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Mission FMI : M. Dondra, ne prenez pas les centrafricains pour des cons !

Mission FMI : M. Dondra, ne prenez pas les centrafricains pour des cons !

Il s’appelle Henri – Marie Dondra.  Depuis plus de 14 mois, il assume les nobles fonctions du ministre des finances et du budget, après avoir géré pendant plusieurs années la direction générale du Fagace, une petite structure financière internationale très peu connue du grand public, dont le siège se trouve à Cotonou au Bénin. Une étoffe bien trop large que lui a cousue Touadéra, tout simplement en signe de reconnaissance à ses généreuses prodigalités en sa faveur pendant la campagne électorale, semble – t- il. Tant il n’a jamais été un cadre des différentes régies financières et tant il ignore tout des missions qui leur sont propres. Tant pis, nous sommes en Centrafrique, le pays des paradoxes et de tous les records négatifs, comme le disaient si bien le guerrier de la plume, Me Zarambaud Assingambi !

Alors, pour cacher les tares et les faiblesses sus – évoquées, l’homme recourrait très volontiers à l’arrogance, au pédantisme et à une certaine suffisance hors pair. Seulement pour les experts des finances publiques et du droit budgétaire, cette méthode a dû mal à passer. C’est ainsi qu’elle n’a pas permis au ministre d’éviter les moqueries et les railleries des députés, en général, et des membres de la commission- finances, en particulier, lors de la présentation du projet de la loi des finances 2017. Un véritable brouillon truffé de chiffres incohérents qui a dû faire l’objet d’une totale refonte ou d’une entière ré-confection par la commission – finances avant de revêtir le qualificatif d’un projet de loi de finances  pour  être soumis au débat pour adoption ! Un acte de non – maîtrise de la technicité qui a été confirmé par le gros cafouillage ayant caractérisé le décret portant mouvement du personnel du ministère des finances et du budget, avec la nomination de son frère cadet, un hors – statut, au poste de chargé de missions en matière des dépenses et sa maîtresse comme attachée de cabinet. A cela s’ajouteraient des actes de gestion amateuriste de l’administration dont ne cessent d’être victimes tous les jours ses propres collaborateurs, les fournisseurs de l’Etat et les administrés dont le traitement des dossiers serait plus assujetti à des critères d’appartenance ethnique qu’à ceux consacrés par les principes de diligence, de neutralité, d’impartialité et de rigueur. Le tout couronné par une absence totale d’autorité !

La conjonction de ces faiblesses ne peut que justifier tout naturellement la propension de M. Dondra à inventer des chiffres, comme il vient d’en faire la démonstration à la fin de la dernière mission de revue du FMI, pour se faire passer dans la conscience collective comme un bosseur et justifier de son importance à la tête de ce Département, alors qu’il n’en est rien.

Car de l’avis des experts en la matière, la situation économique de la République centrafricaine est très catastrophique, même si les salaires, les pensions et les bourses sont régulièrement payés – ce qui est tout à fait normal dans tous les pays dignes de ce nom et ce qui ne doit pas faire l’objet d’une campagne médiatique – Ces difficultés sont dues essentiellement à la persistance de la crise sécuritaire avec l’occupation de plus de 70% du territoire national par des seigneurs de guerre qui lèvent l’impôt, collectent et perçoivent les recettes de l’Etat en lieu et place des agents de l’Etat.

Comment alors dans ce cas de figure  peut – on parler de la mobilisation des ressources propres ? Comment alors peut – on parler du développement de l’agriculture et d’élevage ? Et quand bien même on devrait en parler,  quid de l’état des routes devant favoriser les échanges commerciaux et la circulation des biens et des personnes ? Dans cette situation de crise sécuritaire aigüe où rien n’augure à l’investissement, combien d’entreprises citoyennes existent – elles réellement ? Combien contribuent – elles  mensuellement au budget de l’Etat ?

Personne n’est dupe pour répondre à toutes ces pertinentes questions et encore moins le ministre des finances et du budget qui se contente d’exécuter les dépenses courantes, au lieu de créer des conditions élémentaires pour des investissements sûrs dans les domaines porteurs d’espoirs que sont la santé, l’éducation, les infrastructures routières…

Ceci étant dit, le Produit intérieur brut ou P.I.B. étant défini comme  la somme des valeurs ajoutées réalisées à l’intérieur d’un pays par l’ensemble des branches d’activité (auxquelles on ajoute la TVA et les droits de douane), pour une période donnée, indépendamment de la nationalité des entreprises qui s’y trouvent et  au regard des réalités socio économiques du pays sus évoquées, le chiffre de 8% de PIB annoncé pompeusement et fièrement par le ministre des finances et du budget lors de sa dernière conférence de presse n’est qu’un gros mensonge d’Etat qui frise la forfaiture.

En réalité, la délégation FMI ne s’est pas rendue à Bangui pour ses beaux yeux et ses prouesses de bon gestionnaire, comme il le dit à qui veut l’entendre afin de continuer de plaire à Touadéra. Cette mission s’inscrit dans le cadre des mesures à apporter par le FMI à la situation financière difficile que connaissait déjà les pays de la Cemac, peu avant la fin d’année 2016. C’est ce  qu’a révélé avec force détails Didier Niewiadowski, juriste français dans l’article intitulé « Les Etats de la Cemac vont entrer dans une zone de turbulences », paru dans Jeune Afrique le 28 décembre 2016 :

«Estimant la situation macro économique et financière de la Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale (Cemac) suffisamment préoccupante, le président camerounais Paul Biya a organisé, le 23 décembre, une conférence extraordinaire de cette organisation sous-régionale appartenant à la zone franc.

Les six chefs d’État de la Cemac (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad) ont été rejoints par la directrice générale du  FMI, Christine Lagarde, et le ministre français de l’Économie et des Finances, Michel Sapin, soulignant ainsi le caractère exceptionnel de cette réunion.

Les indicateurs économiques et financiers publiés début décembre par la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC) sont assez alarmants. Contrairement à toutes les prévisions, peu réalistes, la croissance a connu une forte et rapide « décélération » pour s’établir à moins de 1 %.  Le taux d’inflation est supérieur à la limite communautaire de 3 %. Les demandes d’avances statutaires des États auprès de la BEAC ont été peu raisonnables, gonflant ainsi les dettes publiques et faisant fondre dangereusement les réserves de change. Les déficits budgétaires connaissent des niveaux jusqu’alors inconnus pour s’établir à 9 % du PIB total de la zone.

Devant cette détérioration accélérée, la question du franc CFA ne pouvait plus être évacuée, d’autant que les adversaires de cette monnaie rattachée à l’euro se font de plus en plus nombreux. Le président Idriss Déby Itno n’avait-il pas émis certaines réserves sur cette appartenance à la zone franc ? Curieusement, le président tchadien n’a pas attendu la publication du communiqué final de la réunion de Yaoundé pour regagner N’Djamena.

Le pétrole, catalyseur de la crise  

À l’exception de la Centrafrique, qui s’enfonce dans une crise durable et contagieuse, les cinq autres États de la Cemac sont des pays pétroliers. Évidemment, la chute du prix du baril conjuguée à un ralentissement de la demande globale affecte, à des degrés divers, ces États.

Si le pétrole représente près de 70 % des exportations de la Cemac, le poids du pétrole dans le PIB est plus ou moins important selon les pays. En 2015, il représentait 85 % du PIB en Guinée équatoriale, 50 % au Congo, 45 % au Gabon, 18 % au Tchad et 9 % au Cameroun.

La chute des recettes pétrolières survient alors que les États de la Cemac, à l’exception du Cameroun, ont à peine engagé des stratégies de diversification de l’économie à travers des plans pluriannuels. Avant le Sommet de Yaoundé, le gel de grands projets d’infrastructures et d’investissements publics étaient déjà à l’ordre du jour en Guinée équatoriale, au Congo et au Gabon.

Si la baisse des recettes pétrolières est loin d’être négligeable, il ne faudrait pas oublier que ces États sont constamment cités pour leur mauvaise gouvernance financière et que la corruption y est endémique. Certes, les dépenses liées à l’insécurité grandissante et à la lutte contre Boko Haram, pour le Tchad et le Cameroun, deviennent incompressibles et peuvent en partie expliquer la progression des déficits budgétaires. Il faut aussi rappeler qu’en 2016, des élections présidentielles ont été organisées dans cinq États de la Cemac, avec des dépenses peu compatibles avec les disponibilités budgétaires, accroissant ainsi l’encours de la dette publique.

Le retour des plans d’ajustements structurels du FMI

La question de la dévaluation du franc CFA fut rapidement écartée lors du Sommet de Yaoundé. Il est vrai que la dévaluation traumatisante de 1994 n’a pas eu les effets escomptés, notamment en matière de lutte contre la pauvreté. Il va de soi que Michel Sapin, appartenant à un gouvernement expédiant les affaires courantes, n’allait pas engager la France dans une telle opération, concernant la seule zone Cemac.

En dépit des discours convenus destinés à prévenir les levers de boucliers, il ne restait plus qu’à reprendre les vieilles recettes du FMI appliquées invariablement en Europe ou en Afrique. Le FMI a certes changé depuis les années 1980, mais sa politique d’austérité en zone Cemac restera fondée sur les ajustements budgétaires, le gel des plafonds des avances statutaires de la BEAC, la limitation du déficit budgétaire à 3 % sur 5 ans, le recours aux prêts concessionnels, la limitation des dépenses d’investissement, la réforme du système fiscal et la réduction des effectifs de la fonction publique.

L’ajustement structurel ne sera pas sous-régional mais concernera chacun des six États qui auront à ouvrir et conclure rapidement des négociations bilatérales avec le FMI, comme c’est déjà le cas pour la Centrafrique et le Tchad.

Étant donné le peu de légitimité dont jouissent les chefs d’État de la Cemac et la montée en puissance des contestations d’une société civile de moins en moins isolée grâce aux réseaux sociaux, les nouvelles mesures d’austérité annoncées risquent d’ajouter une crise politique à la crise économico-financière et, paradoxalement, de compromettre l’intégration régionale. Le Cameroun ne s’est-il pas déjà désolidarisé de la Cemac en négociant, seul,  un Accord de partenariat économique avec l’Union européenne ».

Alors, M. Dondra, cessez de prendre les centrafricains pour des cons !

Jean – Paul Naïba

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