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CENTRAFRIQUE: LES EN-DESSOUS DE LA GRÈVE GÉNÉRALE ILLIMITÉE ANNONCÉE DES TRAVAILLEURS

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Cyrus Sandy

CENTRAFRIQUE: LES EN-DESSOUS DE LA GRÈVE GÉNÉRALE ILLIMITÉE ANNONCÉE DES TRAVAILLEURS

Le pouvoir de Bangui semble minimiser ce qui se trame au niveau des travailleurs du pays, notamment ceux du secteur public, les fonctionnaires et agents de l’Etat qui se disent « trop maltraités et négligés » par le régime Touadéra. A l’état actuel de nos enquêtes, les travailleurs, organisés en syndicats, sont loin d’être manipulés par des politiciens opposés au pouvoir comme des pouvoiristes et ceux qui refusent de voir ont l’habitude de dire. La plus grosse erreur que le régime Touadéra aura commise c’est de croire à la thèse de la manipulation politique pour ne pas accéder aux revendications des salariés.

A vrai dire, on peut dire que c’est la conscience des travailleurs qui les manipule. Ils savent qu’ils ont des droits, ils savent ce que le gouvernement fait contre leurs intérêts, ils savent que leur premier objectif est de défendre leurs intérêts matériels et moraux, et ils savent enfin qu’en République centrafricaine les dirigeants ont souvent la mémoire courte, si bien que l’histoire se répète toujours. Mais cette fois-ci, ils ne veulent pas être les dindons de la farce car « le président Faustin-Archange Touadéra fait exprès » (sic). Et ils ont raison.

L’ARGENT EST POURTANT LÁ !

Ni le ministre des finances et du budget ni son collègue de l’Economie, du plan et de la coopération, ni les présidents actuel et ancien de l’Assemblée nationale de l’ère Touadéra, ni les Premiers ministres sortant et actuel du gouvernement Touadéra, ni le président Touadéra him self ne peuvent démentir le fait que les partenaires internationaux et notamment le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale (BM) et l’Union européenne (UE) ont consenti des aides financières au gouvernement centrafricain à sa demande pour l’apurement des arriérés de salaires des régimes Djotodia et Patassé. Si pour Djotodia les 2 mois ont été déjà payés, pour le régime Patassé par contre, le paiement de ces arriérés se fait à un rythme anormal alors qu’il était question de payer 18 mois d’arriérés de salaires d’un seul trait (cash). Ce qui donne droit à toutes les interprétations et supputations les plus osées. La thèse de détournement est la plus évoquée dans les milieux financiers, syndicaux et même diplomatiques.

De sources proches de Touadéra, un haut représentant de l’Union européenne avait interpellé le chef d’Etat centrafricain à Bouar lors de la cérémonie d’inauguration de la garnison militaire en ces termes : « Monsieur le président, mais pourquoi vous payez les arriérés de salaires  au compte-gouttes au point que les bénéficiaires sont très mécontents et ne cessent de nous apostropher partout où ils nous rencontrent, je veux dire surtout les syndicats et les retraités, comme si nous les bailleurs avons intérêt à ce que la situation devienne ainsi? » (sic). Le président Touadéra aurait bégayé un peu avant de retirer cette haute personnalité pour lui répondre en aparté. Mais des oreilles fines avaient entendu. Et ce sont ces fines oreilles qui ont vendu la mèche aux syndicats et aux retraités qui ont décidé de ne plus se taire et de ne plus croiser les bras. « Mbana na mbana », ils se disent prêts à mourir pour obtenir leurs dus.

« Ce n’est pas l’argent de Touadéra que nous quémandons mais nous exigeons qu’on paie notre argent, l’argent de notre souffrance, qui a été négocié depuis l’époque Bozizé et dont le principe du paiement était acquis sous la Transition avec Samba-Panza pour exécution au sortir de la transition. C’est un droit », réagit un haut cadre des finances à la retraite, très au parfum de la chose.

MAIS POURQUOI CELA?

Se disant que Touadéra (et surtout lui) serait en train d’exploiter leur argent à leur détriment alors qu’il en a assez avec ses 4 milliards FCFA de fonds spéciaux qui ne le suffisent pas, les travailleurs, surtout ceux du public, ont déjà décidé de lui réserver un sort à part: celui de Kolingba à l’époque. Il suffit qu’une grève d’avertissement de 3 jours soit observée sur toute l’étendue du territoire pour que le scénario de 90 soit refait. A raison, puis qu’ils ne comprennent pas  pourquoi:
-le président Touadéra refuse de leur verser la totalité de leur argent pourtant disponible en termes de liquidités depuis plus de 8 mois;
-le président Touadéra refuse de signer et de publier les décrets d’application des lois portant Statut général de la Fonction publique et Code du travail en République centrafricaine, les 2 lois étant promulguées depuis 10 ans (2009), soit du temps où lui-même était Premier ministre de quelqu’un;
-le président Touadéra refuse d’augmenter les salaires et indemnités des fonctionnaires et agents de l’Etat pour faire face à la vie chère, alors qu’il ne se prive pas d’augmenter le montant des salaires, indemnités, fonds spéciaux, frais d’hôtel, frais de mission et autres primes pour lui-même, son Premier ministre, les ministres et conseillers à la Présidence et à la Primature, sans oublier les députés dont les salaires ont doublé en l’espace de 5 ans, alors que les fonctionnaires sont condamnés aux salaires de misère depuis 20 ans, comme si la cherté de la vie ne les frappait pas;
-le président Touadéra refuse de payer les allocations familiales aux travailleurs qui ont plus de 5 enfants, en violation des textes pourtant en vigueur, comme si le fait d’avoir beaucoup d’enfants était devenu un crime en RCA;
-le président Touadéra refuse d’augmenter le montant des allocations familiales, des indemnités et primes légales, alors que partout dans le monde cela se fait tous les 5 ans, sans que les travailleurs aient à faire du bruit autour ou à réclamer (cas du Congo, du Cameroun et du Gabon qui le font chaque 3 ans).
Les travailleurs centrafricains n’ont-ils pas le droit de vivre heureux? Telle est la question à laquelle Touadéra et les siens se refusent de poser et d’accepter d’entendre de leurs oreilles.

JUSTICE SOCIALE D’ABORD

Que Touadéra regarde dans le rétroviseur pour voir comment les syndicats des travailleurs avaient contribué au changement déclenché en début d’année 90, simplement parce que le régime Kolingba répondait par le mépris à leurs revendications pourtant légitimes. La situation n’était pas pareille mais c’est le mépris et l’arrogance qu’affichaient les autorités de l’époque qui avaient poussé les travailleurs à la radicalisation. Et les choses ont fini par prendre une tournure politique. Jamais 1 sans 2. Et jamais 2 sans 3, dit-on.
Cela dit, les syndicats étaient dans leur bon droit de se prononcer pour demander le changement. Ils n’avaient rien cassé, même pas une chaise dans un bureau. Ils avaient refusé d’aller au travail pour faire la pression sur Kolingba d’accepter le principe de convocation de la Conférence nationale souveraine. La grève est un droit reconnu et prévu dans les Instruments juridiques nationaux et internationaux. Ce sont les élèves et étudiants qui, de temps en temps, faisaient des actions de la rue.
Des enquêtes que nous avons menées auprès des centrales syndicales et des travailleurs depuis 15 mois nous ont amenés à comprendre que ceux-ci ne réclament véritablement que trois (3) choses, à savoir:
1-La publication des décrets d’application du Statut général de la Fonction publique et du Code de travail de la RCA, lesquels décrets devraient fixer les dispositions de revalorisation des salaires et indemnités. Et ils ont raison. Car, les salaires des ministres, députés, membres des cabinets de l’Exécutif, du PM et du PR ont été augmentés 5 fois en l’espace de 20 ans, soit chaque 4 ans, tandis que ceux des agents de l’Etat et autres sont stagnants depuis 20 ans et ne peuvent supporter la cherté de la vie. QUI DOIT SOUFFRIR ETERNELLEMENT ET QUI DOIT VIVRE HEUREUX A VIE DANS CE PAYS? C’est une question de justice sociale;
2-L’apurement des 18 mois d’arriérés de salaires du régime Patassé pour lequel l’intégralité des sous a été décaissée au gouvernement et logée dans les livres de compte du Trésor public ouvert à la Banque Centrale depuis longtemps. TOUT LE MONDE DU TRAVAIL LE SAIT. Pourquoi diantre, Touadéra et consorts s’obstinent à ne pas libérer les sous aux ayants-droit dont eux-mêmes, Fonctionnaires d’Etat? Est-ce sérieux? Les syndicats disent que le FMI conditionnerait le décaissement des aides budgétaires promises à l’apurement de ces arriérés.
3-Le respect du Plan de carrière des Fonctionnaires et Agents de l’Etat. Par là, le gouvernement doit cesser de prendre des gens dans les quartiers pour les nommer à des fonctions de responsabilité supérieure de l’Etat sans aucune expérience administrative et sans background. Qu’on se rappelle de ce qui vient de se passer au ministère de la Jeunesse et des sports ou des « Requins » sont tous sortis de l’eau pour prendre la place des hauts cadres expérimentés et proches même de la retraite. Et le cas des préfets et sous-préfets nommés il y a de cela 1 an. C’EST DU SCANDALE.

Si Touadéra pouvait comprendre qu’en tant qu’enseignant il ne devait pas s’amuser avec le principe d’excellence !!! Et cette manière de dire que « LES AUTRES AVAIENT FAIT LA MÊME CHOSE PAR LE PASSÉ, POURQUOI PAS NOUS? » est choquante, énervante. Et les syndicats de dire: « NOUS ALLONS FAIRE CE QU’ON AVAIT FAIT Á KOLINGBA ET PATASSÉ ». Et ils sont capables de le faire parce qu’ils ont la raison de leur côté.
Ces syndicats sont en train de lutter pour tout le mon de puis qu’il s’agit de justice sociale. L’appartenance politique, ethnique, régionale ou religieuse de leurs leaders importe peu. Le plus important c’est qu’ils portent des aspirations profondes d’une couche sociale trop négligée: LES TRAVAILLEURS EN GÉNÉRAL.

La RCA est le seul pays d’Afrique centrale où les salaires des agents publics font pitié. Que Touadéra libère l’argent donné par le FMI et la Banque mondiale pour payer les 18 mois d’arriérés de salaires de 2001-2002 et on verra si la bombe sociale ne sera pas désamorcée. Il n’y a pas de honte à le faire. Car l’argent est là, en souffrance dans les caisses de la Banque centrale. A moins qu’il ait pris la route de Damara. Pas loin de toutes les façons. On peut le ramener à Bangui, en moins d’une heure.
Affaire à suivre.
Damoclès Diriwo et Jean Bedel Dinga-Kpilè
Source: MEDIAS+

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