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CENTRAFRIQUE: L’AFFAIRE BIRAO ET LES LIMITES DU RÉGIME DE BANGUI ET DE L’ACCORD DE PAIX

IL FAUT PENSER A BIRAO

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Cyrus Sandy

CENTRAFRIQUE: L’AFFAIRE BIRAO ET LES LIMITES DU RÉGIME DE BANGUI ET DE L’ACCORD DE PAIX
La République centrafricaine est soumise depuis plusieurs décennies à des violences cycliques qui entravent son développement. Les cris sont de trop, ce, malgré les multiples accords dits de paix et/ou de cessation des hostilités dont le dernier est sans nul doute l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine (APPR-RCA) négocié et paraphé à Khartoum avant d’être signé à Bangui par le président Faustin-Archange Touadéra et quatorze groupes armés le 06 février 2019. Les sombres et dramatiques événements de Birao rappellent la triste expérience de 2012-2013 où la coalition séléka, née dans le but de renverser le pouvoir de Bozizé, avait réussi à réaliser son projet initial en dépit de l’Accord de Libreville signé le 09 janvier 2013 par les représentants de la coalition séléka, des autres groupes armés actifs ou non sur le terrain, de la majorité présidentielle, de l’opposition démocratique, de la Société civile, en présence d’éminentes personnalités étrangères et internationales dont le président gabonais Omar Bongo Ondimba à l’époque.
Hier, c’était la ville de Ndélé, chef-lieu de la préfecture du Bamingui-Bangoran et de la région du nord-est (dite Région N°5) qui avait annoncé, le 10 décembre 2012, la fin de règne du régime KNK/Bozizé/Touadéra. Aujourd’hui, c’est encore dans la même région à travers Birao, chef-lieu de la préfecture de la Vakaga, où est annoncée urbi et orbi le projet de coup d’Etat contre le régime MCU/Touadéra par le chef de guerre Abdoulaye Miskine en début septembre dernier. Et depuis lors, la ville de Birao est frappée d’une guerre fratricide entre les éléments de Nourredine Adam, leader du groupe armé FPRC, et ceux du MLCJ du ministre délégué Gilbert Toumou Déya, tous ressortissants et originaires de cette même région. Une mission mixte africaine appuyée par les Nations unies serait attendue à Birao mais pour des nouvelles négociations ou pour annoncer la fin de la récréation?
UNE LECTURE ERRONÉE DE L’HISTOIRE ET DES DONNÉES GÉOPOLITIQUES ET GÉOSTRATEGIQUES
Ceux qui soutiennent l’APPR-RCA comme seul moyen de restaurer la paix et la cohésion nationale n’ont peut-être pas une lecture objective des crises centrafricaines. En décembre 2008-janvier 2009, les mêmes affirmaient que la signature de l’Accord était un ouf de soulagement pour le peuple centrafricain tout entier. Certains observateurs voyaient en cet Accord de fin 2008 un simple compromis pour le partage de gâteau.
Aujourd’hui, après une mauvaise analyse des agendas des groupes armés, l’Accord de Khartoum/Bangui a été signé entre un gouvernement sans armée nationale, sans forces de sécurité intérieure (FSI), dans un contexte de porosité des frontières où les groupes armés remplis de mercenaires venus du Tchad, du Soudan, du Niger, du Cameroun, du Mali, du Nigeria et de la RCA contrôlent 80% du territoire et abandonnent par pitié au gouvernement les 20% du territoire restant d’une part, et d’autre part, les menaces de certaines puissances étrangères sur le pouvoir de Bangui.
Le danger pour cet Accord du 06 février dont la Minusca constate un vide juridique pour son intervention militaire est le fait que les mercenaires et rebelles étrangers, conscients du fait qu’ils ne sont pas des nationaux, ne sont pas prêts à abandonner leur logique de maintien du pays dans un climat de violence et de terreur à dessein, question d’exploiter au maximum les multiples ressources naturelles du pays, d’avoir de l’espace vital pour eux-mêmes, leurs familles et leurs bétails. Leurs intérêts étant donc opposés à ceux du gouvernement et du peuple centrafricain, il y a blocus en ce qui concerne le respect de cet Accord, autrement dit son application. Ils sont des prédateurs, des entrepreneurs et professionnels de guerre et de massacres des populations civiles sans défense; ils sont des postes avancés d’une véritable mafia entretenue en RCA.
Les groupes armés ne respectent pas et ne respecteront jamais l’Accord du 06 février en tous ses détails, surtout que certains d’entre eux sont animés et soutenus par des puissances étrangères et la mafia minière internationale. Plus grave, ceux qui ont la charge d’intervenir comme médiateurs en RCA ne se posent jamais la question de savoir pourquoi l’on est tombé si bas au point où les communautés se divisent et entre-déchirent en installant ouvertement la haine, le tribalisme et le régionalisme au centre de leurs préoccupations. Le cas Birao en dit déjà long. Une crise larvée y est présente et bientôt, on va encore transporter les Centrafricains comme des bétails pour aller chercher les solutions à ce conflit ailleurs, en dehors du territoire national, surtout que certains fauteurs des troubles de Birao sont menacés d’arrestation. La crise prenant une connotation ethnique, il ne faut pas avoir la mémoire courte en oubliant les circonstances et le lieu de la formation de la coalition séléka formée en majorité des musulmans du nord adossés au Tchad et au Soudan, les deux pays qui ont causé assez du tort aux Centrafricains.
BIRAO: ENTRE TRAHISON ET FAUX MALENTENDU
En Centrafrique, puisque la balkanisation ou la partition du pays est consommée sinon suit son cours, les groupes armés exercent leur influence par région selon le partage avec le pouvoir de Bangui. Ainsi, dans la ville de Birao, c’est le FPRC qui jouissait jusqu’à une époque récente d’une influence militaire, politique et géostratégique supérieure aux autres groupes armés et même à la force onusienne présente dans la zone. Et cette influence ne date pas d’aujourd’hui. Elle prend sa source depuis les rébellions de Michel Djotodia Am-Nondroko (UFDR et séléka), même si le MLCJ bénéficie également d’une forte structuration dans ses rangs, mais cela n’est que récent.
Ces deux groupes armés aux ambitions démesurées et diamétralement opposées depuis que le patron du MLCJ est admis à la mangeoire nationale, seraient en train de faire chanter Touadéra et son parti. Chacun cherche à faire croire aux autorités du pays que c’est lui qui a la maîtrise de la Vakaga, berceau des rébellions du nord-est, que c’est lui qui détient la véritable puissance de frappe dans la région, et que sans lui le gouvernement ne peut réussir quoi que ce soit là-bas.
Selon des sources locales, il y aurait eu malentendu entre les groupes armés frères de la région en ce qui concerne des opérations de trafic d’armes en faveur du FPRC, opérations décelées par le MLCJ qui s’est permis de dénoncer et d’empêcher la poursuite des opérations de trafic. Le FPRC a considéré cela comme un « acte de trahison » de son frère MLCJ qu’il accuse de ne pas respecté leur alliance ethnico-militaro-politique de ne pas trahir les secrets d’un groupe armé dirigé par un ou des frères de région et de religion. L’«union sacrée» qui était à l’origine de la formation de l’UFDR, de la coalition séléka, et des pourparlers de Khartoum et Addis-Abeba, est a ainsi volé en éclat.
Certaines sources à ne pas négliger affirment que le problème de fond est celui d’une tentative de mobilisation des groupes armés issus de l’ex-coalition séléka dans la zone selon une initiative propre à l’infatigable Abdoulaye Issène, dont le dossier à la CPI et à la CPS a suffisamment pris de l’épaisseur. Il s’agissait d’une réunion pour consolider les rangs de la séléka nouvelle version, capable de marcher sur Bangui avec courage et détermination comme fut le cas en 2013 avec le putsch contre François Bozizé. Mais comme tous les jours ne sont pas dimanche, certains leaders et principalement ceux du MLCJ, composés principalement des gens de la tribu kara, auraient refusé de vivre les tristes expériences du passé. Aussi, se sont-ils désolidarisés du plan machiavélique ourdi par leurs frères rounga dont Ndélé est le fief naturel. Voilà le début de la colère du FPRC qui serait toujours animé par le désir de marcher sur Bangui. « Un traitre dans les rangs, il faut l’abattre !», semble dire l’aile dure du FPRC. Et la rivalité se cache alors sur fond d’une guerre fratricide.
VERS LA SIGNATURE D’UN NOUVEL ACCORD DE PAIX OU LA RÉVISION DE L’ACCORD DU 06 FÉVRIER?
Mais comme il faut toujours prévoir, la mission mixte qui séjournerait dans la ville de Birao y va sûrement pour des négociations qui devraient aboutir à la signature d’un autre accord de paix, peut-être qui ne concerne que deux groupes armés, le FPRC et le MLCJ, ou tous les groupes armés dont le nord-est constitue leur bastion. En tout état de cause, le constat est que les groupes armés ex séléka ne se sentent réellement pas concernés dans l’Accord de Khartoum/Bangui. Ils ne sont pas sincères et ne le seront jamais.
Avec l’inefficacité légendaire de la mission onusienne, le laxisme des garants de l’accord et l’amateurisme du gouvernement, ils font ce qu’ils veulent quand ils le veulent et sans peur, puisque l’accord ne précise aucunement la nature et la catégorie des sanctions, le président Touadéra ne cherche qu’à distribuer de l’argent aux leaders de ces groupes armés pour obtenir leur feu vert pour les activités de son parti le MCU dans leurs zones de contrôle, et que l’arrestation d’un seul leader des groupes armés du nord-est, du nord-ouest, du sud-est ou du centre-est pourrait entraîner le retrait de tous les autres du processus de paix en cours, ce qui risquerait d’être fatal pour le régime de Bangui obsédé par son maintien au pouvoir par tous les moyens à l’horizon électoral.
Ceci expliquant cela, les annexes du fameux accord avaient pourtant prévu:
-l’autodissolution des groupes armés dans un délai de 90 jours après la signature de l’accord;
-la libération des bâtiments publics pour permettre la reprise des activités administratives et socio-économiques;
-la levée des barrières sur les voies de communication et de transport (routes) en vue de faciliter la libre circulation des personnes et des biens;
-la cessation de l’enrôlement de nouveaux combattants et des enfants-soldats;
-le non recours à la violence pour s’exprimer ou revendiquer quelque chose;
-le respect de la constitution, des lois et règlements de la république et des autorités établies;
-la cessation du trafic des armes et munitions;
-la cessation de l’exploitation illicite des ressources naturelles.
Malheureusement, plus de sept (7) mois et soit exactement 230 jours après la signature de l’accord de février, les Centrafricains ne peuvent toujours pas circuler librement dans leur propre pays, les bâtiments administratifs sont toujours occupés par les groupes armés comme l’a témoigné le préfet de la Ouaka à propos de l’UPC d’Ali Darass, les populations civiles sont toujours massacrées comme Abassa Sidiki du groupe armé 3R le fait tous les jours que Dieu faits, la constitution et les lois de la république sont toujours violées du plus brut élément des groupes armés aux plus hauts responsables de l’Exécutif, aucun groupe armé n’a annoncé sa propre dissolution rendue effective, les trafics d’armes et de munitions de guerre, les hostilités, la violence armée et l’exploitation illicite des ressources naturelles du pays, continuent de plus bel.
Et comme le patron de la Minusca a déclaré qu’il n’y aura pas une action militaire contre les groupes armés en RCA au seul motif que l’accord du 06 février 2019 n’en a pas prévu, mettant ainsi du coup de côté le code pénal centrafricain, la loi organique de la Cour pénale internationale (CPS), il se murmure un projet de relecture de l’accord du 06 février 2019 à l’effet d’y introduire des « sanctions ». Tout cela, pour renvoyer aux calendes grecques l’application de cet accord mort-né et les procès au niveau de la CPS, ce qui, pensent certains, profitera énormément aux gens en quête d’un deuxième mandat à la tête du pays, envers et contre la loi et la morale. Sinon, comment comprendre qu’un mercenaire étranger comme Abbas Sidiki puisse disposer de 17 bases miliaires transformées en barrières à lui seul dans l’Ouham-Pendé et une partie de la Nana-Nambéré? Même si la RCA est un pays reconnu pour son hospitalité, cela ne peut pas se faire avec des mercenaires criminels, pardi ! Sommes-nous encore un Etat?
L’ULTIME SOLUTION EN DEUX PHRASES
Seule une action combinée de la justice et des frappes militaires aériennes et terrestres décisives peut permettre à la RCA de retrouver sa stabilité et la paix perdue, et non la signature d’un nouvel accord ou la révision d’un accord qui n’a rendu aucun service à la grande majorité des Centrafricains. Car on ne doit négocier ni discuter éternellement avec des rebelles.
Affaire à suivre.
Damoclès Diriwo, MEDIAS

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