemblée nationale. Où est ici, c’est – à – dire dans le cadre de la lutte contre la pandémie du covid – 19, la place du peuple ? C’est après s’être rendu compte du rythme exponentiel de  sa propagation que l’on se réveille soudainement  pour concevoir le projet de  construire un centre de santé y relatif, une unité d’isolement et un centre de recherche ? Ces dispositions en termes d’infrastructures sanitaires  n’auraient – elles pas dû être prises bien avant, comme il a été fait dans d’autres pays du monde ? Et quid de l’aide financière et matérielle aux personnes les plus vulnérables, aux chômeurs, aux handicapés, aux travailleurs ? Quid de la fabrication et de la distribution des masques ?  Quid de la prise en charge des malades et de leur traitement ?  Quels appuis financiers pour les PMI et PME ? Rien. Et absolument, rien.

Pour conclure, s’agissant du projet de construction de cet hôpital, nous ne pouvons qu’avoir l’humble honneur de rappeler pour la gouverne des uns et des autres  que   le mathématicien de Boy – Rabé  avait lancé le  16 mai 2017 à Bangui, les travaux de construction d’un centre d’imagerie numérique et d’une unité complète d’hémodialyse dans l’enceinte du Centre National Hospitalier Universitaire de Bangui (CNHUB), sur financement de la BAD. La raison ayant conduit à la construction de ces deux structures est d’améliorer le système sanitaire et les conditions de vie des citoyens, à travers la réduction des contingences liées aux évacuations sanitaires, qui sont d’ailleurs très coûteuses pour le budget de l’Etat. Le ministre de l’économie, du plan et de la coopération Félix Moloua avait fixé le coût de ces réalisations à hauteur de 12 milliards de francs CFA, entièrement décaissés par la Banque Africaine de Développement (BAD). Il avait émis le vœu que les deux structures soient livrées dans le délai prévu de six mois. Confiés à la société NUMELEC Cameroun, par la méthode de contrat de gré à gré, ces travaux n’ont jamais été réceptionnés à ce jour. De l’enveloppe de 12 milliards de Fcfa, l’entrepreneur n’a eu droit qu’à 8 milliards.

La rédaction

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