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CENTRAFRIQUE: MISSION DEVIÉE DE LA GARDE PRÉSIDENTIELLE DE TOUADÉRA: « UN INSTRUMENT QUI NE SERT QU’Á RACKETTER SUR LES VOIES PUBLIQUES, Á TABASSER LES JOURNALISTES ET Á EMPÊCHER LA TENUE DES MEETINGS PACIFIQUES »

La République centrafricaine est loin de la rupture prônée depuis le 30 mars 2016 par son grand chantre et héraut Faustin Archange Touadéra lors de sa cérémonie d’investiture. Le cas de l’utilisation des éléments de la Garde présidentielle couramment appelée GP en est une preuve et donne franchement à réfléchir. Enquêtes et décryptage.
Comme on le sait, le Groupement spécial chargé de la protection républicaine (GSPR), couramment appelé Garde présidentielle ou GP, est un corps spécial mixte composé des éléments de l’armée, de la police et de la gendarmerie dont la mission est d’assurer la sécurité et la protection de proximité ou à distance du chef de l’Etat, du siège officiel et de sa fonction appelée Présidence de la République ou Palais de la Renaissance, de ses résidences officielles et privées, des gîtes et sites présidentiels en province, ainsi que la surveillance, le contrôle, la sécurité et la protection de certaines institutions ou sites de l’Etat jugés trop sensibles tels que les aéroports, la maison de la radio d’Etat, la Banque centrale, le Trésor public, la Place du défilé (Tribune officielle), le site du dépôt pétrolier de Kolongo, le ministère de la Défense, l’état-major de l’armée, l’Armurerie nationale, les ports…
On sait par exemple que si quelqu’un veut prendre le pouvoir, il fait tout pour avoir le contrôle de l’aéroport, de l’état-major et de la station de la Radio d’Etat pour annoncer la déchéance du pouvoir en place et demander que l’armée s’aligne derrière lui. Cette déclaration démobilise les troupes nationales loyalistes qui vont croire qu’effectivement le pouvoir a changé de main et que c’est celui ou celle dont la voix retentit à la radio nationale qui a l’effectivité du pouvoir. La suite, on le sait.
De la sorte, les GP ne peuvent être utilisés n’importe comment, n’importe où et n’importe quand. En tant qu’unité spéciale proche du chef de l’Etat, la Garde présidentielle n’a pas pour mission d’être dans la rue pour contrôler l’identité des passants, ni ériger des barrières de racket et encore moins pour les opérations de maintien d’ordre public. Ces missions de contrôle d’identité, de police routière et de maintien d’ordre (M0) sont des attributions classiques de la police et de la gendarmerie. Or, à quoi assiste-t-on ces derniers temps?
1-Barrières illégales des GP et bastonnade des journalistes
Sur l’axe Damara-Sibut, juste à la sortie de Damara, les éléments de la Garde présidentielle de Touadéra ont érigé une barrière non seulement illégale mais aussi payante, humiliante et dégradante. Chaque véhicule en provenance de Bangui ou de Sibut doit obligatoirement s’arrêter au niveau de cette barrière pour remplir ce qu’ils appellent «formalités» consistant à la remise d’une certaine somme d’argent au chef du poste. Non seulement le chauffeur ou le receveur du véhicule doit leur donner de l’argent, mais les passagers des véhicules doivent descendre obligatoirement pour présenter leurs pièces d’identité. Et c’est grave pour celui qui n’en a pas, quand bien même depuis presque dix ans, les Centrafricains n’ont pas droit à la Carte nationale d’identité, à l’indifférence du chef de l’Etat, du gouvernement et des députés qui n’interpellent pas à ce sujet. C’est par chance que les non-détenteurs de la carte d’identité sont sommés de verser 1000F seulement, sinon c’est au moins 2000 F qu’ils exigent.
En plus du document d’identité officielle que le passager présente, il doit encore verser 500F si c’est un passeport qu’il présente. Motif: « Il a beaucoup d’argent, c’est pourquoi il peut avoir un passeport qui coûte 50.000FCFA » (sic), déclare un ange gardien terrestre de Touadéra présent sur la barrière. Le journaliste Désiré Yangou de la Télévision centrafricaine l’a appris à ses dépens le 07 juin dernier lorsqu’il était en mission à Galafondo situé entre Damara et Sibut, pour un cadrage télévisuel. C’est comme s’il avait provoqué les GP en leur présentant son passeport ordinaire. Les hommes de Touadéra lui ont exigé de déposer 500 F CFA avant de reprendre son passeport et de continuer son chemin, a affirmé la victime. Et sa surprise lui a coûté chère, lui qui croyait être en sécurité en voyant la présence des GP. Bien au contraire, il a échappé de justesse à la mort. Il a eu droit à 50 coups de faucille dans le dos qui a fini par saigner. Un GP l’a pointé et a failli l’expédier ad patres si un autre n’intervenait pas rapidement pour lui faire la poche: c’est les 107.000 F (cent sept mille francs) CFA que le troisième GP a trouvé dans sa poche qui ont a amené ledit GP à calmer son frère d’arme pour laisser partir le pauvre journaliste qui travaille pourtant pour l’Etat comme ces GP.
Plus grave, ces GP se sont même permis de dire au journaliste Désiré Yangou que puisqu’il est journaliste, il peut aller rapporter ce qu’il a vécu à sa rédaction, mais rien ne leur arrivera. Les GP lui ont également dit qu’il peut même « aller dire à Touadéra » (et non au président Touadéra par respect pour le chef suprême des Armées) que ce sont «les GP ngbaka-mandja de Damara» (sic) qui lui ont fait vivre le calvaire et qui l’envoient vers lui, mais rien ne leur arrivera. Et voilà le comportement des anges gardiens terrestres de Touadéra appelés GP: ils érigent des barrières illégales sur la voie publique, rackettent les passants, procèdent au contrôle d’identité des passants, portent atteinte à l’intégrité physique de ceux qui sont détenteurs des pièces d’identité, humilient même le chef de l’Etat qui est pourtant le chef suprême des Armées devant témoins, et de surcroît affichent un comportement et des propos tribalistes en se faisant appelés « GP ngbaka-mandja de Damara » alors que la Garde présidentielle en tant qu’institution de la République, est sensée ne pas être tribale ni ethnique ni clanique.
A l’analyse, l’attitude et les propos des fameux « GP ngbaka-mandja de Damara » violent les dispositions de l’article 27 les alinéas 1, 2, 3, 4 et 5 de la Constitution du 30 mars 2016 qui disposent: «Les Forces de Défense et de Sécurité sont au service de la Nation. Elles sont composées exclusivement de citoyens centrafricains.
Elles sont professionnelles, multiethniques, républicaines et non partisanes.
Les Forces de Défense ont pour mission de garantir l’intégrité du Territoire ainsi que la sécurité des populations contre toute agression ou menace extérieure ou intérieure, dans le respect des dispositions constitutionnelles et des lois.
Les Forces nationales de sécurité ont pour mission de défendre l’autorité de la loi et de garantir la sécurité des personnes et des biens.
Les statuts des Forces de Défense et de sécurité sont incompatibles avec le statut politique».
Au vu de la gravité des actes posés par les fameux « GP ngbaka-mandja de Damara» le 07 juin dernier et si le pays avait une Assemblée nationale responsable et patriotique, une mission d’enquêtes et d’information parlementaires aurait du être mise en place pour faire la lumière sur cette situation et faire en sorte que les GP déviants puissent être purement et simplement radiés du contrôle des FDS et remis à la disposition de leurs familles pour emploi. Mais dommage…
Voilà les gens qui avaient fui le combat de Bambari des 9 et 10 janvier 2019 face aux éléments d’Ali Darass à Bambari, qui étaient retournés précipitamment à Bangui pour aller s’installer à Damara pour faire du mal à des paisibles et innocents citoyens, fils du pays. Quelle honte !
2-Les GP au service de la sécurité rapprochée des investisseurs étrangers dans le domaine minier
Au lieu d’être affectés pour la protection et la sécurité des sites stratégiques et des personnalités et institutions proches du chef de l’Etat, plusieurs GP sont plutôt affectés auprès des opérateurs économiques étrangers œuvrant dans le domaine minier. Dans les préfectures de la Sangha-Mbaéré, de la Mambéré-Kadéi, de la Lobaye et de l’Ouham-Pendé, on voit les GP à côté des étrangers blancs qui œuvrent dans le domaine de l’exploration et/ou de l’exploitation des pierres précieuses notamment le diamant et l’or. Alors que ce n’est pas la mission de la Garde présidentielle d’assurer la sécurité des opérateurs économiques étrangers. Mais on peut légitimement penser que si les GP assurent la protection et la sécurité des vautours miniers étrangers et de leurs biens, c’est que ces étrangers travaillent pour le compte personnel du chef de l’Etat et non pour eux-mêmes. C’est pourquoi ils jouissent de tels privilèges sécuritaires. Et donc Touadéra n’est pas que président de la République, chef de l’Etat, il est aussi un opérateur économique privé du secteur minier qu’il cache derrière ses amis étrangers, en violation de l’article 34 de la Constitution qui interdit au chef de l’Etat d’avoir des activités lucratives directes ou par personne interposée.
Mieux, la présence des GP à côté des hommes d’affaires étrangers œuvrant dans le secteur des mines trahit le penchant affairiste du président de la République, chef de l’Etat, parce que c’est lui-même qui est le premier patron de la Garde présidentielle. On aurait souhaité que ces GP qui sont les mieux équipés, les mieux armés et les mieux payés des Forces de défense et de sécurité nationale (FDS) soient affectés (pourquoi pas) à Koui, Bocaranga, Ngaoundaye, Bria, Batangafo, Dékoa, Ippy, Alindao, Mobaye pour la sécurité des populations et leurs biens dont le chef de l’Etat n’a cessé de dire que c’est sa première préoccupation. Hélas, la GP est déviée de sa mission.
3-Empêchement des meetings sur le terrain de l’ex-UCATEX et à Kpètènè
La plus grande tragédie dans l’utilisation de la Garde présidentielle de Touadéra est celle qui consiste désormais à les déployer sur le terrain pour empêcher la tenue des meetings de la plateforme «E Zingo Biani, Front uni pour la défense de la nation» au niveau du terrain de l’ex-UCATEX par exemple où le meeting du 15 juin dernier a été dispersé par les Forces publiques. Plusieurs témoins ont indiqué que ce sont les éléments de la Garde présidentielle sur les lieux qui ont été les premiers à tirer des coups de feu pour disperser la foules, ce qui est bizarre et incompréhensible, dès l’instant où la police et la gendarmerie nationale ainsi que l’Unité de police constituée (UPC) de la Minusca étaient omniprésentes pour faire ce petit travail de maintien d’ordre.
Le samedi 22 juin 2019, ce sont les mêmes GP de Touadéra qui ont été les tout premiers à investir le terrain où devrait se tenir le meeting de la plateforme «E Zingo Biani» et ses alentours non loin de la paroisse saint Jacques de Kpètènè avant que les véhicules remplis des policiers et gendarmes n’arrivent. Tout cela est illégal et injustifié. Néanmoins, on peut penser que cette situation traduit un certain manque de confiance du chef de l’Etat à la police et à la gendarmerie nationale. C’est comme si les policiers et les gendarmes ne savent pas faire leur travail de maintien d’ordre ou qu’ils le font mal, raison pour laquelle M. Touadéra préfère envoyer les GP qui seraient des professionnels en tout, y compris en opération de maintien d’ordre. Mais cette présence des GP à Kpètènè pour empêcher le meeting de «E Zingo Biani» a sérieusement énervé la population locale et environnante qui a craché tous ses venins sur les GP et «leur chef de l’Etat» (sic).
Tous les faits précités démontrent s’il en n’est besoin, comment la Garde présidentielle est déviée de sa noble mission traditionnelle et la police et la gendarmerie sont considérées comme inefficaces par le chef suprême des armées. Sous les régimes précédents, de Dacko à Mme Samba-Panza en passant par Bokassa, Kolingba, Patassé, Bozizé et Djotodia, jamais la Garde présidence n’a été en première ligne pour les opérations de maintien d’ordre dans la capitale. Mais avec Touadéra, c’est le monde à l’envers. Est-ce cela la « rupture »?
Affaire à suivre.
Mesmin Madidé-Aladila
Source: MEDIAS+

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