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Centrafrique : « La Côte d’Ivoire, la France et les Etats-Unis n’ont pas pris prétexte du Covid – 19 pour modifier leur Constitution à l’approche des élections. Pourquoi la RCA le ferait-elle ? », dixit le Pr Gaston Mandata Nguérékata du PARC

 A actualité brûlante, une verve brûlante. L’actualité en République Centrafricaine est tellement dense qu’il nous a fallu nous intéresser au professeur Gaston Mandata Nguérékata président du PARC pour un tour d’horizon. Quoique allié du pouvoir, il pense que les élections pourraient être reportées dans un esprit de consensus non à cause de COVID 19 mais pour des raisons d’insécurité. Mais les cours  » magistraux de Fidèle Gouandjika » éloignent de vraies préoccupations que sont la sécurité et les futures élections.

La Fraternité (LF) : Depuis les dernières élections, c’est à peine que le professeur Nguérékata se prononce sur l’actualité de son pays. Est-ce parce que vous êtes allié du régime actuel ou bien parce que vous en avez assez des problèmes du pays?

Gaston Mandata Nguérékata (GMN) : Quand on a atteint le niveau d’engagement politique qui est le mien, on ne peut en aucun cas jeter l’éponge. Certes, je suis peu bavard et c’est ma nature, mais rassurez-vous, je suis avec la plus grande attention l’actualité de notre pays. J’analyse les problèmes, recherche des solutions, me forge mon opinion et affine des projets d’avenir, utilisant ces solutions pour répondre à nos nombreux problèmes.

LF : La République Centrafricaine n’a pas été épargnée par le coronavirus. De loin, vous suivez la façon dont cette pandémie est gérée par les autorités. Êtes vous rassuré du lendemain de ce pays ou bien êtes-vous inquiets ?

GMN: D’abord, je remercie la Providence que le Centrafrique n’a pas, jusque-là , basculé dans la tragédie comme de nombreux pays au monde. Nous avons déjà tellement de problèmes. Cela dit, je réalise que nos populations, comme ce fut le cas au moment de graves épidémies dans le passé telle que le HIV, n’ont pas encore pris la mesure de la gravité de cette pandémie qui est une menace terrible et durable pour la santé, avec des conséquences catastrophiques sur l’économie, l’éducation, et l’emploi. Nous continuons de perpétuer les mêmes attitudes, les mêmes réflexes sociaux d’avant la pandémie. Les autorités aussi ne semblent pas prendre les mesures appropriées et courageuses pour combattre la propagation de la pandémie. Je note de manière générale notre résistance voire incapacité à innover pour nous adapter à des situations nouvelles. J’avais en 2016 proposé la création d’un Conseil National de Sécurité et Stratégies dont le rôle serait la réflexion et les études prospectives en matière de sécurité non seulement au sens militaire du terme mais aussi de sécurité sanitaire, alimentaire, et économique. Notre pays a besoin d’un centre stratégique dont les membres n’auront pour rôle que de réfléchir, de mener des études pour nous aider le moment venu, à prendre des mesures intelligentes et efficaces pour parer à l’insécurité au sens général du terme. Le document remis en mains propres à qui de droit, n’a jamais été exploité. Dans le cas de cette pandémie, il semble que le ministère de la Santé se bat tout seul sans l’apport et le soutien effectifs des départements de la sécurité publique pour renforcer les mesures édictées par le Chef de l’Etat, des ministères des Finances, de l’Economie et du Travail pour les mesures d’accompagnement et de stimuli économiques pour combattre les effets pervers de cette pandémie sur les consommateurs et les entreprises nationales. Le gouvernement devrait utiliser, dans la transparence, l’aide internationale importante octroyée par la Communauté Internationale et pour combattre le Covid-19 et ses effets  notamment en renforçant les équipements sanitaires, y compris pour la protection du personnel exposé (personnels de santé, chauffeurs, agents de voirie et de nettoyage…), creuser des puits pour l’accès à l’eau dans les quartiers sans eau courante, distribuer des aliments aux plus démunis et apporter une aide aux entreprises et aux travailleurs pour éviter la fermeture des entreprises et l’explosion du chômage. Pour tout cela, je suis inquiet pour notre pays. Inquiet aussi parce que nous n’utilisons pas, ou peu, les nombreuses compétences nationales pour résoudre nos problèmes. Nous naviguons à vue. Nous nous complaisons dans la routine et donc dans la paresse intellectuelle. Pourquoi copier des mesures édictées ailleurs dans des contextes sociaux et culturels différents au lieu de faire appel à notre intelligence pour adopter des mesures appropriées à nous centrafricains ? On le voit, les écoles sont fermées depuis, sans aucune alternative, aucune stratégie de remplacement, ce qui pourrait conduire à un semestre perdu, voire une année scolaire blanche dans un pays où le niveau d’instruction est l’un des plus bas au monde.

LF : Pendant que le Corona gagne du terrain dans le pays, les politiques sont préoccupés par les élections. Doit-on modifier la Constitution ou pas? Et pensez vous qu’il faille aller aux élections malgré tout?

GMN: L’Autorité Nationale des Elections (ANE) et le gouvernement nous assurent que les élections se tiendront dans les délais constitutionnels. Donc, je ne vois pas les raisons d’une modification de la loi fondamentale. Certains évoquent un cas de force majeure en parlant de la pandémie du covid-19. Mais non seulement notre pays n’est pas, pour le moment, gravement atteint, mais nous constatons que la Cote d’Ivoire et d’autres pays parmi les plus touchés dans le monde comme les Etats-Unis ou la France n’ont pas pris prétexte du covid-19 pour changer leurs Constitutions à l’approche d’élections majeures. En réalité, c’est la situation sécuritaire préoccupante qui est une menace grave et réelle sur la tenue des élections en temps voulu. Et dans ce cas, je crois qu’il vaut mieux réunir l’ensemble de la classe politique, la société civile, mais les centrafricains, seulement les centrafricains, pour adopter un consensus politique en vue de fixer un nouveau calendrier électoral, un modus vivendi politique, comme nous en avons été capables en 1992, mais toujours ayant à l’esprit de préserver les institutions issues de la Constitution de 2016. Notre amour pour notre patrie, notre détermination à préserver la paix et l’unité en Centrafrique, et notre intelligence commune nous conduirons, j’en suis persuadé, à une solution consensuelle, appropriée et apaisée. Notre salut ne viendra ni de l’extérieur, ni de l’application rigide ou de la modification de la Constitution. Le Conseil National de la Médiation pourrait enfin sortir de sa longue léthargie et jouer le rôle qui est le sien.

LF : Des cours magistraux sont dispensés par le Ministre Conseiller Spécial Fidèle Gouandjika sur des réseaux sociaux donnant lieu parfois à de grands déballages sur la gestion du pouvoir depuis plusieurs décennies.Les aviez-vous suivis ? Qu’est ce qu’on peut en tirer ?

GMN: Je suis parfois ces “cours” dits magistraux du Conseiller Spécial du Chef de l’Etat. Il m’a même désigné, sans me consulter, comme son représentant pour les Etats-Unis d’Amérique (RIRES !!!). Certains qualifient ces “cours” de distraction. Oui, les révélations du Ministre Gouandjika sur la gestion de ce pays depuis l’indépendance passionnent tout le monde, surtout la jeunesse qui découvre enfin, comment et pourquoi notre pays est dans cette situation de désastre quasi-total en grande partie par la faute de ses dirigeants successifs. Et donc, ils (ces cours) détournent effectivement l’attention des graves problèmes de l’heure dont celui de la sécurité et des élections présidentielle et législatives.  Mais avant tout le peuple doit savoir, à un moment ou un autre, ce que les uns et les autres ont fait pour plonger notre pays dans ce chaos sécuritaire et humanitaire. En ce sens, la question de savoir si oui ou non les “cours” de Gouandjika sont une distraction devient secondaire. Evidemment il s’agit de sa version des faits qui appelle la réaction des personnes indexées. A ce sujet, je note que, même si je ne peux attester de la véracité des faits qu’il a présentés, le Président Ziguélé, a joué le jeu de la démocratie en prenant la parole pour répondre à certaines des allégations qui l’accablent depuis des années et donner sa version de l’histoire. C’est à son actif. Nos dirigeants doivent nous rendre compte de manière régulière et honnête de la situation du pays ou des pans de la vie politique et économique dont ils ont la charge. Garder un silence hautain quand le peuple a besoin d’information, la vraie, et non les fake news, ne peut qu’alimenter la rumeur et annihiler la nécessaire adhésion de celui-ci à la politique du Gouvernement. Gouandjika use de sa liberté d’expression, dans les limites de ses fonctions, je l’espère. Il faut aussi noter que de plus en plus, de compatriotes utilisent les réseaux sociaux avec des fortunes diverses pour parler des sujets touchant à la vie du pays. Au-delà, je crois qu’un mouvement en faveur d’un changement radical de nos styles de gouvernance depuis l’indépendance, pour ne pas parler de révolution tout court, est en marche chez nos jeunes, à commencer par ceux de la diaspora. Ce mouvement risque à terme, de balayer de la scène politique nombre d’entre nous qui avons, à une époque ou une autre, participé à la gestion de ce pays, dont les résultats sont visiblement catastrophiques.  Le Centrafrique regorge de ressources naturelles d’une grande richesse, d’un potentiel humain incroyable. Bref, tout ce qu’il faut pour enclencher le développement. Il nous manque le catalyseur. Mais l’espoir est en vue.  C’est juste une question de temps. Un peuple ne peut rester éternellement dans l’obscurité, la misère et la médiocrité. Tôt ou tard, il prendra conscience de son pouvoir réel sur son propre destin. Et il en fera usage.

LF :  Après la célébration de l’an 1 de l’accord de Karthoum, il y a eu Birao, Bria, Ndéléet Obo voire la fuite de Sidiki dans la nature. Avez-vous été choqué?

GMN: Sur ce sujet, ma position n’a jamais changé. On ne discute pas avec les terroristes. On les combat avec la plus grande détermination. Aller à Khartoum sans réelle concertation avec les partis politiques et représentants de la société civile, en s’engageant dans une approche imposée unilatéralement par la Communauté Internationale, sans la contribution des premiers intéressés, c’est- à-dire les centrafricains, était un risque qu’il ne fallait pas prendre. On s’est mis à table avec des terroristes et criminels, étrangers pour la plupart. Ce fait à lui seul présageait déjà de l’échec subséquent de cet accord, surtout quand on sait que ces terroristes n’ont jamais respecté leur parole. J’encourage le gouvernement à demander et obtenir l’armement conséquent des FACA, et de continuer dans la logique de Obo en la renforçant, c’est-à-dire armer et mobiliser les FACA pour combattre, arrêter et faire juger ces terroristes criminels, ou de les neutraliser, s’ils résistent aux injonctions de déposer les armes et de se rendre pour être jugés. Notre armée, appuyée par les vrais amis de la RCA, et soutenue par tous les partis politiques patriotes, doit utiliser la force pour neutraliser ou bouter hors de la RCA, tous ces terroristes criminels qui pillent nos richesses, massacrent nos concitoyens et endeuillent notre pays, nos familles. Continuer à composer avec ces terroristes criminels et les caresser dans le sens du poil, ne ramènera jamais la paix en RCA. A leur force brutale il faut opposer une force supérieure pour les dissuader à jamais. L’Union Africaine, et les pays d’origine de ces terroristes criminels doivent afficher clairement leur condamnation ferme de ces terroristes et appuyer les démarches du Gouvernement pour renforcer les FACA et leur armement

LF : Il y a quelques mois, vous avez présidé avec le Chef de l’État, un jury d’une soutenance de thèse de doctorat en mathématiques. Quels sont vos rapports actuels avec le Président Touadéra. Vous consulte-t-il le plus souvent ?

GMN: Le Président Touadéra est d’abord, un confrère mathématicien et un ami de longue date. Je le soutiens depuis 2016, mon parti aussi. Me consulte-t-il sur les questions d’intérêt national? Je dis que non. Il n’est pas obligé de le faire, d’ailleurs. Il est à un niveau où il en sait plus que quiconque sur la vie de la nation et donc il choisit librement ses interlocuteurs. Il faut tout de même dire qu’à part la consultation de notre parti pour les noms à proposer au moment de la formation des gouvernements successifs, mes rapports avec le Chef de l’Etat ne reflètent pas, à mon avis, ce qu’on nous avait promis à l’époque et qu’on avait appelé pompeusement “cogestion du pouvoir”. Je crois que les alliés de 2016 n’avaient pas tous, la même compréhension de ces termes. En ce qui concerne cette soutenance de la première thèse de doctorat en mathématiques à l’Université de Bangui, je vous assure que l’impétrant, désormais Docteur Oueama-Guengai, et moi, n’avions pas hésité à demander au Professeur Touadéra, compte tenu de son expertise associée au sujet de la thèse, de présider le jury international. Il n’y avait rien de politique. In fine, nous avons été honorés qu’il ait accepté notre invitation malgré ses lourdes taches. Touadéra a marqué un pas dans l’histoire du monde comme le premier Chef d’Etat en fonction qui a présidé un jury de thèse de doctorat. Voilà un exemple de collaboration entre de hauts cadres de ce pays qui a conduit à la formation d’un scientifique de haut niveau dans un domaine crucial où l’on manque cruellement de compétences.

LF :  Comment se porte le PARC et seriez vous encore candidat à la présidentielle qui arrive? 

GMN :Le bureau politique de mon parti s’est déjà prononcé, sur cette question. Une alliance politique a été signée, à la hâte il faut le déplorer. Mais, en bon démocrate, je ne reviendrai pas dessus. Vous savez, mon souci constant est de servir mon pays, d’occuper la place qui est la mienne parmi mes compatriotes et d’apporter ma contribution forte de mon expérience unique à la reconstruction et à la renaissance de notre pays. J’ai une expérience, une expertise, et des relations avec des contours rares en Centrafrique, voire en Afrique. Ce serait dommage que mon pays ne puisse pas en profiter pleinement. Je crois au destin et à la renaissance du Centrafrique par la mobilisation judicieuse de tous ses fils et filles. C’est ensemble, dans l’unité et le respect de l’autre, de nos lois, de nos valeurs sociales et culturelles, que nous réaliserons cette renaissance. Nzapa a bata kodro ti é.

Source : La Fraternité

Lu Pour Vous

La rédaction

 

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