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Centrafrique : le président Touadéra et son gouvernement sous de très fortes pressions

DIALOGUE POLITIQUE ENTRE LA REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE ET L’UNION EUROPEENNE
(BANGUI, LE 12 FEVRIER 2020)
MOT D’OUVERTURE DE SON EXCELLENCE LE PROFESSEUR FAUSTIN ARCHANGE TOUADERA, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, CHEF DE L’ETAT
– Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement ;
– Mesdames et Messieurs les Ministres ;
– Madame l’Ambassadrice, Cheffe de Délégation de l’Union Européenne en République Centrafricaine ;
– Messieurs les Ambassadeurs ;
– Monsieur le Chef de Division Afrique Centrale au Service Européen pour l’Action Extérieure ;
– Monsieur le Chef de la Mission Civile d’appui à la Sécurité Intérieure, EUAM ;
– Monsieur le Général, Commandant de l’EUTM-RCA ;
– Mesdames et Messieurs,
Je vous souhaite la bienvenue à cette deuxième session du «Dialogue Politique» entre la République Centrafricaine et l’Union Européenne, après le retour à l’ordre constitutionnel.
Est-il utile de rappeler que ce dialogue s’inscrit dans le cadre de l’application de l’article 8 de l’Accord de Cotonou de juin 2000. Il traduit, à mon sens, non seulement la vitalité de notre coopération, mais surtout, la force du lien qui unit mon pays, la République Centrafricaine et l’Union Européenne.
Je voudrais à cet égard, exprimer d’abord mes hommages à Madame Samuela ISOPI, Ambassadrice, Cheffe de la Délégation de l’Union Européenne pour son implication personnelle dans le maintien et l’amélioration du canal de communication entre l’Union Européenne et la République Centrafricaine et dans l’organisation et la tenue de la présente rencontre.
A travers vous, Madame l’Ambassadrice, je veux remercier les autorités de la Commission de l’Union Européenne pour leur soutien multiforme et leur constante sollicitude envers mon pays.
Je voudrais également saluer la présence à cette rencontre des Ambassadeurs de France, d’Allemagne, d’Italie, du Royaume de Belgique et du Portugal, ainsi que du Chef de Division Afrique centrale au Service Européen pour l’Action Extérieure, du Chef de la Mission Civile d’appui à la Sécurité Intérieure, EUAM, et du Commandant de l’EUTM-RCA.
Il ne fait aucun doute que votre présence est le témoignage éloquent de la grande considération que vos pays respectifs portent à l’endroit de la République Centrafricaine dans ses efforts pour la construction de la démocratie et de l’Etat de droit, la bonne gouvernance et la lutte contre la pauvreté.
Mesdames et Messieurs,
Au-delà du cadre formel des relations commerciales entre les pays ACP et l’Union Européenne, l’Accord de Cotonou prend également en compte le volet politique ainsi que les contingences qu’induit la mondialisation, notamment les questions sécuritaires, migratoires et environnementales; en somme, les questions de gouvernance et de bien-être des peuples.
Le dialogue qui s’offre à nous, ce jour, est une opportunité pour échanger sur les priorités de coopération et envisager les voies et les moyens de pouvoir et de permettre d’en tirer le meilleur profit.
Il est utile de mentionner que le dialogue de ce jour se tient dans un contexte tout à fait particulier, car se déroulant juste après le 9ème Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement des pays ACP, tenu en décembre 2019 à Nairobi, au Kenya et la célébration du premier anniversaire de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation en Centrafrique.
Il convient de rappeler que le 9ème Sommet les Chefs d’Etat et de Gouvernement du groupe des Etats ACP avaient franchi un pas décisif vers « un groupe ACP transformé et engagé en faveur du multilatéralisme », en révisant l’acte constitutif du groupe, à savoir l’Accord de Georgetown de 1975 en vue d’un Accord post-Cotonou.
Mesdames et Messieurs ;
Je note tout comme vous que, par leur actualité et leur pertinence, les thèmes proposés pour notre dialogue d’aujourd’hui, abordent des questions relatives au processus politique, de paix et de sécurité, aussi bien au niveau de notre pays que dans la sous-région de l’Afrique centrale d’une part, et le renforcement et la consolidation du partenariat stratégique avec l’Union Européenne, et la République Centrafricaine, d’autre part.
Je reste persuadé qu’au regard de son caractère moins rigide et moins formel, ce dialogue nous offrira l’occasion de discussions ouvertes et franches sur des thèmes convenus, à savoir :
1) La mise en œuvre de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation (APPR) ;
2) Les élections ;
3) La Réforme du Secteur de la Sécurité ;
4) La gouvernance et l’équilibre macro-économique ;
5) Les Droits de l’homme / Justice (en particulier la justice transitionnelle, les femmes, les médias/fake news).
Concernant le premier sujet de notre dialogue, à savoir la mise en œuvre de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation, je me réjouis des avancées significatives enregistrées dans la mise œuvre de cet Accord, notamment à travers la mise place d’un Gouvernement inclusif, la création et l’opérationnalisation de tous les organes du Mécanisme de mise en œuvre, le Comité stratégique de pilotage des Unités Spéciales Mixtes de Sécurité (USMS).
Je voudrais aussi vous informer qu’afin de renforcer les bonnes relations de coopération avec les pays frères frontaliers, la RCA a tenu en 2019, dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord, trois grandes sessions de Commissions Mixtes avec la République du Cameroun, la République du Congo et la République du Tchad.
Cette dynamique se poursuivra au cours de cette année avec le Soudan, le Soudan du Sud, la République Démocratique du Congo et le Gabon.
Je note également avec satisfaction, la baisse sensible du niveau de violence sur les populations, malgré la persistance de certains foyers de tension au Nord-Est et au Centre du pays, due au non-respect des engagements pris par certains groupes armées signataires de l’Accord de paix.
Je dois rappeler que cet Accord apporte des solutions idoines à certains problèmes qui ont alimenté et alimentent encore la crise dans notre pays.
C’est pourquoi, je me félicite de l’engagement constant des Etats membres de l’Union Européenne dans la résolution de la crise centrafricaine, notamment par l’appui à la formation des forces de défenses et de sécurité, la consolidation de la paix en RCA à travers les instruments tels que le fonds fiduciaire Bêkou, la mission militaire de formation et de conseil (EUTM-RCA) et le Service de l’aide humanitaire et de la protection civile, ECHO.
Aussi, il importe de saluer les contributions de l’Union Européenne à faire bénéficier aux populations centrafricaines les dividendes de la paix, par la mise en œuvre de nouveaux programmes tels que le RELSUD visant à rendre accessibles les zones auparavant inaccessibles.
Mon vœu est que les interventions de l’Union Européenne se poursuivent et s’accentuent, notamment dans les zones les plus sensibles à l’effet de créer un climat favorable à la tenue des élections libres, crédibles, transparentes et démocratiques.
Mesdames et Messieurs,
En abordant le deuxième sujet, à savoir les élections, je voudrais rappeler que l’Autorité Nationale des Elections (ANE) a fixé le premier tour des élections présidentielle et législatives au 27 décembre 2020, tandis qu’un second tour, si nécessaire, se tiendra le 14 février 2021.
Le budget de ces élections générales est estimé par l’ANE à environ 33 millions de Dollars, soit 29 millions d’Euros.
Le principal défi reste la mobilisation des ressources financières pour organiser les élections dans le délai constitutionnel. A ce sujet, je me suis adressé à toutes les parties prenantes, aux partenaires internationaux de la Centrafrique et la communauté internationale, pour qu’elles saisissent cette occasion historique afin de garantir, dans les délais constitutionnels, la tenue d’élections crédibles, libres, inclusives et équitables sur toute l’étendue du territoire national et confirmer l’ancrage démocratique amorcé en 2016.
Je voudrais à ce sujet réitérer nos remerciements à l’Union Européenne qui, à ce jour, reste le seul partenaire qui s’est engagé à supporter la moitié de ce budget.
Dans ce chapitre des élections, je me réjouis de la récente résolution adoptée à l’unanimité des membres du conseil de sécurité de l’ONU d’élargir le mandat de la MINUSCA pour l’assistance, la coordination et la sécurisation des élections en Centrafrique.
Je réitère que ces scrutins constituent une occasion historique pour consolider les espoirs suscités par cet Accord et créer les conditions de paix et de réconciliation en Centrafrique.
S’agissant du troisième thème, relatif à la Réforme du Secteur de la Sécurité, avec en toile fond, la reconstruction des Forces Armées Centrafricaines et des Forces de Sécurité Intérieure je voudrais d’emblée saluer les contributions de l’Union Européenne qui nous permettent de construire une armée nationale, représentative, professionnelle et républicaine dans le cadre de la Réforme du Secteur de la Sécurité, s’inspirant d’une politique nationale de sécurité fondée sur les acquis du consensus politique et tenant compte des menaces sur la sécurité, des valeurs et des principes républicains devant guider l’Etat dans sa mission régalienne de garantir la sécurité pour tous.
Dans cet esprit, l’appui offert par l’EUTM-RCA a permis la formation de plusieurs bataillons, dont certains ont été déjà déployés dans plusieurs localités du pays, conjointement avec la MINUSCA.
Aussi, des pays amis et frères nous ont manifesté leur solidarité agissante en accueillant certains éléments centrafricains en formation, en conformité avec les dispositions pertinentes du Conseil de Sécurité.
Concernant le redéploiement des agents de l’Etat, la stratégie nationale de restauration de l’autorité de l’Etat a été adoptée et est en train d’être mise en œuvre avec l’appui de certains partenaires, notamment le PNUD et la MINUSCA.
Dans cet élan, l’Union Européenne a financé la réhabilitation des services sociaux de base et le renforcement des capacités des autorités locales dans les Pôles de Développement, dont je félicite.
Je voudrais exprimer ma gratitude à l’Union Européenne pour l’envoi de la Mission civile de Politique de Sécurité et de Défense Commune afin d’aider dans le cadre de la formation des Forces de Défense et de Sécurité et le renforcement des capacités des Ministères concernés.
Au regard de l’allègement de l’embargo décidé pour la deuxième fois par le Conseil de Sécurité de l’ONU, je voudrais exprimer le souhait que l’Union Européenne continue de nous appuyer, non seulement pour la levée totale de l’embargo, mais aussi par la fourniture des moyens létaux et logistiques pour accompagner les forces de sécurité intérieur.
S’agissant du 4ème sujet sur la gouvernance et l’équilibre macro-économique, j’ai voulu que des réformes importantes soient entreprises dans les domaines de la transparence de l’action publique, de la lutte contre la corruption, la prévarication, les détournements des deniers publics, de l’amélioration du climat des affaires, de la démocratie et de l’Etat de droit.
C’est donc pour relever ces défis que nous avons élaboré en 2019 le Document de stratégie nationale de bonne gouvernance en République Centrafricaine qui sera mis en œuvre par la Haute Autorité chargée de la Bonne Gouvernance.
Mon pays s’était engagé dans une nouvelle voie de développement avec la mise en œuvre du Plan National de Relèvement et Consolidation de la Paix (RCPCA), et je me félicite par conséquent de l’appui de l’Union Européenne et de ses Etats membres, pour le développement de la RCA.
Des reformes ont été engagées pour asseoir une bonne gouvernance, il y a eu des résultats visibles, certains sont à leur début, mais je pense que ce qui est encourageant, c’est cette volonté qu’on a, d’aller de l’avant.
Le RCPCA et le Cadre d’Engagement Mutuel restent le socle de la politique du gouvernement. Sur cette base, plus de 340 projets ont été retenus et mis à la disposition des partenaires pour leur financement suivant les domaines d’intervention.
Ce programme, avec l’appui des partenaires techniques et financiers a permis au gouvernement de mettre en place un cadre institutionnel approprié pour la conduite et le suivi-évaluation des objectifs de développement durable (ODD), avec un accent particulier sur les objectifs qu’il a retenus comme actions prioritaires.
C’est ici l’occasion de remercier tous les partenaires et amis de la République Centrafricaine dont l’Union Européenne pour les appuis financiers déjà apportés audit programme ainsi que pour les promesses en cours de réalisation.
Je voudrais aussi lancer un vibrant appel à l’endroit de tous ceux qui ont pris des engagements lors de la Conférence de Bruxelles en faveur d’un appui à la reconstruction de mon pays, de tenir leur promesse à cet effet.
S’agissant du 5ème sujet sur les questions de Droits de l’Homme et de la justice, il importe de faire remarquer que la chaîne pénale, longtemps fragilisée dans le pays, reprend progressivement la main et la machine judiciaire est en marche.
Par ailleurs, la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales, dont la mission est d’enquêter et de sensibiliser sur les graves crimes sur tout le territoire national, a été créée et devenue opérationnelle.
Concernant la justice transitionnelle, et comme vous le savez, j’avais réceptionné le 22 janvier dernier, le document du projet de loi relatif à la Commission Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation.
Mesdames et Messieurs ;
Notre session de ce jour n’a pas pour vocation, je le comprends, de déboucher immédiatement sur des solutions relatives aux différentes thématiques abordées, mais de procéder plutôt à des échanges d’informations, dans un esprit de partenariat, afin de parvenir à une meilleure compréhension mutuelle et à faciliter la définition des priorités et principes communs d’action.
Ainsi, à travers nos échanges que j’espère fructueux, nous réussirons à examiner, avec franchise et sincérité, ces questions sensibles pour renforcer davantage la coopération, déjà excellente, entre la République Centrafricaine et l’Union Européenne.
C’est sur ces mots que je déclare ouverte la deuxième Session du « Dialogue Politique » entre la République Centrafricaine et l’Union Européenne.
Vive la coopération entre la République Centrafricaine et l’Union Européenne !
Je vous remercie.
La renaissance

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