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Centrafrique : les tractations pour la prise de Bangui et l’après -Touadéra  ont commencé

C’était le 29 avril 1997, Mobutu miné par la maladie, reçoit chez lui une délégation américaine de haut niveau. Elle est conduite par l’ambassadeur des USA auprès des Nations unies, Bill Richardson, et qui comprend des diplomates, des membres du Conseil national de sécurité et des Agents de la CIA déguisés en diplomates. Leur visite n’a qu’un seul but: “faire comprendre au “Roi du Zaïre” qu’il ne pourra plus jouer les uns contre les autres, et qu’il lui faut accepter sa “dernière chance” de partir “dans l’honneur et la dignité”.

En échange, Washington garantit sa sécurité personnelle et de sa famille. À l’occasion, une lettre du président américain, Bill Clinton, lui est remis par Richardson. Cette lettre incite Mobutu à rencontrer Laurent-Désiré Kabila dont les troupes sont à moins de 100 km de Kinshasa, la capitale. Il lui est également demandé de nommer une équipe chargée de négocier le transfert du pouvoir. Faute de quoi, ajoute Richardson, “votre cadavre sera traîné dans les rues […] et nous n’y pourrons rien”.

Cette scène qui date de près de 23 ans déjà pourrait être manifestement celle devant être vécue dans les heures à venir par le Gangster de Bangui qui, après avoir longuement pleuré au téléphone comme un enfant apeuré, est contraint de demander et obtenir une audience auprès du président Sassou Nguesso, pourtant naguère médiateur dans la crise centrafricaine qu’il a couvert bien volontiers de sordides humiliations et dont il s’est dérobé des services et précieux conseils, pendant les moments où le peuple centrafricain en avait grandement besoin. Comme par hasard, au même moment où il embarquait à bord du jet privé à lui affrété par l’une des voix les plus puissantes de la Françafrique dans la sous – région de la Cémac, les initiateurs du « projet de la modification de la constitution », en la personne de Jean – Symphorien Mapenzi et Emmanuel Nakoé Dimbélet, respectivement 1er et 2ème vice – président de l’Assemblée Nationale, membres du parti – Etat dénommé MCU, sont sommés de se justifier devant le G5 à la Minusca. Tout ce ballet diplomatique a tout l’air des tractations de la dernière chance pour le pouvoir de Bangui, infréquentable pour ses accointances et ses compromissions avérées avec  des groupes armé et des organisations internationales criminelles et mafieuses,  sa fourberie inouïe, et son goût immodéré pour la mal – gouvernance et la corruption.

En effet, celui qui a été nommé à la tête de la République centrafricaine, après des élections truquées de 2015, n’a jamais été à la hauteur des missions qui étaient les siennes et qui se résumaient à la défense de l’intégrité du territoire national, à la protection des biens et des personnes et à la préservation des intérêts fondamentaux de l’Etat, conformément aux dispositions de la constitution du 30 mars 2016 sur laquelle il a prêté serment. Ces indélicatesses et ces laideurs ont été à l’ordre du jour de sa rencontre avec le président Emmanuel Macron, le 5 septembre 2019 ; lors de cet entretien, une feuille de route lui a été formellement dictée : mettre fin à ses relations mafieuses et criminelles avec les mercenaires russes du Groupe Wagner, travailler par un dialogue permanent au raffermissement de l’Accord de Paix de Khartoum du 6 février 2019, relancer les travaux des commissions mixtes avec tous les Etats frontaliers de la RCA, et veiller à la tenue des élections démocratiques, libres, inclusives, transparentes et incontestées, dans les délais constitutionnels. Pour finir, son hôte lui a demandé de traiter de toutes ces questions dans les détails avec son grand – frère Ndenguès, médiateur dans la crise centrafricaine, reçu à l’Elysée par le président Macron quelques jours plutôt avant lui, précisément le 3 septembre.

A Brazzaville, l’homme de main de la France n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour exiger de son petit – frère plus d’ouverture politique, plus de dialogue et plus de consensus dans la gouvernance des affaires de son pays. Une proposition qui sonne très mal dans les oreilles du Gangster de Bangui et son Association de Malfaiteurs au Pouvoir. Pris de court, l’homme de la rupture et le candidat des pauvres, devenu depuis lors le fervent et intrépide missionnaire de la doctrine de la continuité et le bourreau de son peuple, acquiesce devant son hôte, sans coup férir. Mais de retour, chez lui à Bangos, il se rétracte au nom de sa propension à la roublardise effrénée qui fonde et guide toutes ses actions politiques. Rappelé à l’ordre, lors du dernier sommet de l’UA et mis presqu’en quarantaine par ses pairs africains et les représentants des grandes puissances occidentales, au rang desquels le secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres, l’homme, se sentant en difficultés, au lendemain du retour inopiné de l’ancien chef d’état – major du président Patassé dont il fut pendant plus de 5 ans premier ministre et 2ème vice – président du parti dénommé le KNK – jusqu’à ce jour, puisqu’il n’a officiellement  jamais démissionné de ses fonctions ni avant les élections de 2015 ni après – tente un coup diplomatique de séduction et organise une rencontre avec ce dernier, non sans avoir préalablement fait dérouler le tapis rouge sous les pieds du putschiste de la Séléka Michel Djotodia. Il s’en suivra dans la foulée des audiences accordées aux anciens premiers ministres.

Des gesticulations qui ne seront suivies d’aucun acte politique, à savoir l’appel à une concertation effective  avec toutes les forces vives de la nation. Une option qu’a toujours redoutée le mathématicien de Boy – Rabé, histoire d’éviter de se laisser embarquer dans une vraie transition politique, comme Patassé, Dacko et Goumba l’avaient imposé au général Kolingba en 1992. Une politique d’exclusion qui n’est pas du goût des leaders des partis politiques de l’opposition démocratique, de la société civile, des confessions religieuses, des syndicats et des professionnels des médias.Et même des partenaires traditionnels de la RCA !

En réaction, des voix s’élèvent de toutes parts pour dénoncer le règne de la terreur, l’autocratie du régime de Bangui, l’instauration des mesures d’exception, d’arrestations arbitraires des leaders d’opinion, les restrictions des libertés individuelles et collectives, et les alliances mafieuses de Touadéra avec les seigneurs de guerre et des mercenaires qui occupent plus de 85% du territoire national. Cerise sur le gâteau, profitant de l’irruption de l’épidémie du Covid – 19, l’homme active ses réseaux à l’Assemblée Nationale et fait adopter son projet de modification de la constitution. Une provocation de trop qui est immédiatement décriée par les partis politiques et la société civile et  soulève un tollé dans les milieux diplomatiques. Alors que les uns crient à un coup d’état constitutionnel, les autres trouvent l’occasion belle pour régler leurs comptes avec l’enculeur de Bangui.

Aussi surprenant qu’inexplicable que cela puisse paraître, des officiers FACA s’en mêlent,  brisent le silence dans ce qui ressemble fort étrangement à un désordre organisé par le Gangster de Bangui pour créer un passage en force, et se font parler d’eux. Après avoir appelé à la destitution du président de l’assemblée nationale Laurent Ngon Baba, celle de tout son bureau et leur traduction en justice pour haute trahison, dans un premier tract, ces hommes de tenue ont sans fioritures reconnu, dans un deuxième tract, être d’être ces bandes lourdement armées dont la présence est signalée dans la préfecture de la Lobaye et les faubourgs de Bangui. Pour être clairs et précis, ceux – ci ont déclaré être en guerre pour la Préservation de la Démocratie et le Bonheur de Notre Peuple.

Depuis le 20 avril 2020, ils sont passés effectivement à l’offensive en attaquant toutes les positions des milices de Touadéra dans cette partie du pays, terroir du Père fondateur B. Boganda. De Bobangui à Pissa et à Lessé en passant par Boukoko et Bérengo où des frappes chirurgicales ont été opérées hier tard dans la nuit. Avec la reprise des hostilités ce matin et l’annonce de la présence des hommes lourdement armés à Bimbo et Sakaï, ces officiers FACA sont en passe de contraindre le pouvoir de Bangui à la négociation ou au départ.

Aux dernières nouvelles, alors que le Gangster de Bangui, après avoir mis à l’abri à Kinshasa l’une de ses épouses et des membres de sa famille, est attendu par le vieux Ndenguès pour une ultime proposition de sortie de crise, la ville de Bangui serait déjà investie et cernée par des éléments non – identifiés qui auraient fait perler, il y a plusieurs semaines déjà, lors de leur passage à Bozoum, Carnot, Gadzi et Yaloké.

La rédaction

 

 

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