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Centrafrique : « ….mais ces élections ne pourront se tenir que si la communauté internationale apporte tout son soutien technique, logistique et financier », dxit Mankeur Ndiaye devant le conseil de sécurité à New – York

 

20 fév2020

DISCOURS DU CHEF DE LA MINUSCA AU CONSEIL DE SÉCURITÉ NEW YORK, LE 20 FÉVRIER 2020

Discours de Monsieur Mankeur Ndiaye, Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, Chef de la MINUSCA au Conseil de sécurité
New York, le 20 février 2020

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de sécurité,

1. Je suis heureux de vous présenter le rapport du Secrétaire général sur la situation en République centrafricaine (RCA) en ce début d’année. Comme vous le savez, cette année représente un tournant important pour les Centrafricains et Centrafricaines qui seront, dès décembre 2020, appelés aux urnes pour élire leurs gouvernants. Mais avant de revenir sur le processus électoral, permettez-moi de partager rapidement notre analyse des principaux développements politiques, économiques et sécuritaires de ces derniers mois en RCA.

Monsieur le Président,

Le 6 février dernier, le pays a commémoré l’An I de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine (APPR-RCA) signé par le Gouvernement et 14 groupes armés. Cette commémoration a été l’occasion de faire une rétrospective sur les progrès mais aussi les défis de mise en œuvre de l’Accordde paix.

Parmi les progrès notables, je tiens d’abord à souligner que le Gouvernement inclusif, issu de l’Accord de paix, demeure en place, et que les parties signataires ont réaffirmé leur attachement à ce cadre, en dépit évidemment de nombreuses difficultés. Ensuite, je voudrais noter une réduction nette de la violence à l’encontre des populations civiles, l’extension progressive et continue de l’autorité de l’État, avec entre autres l’affectation de tous les préfets dans l’ensemble des 16 préfectures que compte le pays et la poursuite du déploiement des Forces armées centrafricaines et des Forces de sécurité intérieure, y compris dans des zones où elles étaient auparavant absentes. Le processus de désarmement s’est par ailleurs poursuivi dansl’Ouest du pays et, en même temps, des progrès ont été aussi réalisés dans l’établissement des unités spéciales mixtes de sécurité prévues par l’Accord de paix. Le 16 décembre dernier, les premières recrues des USMS ont achevé leurentraînement à Bouar et attendent d’être déployées. Cependant, de nombreux défislogistiques et politiques restent à relever avant leur opérationnalisation.

Nous pouvons également saluer les progrès dans la lutte contre l’impunité et la promotion de la justice transitionnelle. Malgré quelques défis structurels dans les administrations judiciaires et pénitentiaires, les juridictions poursuivent leur travail, avec notamment l’appui technique et logistique de la MINUSCA et du PNUD, en tenant les sessions criminelles plus ou moins régulièrement. Je tiens ici à saluer la condamnation le 7 février des 28 personnes impliquées dans les violences commises à Bangassou en 2017, y compris l’assassinat de Casques bleus. De son côté, la Cour pénale spéciale poursuit ses enquêtes judiciaires sur des cas de graves violations desdroits de l’homme et l’instruction de dossiers dont celui relatif aux massacres en2019 des civils dans la région de Paoua par les membres du groupe armé des 3R.

En outre, les projets de lois clés envisagées par l’Accord de paix sont désormais au Parlement, notamment celui sur le statut des anciens Présidents, celui sur les partis politiques et l’opposition, ainsi que le projet de loi établissant la Commission Vérité, Justice, Réconciliation et Réparation (CVJRR). Une fois adoptées — nous l’espérons dans les prochaines semaines — ces lois devraient contribuer à créer un environnement politique apaisé, à offrir aux groupes armés des alternatives politiques pour leurs revendications. La CVJRR devrait, quant à elle,constituer le cadre de réconciliation tant attendu permettant aux victimes de la crise de s’exprimer et d’obtenir réparations pour les préjudices subis.

Si les victimes attendent réparation, Monsieur le Président, les populations centrafricaines, meurtries par des années de conflit, souhaitent pour leur part bénéficier au plus vite des dividendes de la paix. C’est pourquoi, je tiens à saluer les progrès macro-économiques enregistrés en République centrafricaine en 2019, les perspectives de croissance prometteuses pour 2020, ainsi que les avancées dans lamise en œuvre du Plan national de relèvement et de consolidation de la paix (RCPCA). Nous espérons que ces retombées économiques, ces dividendes de la paix, permettront de renforcer l’accès des populations aux services publics de base sur l’ensemble du territoire et ainsi favoriser une amélioration progressive du quotidien de la population centrafricaine.

Mr. Président,
Ladies and Gentlemen,

As we all know, a peace agreement is not yet peace. It is a step forward, a long process, which is sometimes fraught with pitfalls. Despite significant advances in the implementation of the peace agreement, several challenges remain. These include persistent violations of the Peace Agreement by some armed groups which have continued, over the past year, to occupy administrative buildings, collect illegal taxes, and expand their areas of influence. Despite improvement in the overall security situation of the country, there remain pockets of instability, mainly related to clashes between armed groups competing for territory and resources. These clashes pose serious threats to protection of civilians and have also led to rising intercommunity tensions in locations like Birao, Bria and Alindao.

These security developments in the Northeast remain sources of major concerns. The inter-ethnic clashes in Birao between Rounga members of the Popular Front for the Renaissance of the Central African Republic (FPRC) and the Central African Liberators for Justice Movement (MLCJ), mainly Kara, have further weakened the security and humanitarian situation in that part of the country.

Pour faire donc face à ces développements inquiétants, la MINUSCA a dû adopter une posture robuste pour enrayer la tentative d’invasion de la ville de Birao par le FPRC et prendre des mesures de protection des populations civiles, conformément à son mandat. A l’heure où je m’adresse au Conseil, des efforts de médiation sont en cours pour une cessation des hostilités entre les belligérants. Je condamne fermement le FPRC et le MLCJ pour la reprise des combats, en violation flagrante de l’Accord de paix. Je tiens aussi à condamner l’appel public à la violence contre la MINUSCA, lancée par le FPRC á Ndélé, où les populations ont été mobilisées pour envahir le camp de la MINUSCA. Cette démarche est d’autant plus inacceptable qu’elle utilise les femmes et les enfants comme boucliers humains pour assiéger le camp de la MINUSCA et obstruer ses opérations. Je dénonce également l’expansion illégale de l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC) dans l’extrême Sud-Est du pays (Haut-Mbomou) et dans certaines localités à l’Ouest. La MINUSCA a récemment lancé une opération militaire pour stopper cette expansion et ne ménagera aucun effort pour faire cesser la violence et protéger les civils. J’appelle le Conseil à examiner pour sa part des mesures fortes contre tous ceux qui continuent à entraver la mise en œuvre de l’Accord de paix.

Monsieur le Président,

Ces nouvelles du terrain peu réjouissantes n’ont guère entamé la détermination de la MINUSCA à mettre en œuvre le mandat que vous lui avez confié. En collaboration avec les Garants et facilitateurs de l’Accord de paix, ainsi que les autres partenaires internationaux, nous continuons à prendre toutes les dispositions nécessaires, notamment pour protéger les civils, pour appuyer les parties à la mise en œuvre de l’Accord de paix mais également soutenir la préparation des élections présidentielle et législatives de 2020-2021, étape importante dans le renforcement des institutions démocratiques du pays et de l’Etat de droit.

A l’approche de ces échéances électorales, de nouvelles dynamiques politiques ont émergé, notamment avec le retour d’exil des anciens Présidents Bozizé et Djotodia. Tous deux ont affirmé vouloir contribuer à la paix, à la stabilité et à la tenue d’élections apaisées, et il faut s’en réjouir. Permettez-moi ici de féliciter le Président Faustin-Archange Touadéra pour son esprit d’ouverture et les consultations qu’il a initiées avec les anciens Chefs d’Etat et les anciens premiers ministres afin de garantir un environnement politique apaisé.

Il est également essentiel d’assurer l’inclusivité de ces élections en permettant le vote des réfugiés et en renforçant la participation des femmes comme candidates et électrices. Par ailleurs, la mise en place du Cadre de concertation, avec les partis politiques, toutes tendances confondues, la société civile et les pouvoirs publics, qui a tenu sa première réunion le 17 Février, est à saluer en ce qu’elle augure une opportunité de gestion consensuelle du processus électoral.

Mais ces élections ne pourront se tenir que si la communauté internationale apporte tout son soutien technique, logistique et financier. Malgré la mobilisation de près de la moitié des ressources nécessaires pour la tenue des élections dans les délais constitutionnels, il est urgent que la totalité des fonds promis soient déboursés au plus vite que et les ressources manquantes soient mobilisées. Je lance un appel pressant à tous les partenaires de la RCA afin qu’ils honorent leurs engagements et fournissent les contributions manquantes et je sollicite l’appui du Conseil à cet effet. Je voudrais à ce sujet remercier le Président de la Configuration centrafricaine de la Commission de Consolidation de la Paix (PBC) pour l’appui renouvelé de son institution à la stabilisation de ce pays, tel qu’il a encore démontré lors de sa visite à Bangui la semaine dernière. Je ne doute pas que son plaidoyer permettra de renforcer mon appel en faveur du financement des élections.

Monsieur le Président,

Permettez-moi pour conclure de rendre hommage aux pays de la région qui se sont mobilisés pour redynamiser leur coopération avec la République centrafricaine, contribuant ainsi aux efforts de stabilisation et de paix en RCA. Je salue également la détermination et la volonté politique du Gouvernement à mobiliser toutes les forces vives afin d’assurer le plein succès de la mise en œuvre de l’Accord de paix et la tenue des prochaines élections qui ouvrira un nouveau chapitre dans l’histoire de ce pays. Je sais que les Centrafricaines et les Centrafricains pourront également toujours compter sur la bienveillance et l’appui du Conseil de sécurité.

Je vous remercie.

La Minusca

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