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Afrique : « Centrafrique », un bon laboratoire de ce que France et Russie peuvent faire ensemble !

A Moscou, Jean-Yves Le Drian et Florence Parly en quête de confiance avec les Russes

Les ministres français des affaires étrangères et de la défense se sont longuement entretenus, lundi 9 septembre, avec leurs homologues russes.

Par   Publié aujourd’hui à 12h26, mis à jour à 16h14

Temps deLecture 4 min.

Les ministres français des affaires étrangères et des armées, Jean-Yves Le Drian et Florence Parly, à Moscou, le 9 septembre.
Les ministres français des affaires étrangères et des armées, Jean-Yves Le Drian et Florence Parly, à Moscou, le 9 septembre. SHAMIL ZHUMATOV / REUTERS

Au détour d’une phrase, Jean-Yves Le Drian l’a reconnu dans un discret sourire. Pour rétablir le dialogue avec la Russie, « il ne suffit pas d’avoir un téléphone », a confié, lundi 9 septembre, le ministre des affaires étrangères lors de la conférence de presse commune à Moscou avec son homologue, Sergueï Lavrov. Ils étaient entourés des deux ministres de la défense, Florence Parly et Sergueï Choïgou. « Il est important de pouvoir se parler, éviter des incompréhensions, des incidents, les frictions », a néanmoins insisté Jean-Yves Le Drian.

Sept ans après le dernier « 2 + 2 » franco-russe, les quatre ministres se sont longuement parlé toute la journée. Les tête-à-tête parallèles, entre Jean-Yves Le Drian et Sergueï Lavrov, entre Florence Parly et Sergueï Choïgou, ont été suivis d’une séance de travail commune.Avec pour maître mot : la confiance.

« Ce ne sera pas un chemin aisé sans accrocs ni à-coups », a prévenu Florence Parly alors que Jean-Yves Le Drian a notamment regretté le cas de Philippe Delpal, « une épine » affectant le climat de confiance dans les milieux franco-russes d’affaires. Arrêté le 14 février, le banquier français est en stricte résidence surveillée à Moscou, poursuivi dans une affaire de fraude aux allures de coup monté.

Optimiste, Jean-Yves Le Drian a rappelé que « nos divisions nuisent à nos intérêts réciproques ». A côté, Sergueï Lavrov était souriant mais formel et vague. « Aujourd’hui, nous avons identifié un certain nombre de domaines dans lesquels des progrès sont considérés comme possibles et nécessaires », a expliqué le ministre russe. A plusieurs reprises, il s’est référé au discours d’Emmanuel Macron à ses ambassadeurs le 27 août lorsque le président a appelé à « repenser » le lien avec la Russie. « Nous avons écouté et sommes intéressés », a assuré Sergueï Lavrov.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Macron assume son virage russe

Epais dossiers sous le bras et sourire aux lèvres, la délégation française est arrivée à Moscou avec le projet d’« architecture de confiance » d’Emmanuel Macron. Une feuille de route pour relancer le dialogue bilatéral entre militaire et civil et repenser la sécurité en Europe : renforcer la coopération sécuritaire, multiplier les projets communs, maîtriser les armements en Europe, partager principes et valeurs, anticiper et gérer les crises pour éviter les incidents. « Nous sommes venus faire une offre aux Russes. Ils l’ont accueillie favorablement. C’est le début des discussions », assure une source côté français. « On part de loin… », reconnaît-elle, citant avec optimisme l’espace et l’Afrique en « bon laboratoire de ce que France et Russie peuvent faire ensemble ».

« Une fenêtre d’apaisement »

Pour le moment, le dossier brûlant est le processus de paix ukrainien. Avec, en vue, la réunion des quatre chefs d’Etat (Russie, Ukraine, France et Allemagne) que l’Elysée veut organiser à Paris d’ici à fin septembre. A Moscou, les ministres en ont discuté en détail. Mais aucune date n’a été fixée. Après les récentes réunions entre conseillers présidentiels, une première rencontre pourrait se tenir au niveau des ministres.

« Avec l’échange de prisonniers entre Moscou et Kiev, le cessez-le-feu et le déminage ponctuel sur la ligne de démarcation dans l’est de l’Ukraine, il y a déjà des progrès en cours », rappelle-t-on dans la délégation française qui, à Moscou, a trouvé « un ton nouveau » chez ses interlocuteurs. « Il y a plus d’ouverture de la part des Russes… » En conférence de presse, Jean-Yves Le Drian a pour sa part dit voir « une fenêtre d’apaisement et d’opportunités ». Mais le ministre a prévenu : « Ce n’est pas encore l’échéance de levée des sanctions. »

Prônant « un dialogue sans naïveté », Jean-Yves Le Drian a rappelé les sérieux différends entre Paris et Moscou : Crimée, ingérences, armes chimiques et… MH17. Lundi soir, les deux ministres français ont participé à un dîner à l’ambassade avec des représentants des droits humains pour évoquer l’Ukraine et la répression politique en Russie. Alexandre Tcherkassov, de l’ONG Mémorial, leur a remis une liste de 41 Ukrainiens, notamment Tatars de Crimée, encore détenus en Russie après la libération de 35 prisonniers, samedi 7 septembre, dans le cadre d’un échange avec Kiev. Ils sont considérés par l’organisation comme des « prisonniers politiques ».

M. Tcherkassov a aussi évoqué le cas de plusieurs Russes en prison, notamment Iourï Dmitriev. Cet historien de Mémorial en Carélie, auteur de recherches sur les purges staliniennes dans cette région du nord-ouest, est derrière les barreaux depuis près de trois ans.

Appel au « respect des engagements internationaux »

Avec Alexeï Venediktov, rédacteur en chef de la radio Echo de Moscou, rare voix critique du Kremlin, et Zoia Svetova, militante des droits humains, Jean-Yves Le Drian et Florence Parly ont par ailleurs fait le point sur la vague d’arrestations à Moscou avant les élections locales du 8 septembre. Alexandre Tcherkassov et Zoia Svetova ont notamment insisté sur l’importance d’encourager les recours des citoyens russes auprès de la cour européenne de Strasbourg.

La France ne s’est pas exprimée publiquement sur le cas de Vladimir Tsemakh, l’ex-responsable de la défense antiaérienne des séparatistes de l’est de l’Ukraine dont les enquêteurs internationaux veulent le témoignage sur les causes de l’explosion dans le ciel ukrainien du Boeing MH17 (17 juillet 2014, 298 morts). Moscou a exigé et obtenu sa libération par Kiev dans leur échange de prisonniers.

Lors du « 2 + 2 », la délégation française a appelé la Russie à « respecter ses engagements internationaux » pour que Vladimir Tsemakh témoigne au procès sur le drame prévu aux Pays-Bas en mars 2020. Un moment clé pour jauger la confiance entre Russie et Europe.

Lire notre entretien avec Florence Parly : « La maîtrise des armements concerne tous les Européens »

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