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Vrai baron mais faux docteur, le ministre allemand de la Défense démissionne

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Karl Theodor von und zu Guttenberg a annoncé ce mardi matin son départ du gouvernement fédéral après treize jours de scandales autour de son titre universitaire.

Le Baron a finalement tiré sa révérence. Ce mardi matin, le ministre fédéral allemand de la défense, Karl Theodor von und zu Guttenberg, a annoncé avoir remis à la chancelière allemande sa démission. Une démission qui fait suite à plusieurs semaines de scandale autour de la thèse de doctorat de celui qui était, jusqu’alors, l’étoile montante de la politique allemande.

Car jusqu’au 16 février dernier, tout souriait à ce dernier rejeton d’une vieille famille de Franconie, dans le nord du Land de Bavière. A 40 ans, sa carrière politique semblait fulgurante. Député en 2002, ministre de l’Economie en février 2009, puis en charge de la Défense après les élections de septembre 2009, il avait réussi à imposer à une opinion peu convaincue l’abandon du service militaire. Cajolé par des médias qu’il ne fuyait guère, il affichait son sourire « à l’américaine » dans les magazines avec les stars du spectacle et ne rechignait pas à utiliser l’image de sa femme. Ce style tranchant au regard de la réserve de la terne Angela Merkel plaisait aux Allemands qui en ont fait l’homme politique le plus populaire du pays.

Un plagiat massif

Mais ce 16 février, cette belle mécanique s’est grippée. Ce jour-là, la Süddeutsche Zeitung révèle l’existence d’un soupçon de plagiat massif concernant la thèse de doctorat de sciences politiques du ministre, réalisée en 2006 et qui, en 2007, lui avait valu à l’Université de Bayreuth le titre de Docteur avec la mention Summa cum laude, « avec les plus grandes louanges », niveau suprême de la reconnaissance universitaire outre-Rhin. Mais ce travail apparaît comme truffé de simples copiés-collés de textes divers, sans, évidemment, guillemets ni référence. Très vite, l’affaire passionne les médias allemands. Dans la République fédérale, le titre de docteur n’est pas une simple vanité, c’est un signe de reconnaissance sociale qui accompagne son nom en permanence et donne le droit à être appelé « Herr Doktor » (Monsieur le docteur). La question fuse très vite : le Baron Guttenberg peut-il encore avoir droit à ce titre de Doktor ?

Rapidement, le foyer se mue en feu de forêt, attisé par l’attitude du ministre qui commence par nier les accusations avec morgue. « Je suis prêt à vérifier si les 1200 notes de ce travail ont été correctement établies ou non », prétend-il dès le lendemain, soutenu par son directeur de thèse qui parle de « soupçons absurdes ». L’ennui, c’est que certains ont pris le ministre au mot : un site baptisé Guttenplag Wiki est créé par des chercheurs dès le 17 février et décortique le travail du Baron. Et montre que 21,5 % de la thèse se compose de plagiat inavoué. Quelques jours plus tard, ce même site annonce qu’un autre travail du ministre, réalisé en 2004, serait également truffé de plagiats. L’homme est donc coutumier du fait.

La défense du Baron ne tient plus, il doit fléchir. Le jour de la publication des informations de « Guttenplag », il reconnaît de « graves erreurs » et renonce à son titre de « docteur ». Mais il prétend « ne pas avoir réalisé ces erreurs consciemment ». Cette nouvelle ligne de défense convainc peu et, l’affaire continue d’enflammer les médias. C’est finalement la confiance dans le monde politique et le monde universitaire qui est en jeu. Karl Theodor von Guttenberg a-t-il écrit sa thèse ? L’Université lui a-t-elle accordé le titre de docteur parce qu’à Bayreuth, on ne refuse rien à un von und zu Guttenberg, marié à une descendante d’Otto von Bismarck ?

Rapidement, le Baron est pris sous un feu roulant de critiques d’universitaires et de politiques, soucieux de circonscrire l’affaire à son seul cas. Même au sein de la CDU d’Angela Merkel et de sa s?ur bavaroise la CSU, dont fait partie le ministre, le malaise est palpable. La ministre de l’enseignement supérieur, Annette Schavan et Wolfgang Böhmer, le ministre président de Saxe-Anhalt, en campagne électorale locale, expriment ouvertement leurs critiques.

La presse le crucifie, Merkel le sacrifie

La chancelière a longtemps soutenu son ministre. La raison en est simple : par sa popularité, le Baron est un adversaire potentiel d’Angela Merkel. Mieux vaut donc l’avoir dans son équipe. Mais à trois semaines d’un grand week-end électoral incertain, où se dérouleront plusieurs élections locales importantes, il lui était désormais impossible de conserver celui qui, d’atout, était devenu une charge insupportable. Elle l’a donc sacrifié. Karl Theodor von und zu Guttenberg serait donc un exemple de plus de ces phénomènes éphémères qui finissent crucifiés par ces médias qui les avaient portés au faîte de leur gloire.

Mais nul doute que le Baron espère ne voir dans cette démission qu’une péripétie. Il reste en effet, malgré ces accusations, extrêmement populaire dans l’opinion et il bénéficie du soutien du très influent et très lu quotidien Bild. Désormais débarrassé de la solidarité gouvernementale, il va pouvoir entretenir cette popularité et se présenter, comme il a commencé de le faire, comme une victime des « élites » intellectuelles et des « journalistes berlinois ». En réalité, malgré les apparences, le noble franconien pourrait rapidement se dévoiler, avant l’échéance des élections fédérales de 2013, comme un concurrent sérieux pour Angela Merkel.

Source : latribune.fr

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