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CENTRAFRIQUE: UN PAYS PRIVÉ DE COMMUNICATION PAR TÉLÉPHONE FIXE

La Société centrafricaine des télécommunications (SOCATEL) n’est plus en mesure de fournir la communication de service public à partir des téléphones fixes dont elle a le monopole d’exploitation depuis des décennies.
En effet, c’est depuis le mardi 21 mai 2019 que le Central téléphonique de Socatel (OCB 283) est en arrêt de fonctionnement. Cette situation est due à la vétusté des installations techniques d’une part, et, d’autre part, à la canicule qui règne avec une température de 40° qui affecte les installations techniques quotidiennement, selon les techniciens interrogés. Cela a fait plonger le Centrale téléphonique dans une sorte de coma profond qui conduit à la mort certaine. Mais bizarrement, personne n’en parle.
Ni le Directeur général ou le président du Conseil d’administration (PCA) de la Socatel, ni le DG ni le PCA de l’Autorité de régulation du secteur des télécommunications (ART), ni le ministre des PTT, ni le porte-parole du gouvernement, ni les responsables des syndicats de base de la Socatel et encore moins les centrales syndicales auxquelles ces syndicats sont affiliés n’en parlent, alors que c’est un problème extrêmement grave.
Ce n’est pas parce que les téléphones portables et les nouveaux médias (facebook, twitter, watshApp) ont envahi la cité et les milieux socioprofessionnels que la téléphonie fixe est devenue inutile. Tout le monde n’a pas les moyens qu’il faut pour se contenter uniquement de la téléphonie mobile alors que la téléphonie fixe demeure abordable avec un coût abordable moins cher.
Par ailleurs, il est inconcevable que dans un pays comme le nôtre, toute l’administration publique et les grandes institutions de la République telles que la présidence de la République, l’Assemblée nationale, la Primature, les départements ministériels, la police, l’armée, la gendarmerie, la douane, les impôts, le Trésor public, les hôpitaux et les pharmacies ne puissent communiquer ni être joignables par le fixe ou téléphone de bureau, surtout que les autorités, les cadres et autres personnels de ces entités ne mettent pas à la portée de tout le monde leurs numéros de téléphone mobile.
En cas de grandes catastrophes naturelles, sociologiques ou technologiques comme les inondations, les conflits intercommunautaires ou inter-armés, les naufrages, les graves accidents de circulation voire les crashs aériens, il sera impossible d’appeler les unités et services publics comme les sapeurs pompiers, la police de secours, les brigades motorisées de la gendarmerie, les pharmacies de garde, les hôpitaux et cliniques qui ont des ambulances, la Croix-Rouge, le ministère des Affaires sociales, la Minusca, les unités décentralisées de la police et la gendarmerie, la police municipale, pour des interventions salutaires.
L’étranger qui arrive à Bangui ne pourra pas appeler un hôtel de la place pour avoir des renseignements sur les coûts des chambres, de la restauration et des divers services, ni une pharmacie de garde pour connaître sa localisation et ses heures d’ouverture et fermeture. Idem pour ceux qui veulent se renseigner auprès des ambassades et consulats pour avoir une idée précise des conditions d’obtention du visa, les documents exigés aux étrangers qui veulent séjourner dans un des pays représentés en RCA et d’autres informations utiles concernant les prix des hôtels par exemple, et des moyens de transport en commun, les puces de téléphone mobile, la monnaie nationale en vigueur, la langue officielle des pays où l’on veut voyager, etc. Les téléphones portables n’étant pas régulièrement alimentés de crédit à cause de la pauvreté et du salaire dérisoire des Centrafricains, c’est sur le téléphone fixe que tout le monde se rabat souvent pour appeler le procureur général, le procureur de la République, la police secours, la police routière, la police judiciaire, l’OCRB, la brigade motorisée de la gendarmerie, les sapeurs pompiers, la Croix-Rouge, les hôpitaux et cliniques dotés d’ambulance en cas de besoin. Et Dieu seul sait si les besoins manquent dans ce pays où des gens meurent de violence et de famine tous les jours que Dieu faits.
Depuis le 21 mai dernier, les lignes de communication orale et télécopie par le fixe (Tél. et fax) ne fonctionnent pas en Centrafrique et ceci pour longtemps. Même les grandes institutions publiques nationales et internationales et grands établissements privés tels que la police (Interpol), l’armée, cabinet du ministre et l’état-major, la douane, les banques et établissements de micro finances, les stations service, les organismes internationaux, qui communiquent souvent par fax, sont privés de ce précieux moyen de communication, sans oublier les particuliers qui en font un usage essentiellement domestique. Mais jusqu’à quand va perdurer cette situation?
Apparemment, ce ne sera pas facile de réveiller ou de ressusciter ce central téléphonique installé depuis l’époque de Kolingba en début 1990, car rien n’a été fait pour renouveler et améliorer les installations techniques du central téléphonique. Les milliards que la Socatel devaient recevoir de la part de ses partenaires dans le cadre de la coopération technique et commerciale pour la passerelle de communication internationale, ont été purement et simplement détournés du temps où Touadéra était Premier ministre, chef du gouvernement au temps de l’ex président François Bozizé Yangouvonda. C’est donc le moment pour Touadéra qui connaît particulièrement les causes de ce crime économique de demander aux auteurs présumés de ce crime de restituer l’argent volé, ou de les remettre à la justice pour qu’ils soient condamnés à des peines de prison avec confiscation de tous leurs biens qui doivent être vendus jusqu’à concurrence de l’argent dû à la Socatel, afin de permettre à cette société d’Etat de rendre fonctionnel et opérationnel le Central téléphonique de Bangui-SICA et de revivre.
Même en France, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Japon, en Chine, dans les grandes puissances du monde où les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) sont développées, le téléphone fixe n’a pas disparu. Les hôtels, les aéroports, les restaurants, les hôpitaux et cliniques, les services et unités de la police, les supers marchés, les sapeurs pompiers, les grands magasins, les grandes, moyennes et petites industries et entreprises, les administrations publiques, les cabinets et les services rattachés au palais présidentiel et autres institutions de l’Etat, les écoles, lycées et universités l’utilisent régulièrement et à tout moment. Le téléphone fixe est donc incontournable quand bien même le vœu secret de la téléphonie mobile et des nouveaux médias est de le voir disparaitre.
Et pourtant, c’est depuis 2006 que des études techniques sur les installations techniques de la Socatel avaient mis en évidence que le Central téléphonique sera hors d’usage en 2016. Mais comme en Centrafrique la prévoyance et la prévision ne font pas partie de la bonne gouvernance, le régime de Touadéra n’a pas pu anticiper sur les choses. Exactement comme à la SODECA ou le gouvernement était surpris qu’il y a pénurie d’eau, simplement parce que les installations techniques de la société, vétustes et démodées, ne peuvent permettre de produire la quantité d’eau dont la population a besoin, partout.
Mais gare à la société civile et aux consommateurs des téléphones fixes: il leur est interdit de s’agiter autour de cette situation. S’ils osent critiquer le gouvernement ou organiser une marche pacifique pour réclamer leur droit à la communication par le téléphone fixe, ils savent déjà ce qui les attend: un communiqué du parquet les accusant d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, des montages photographiques publiés sur les réseaux sociaux qui les placent à côté des opposants comme Dologuélé, Wafio, N’Guendet, Tiangaye, Mboli-Goumba et/ou Bendounga qui les manipuleraient, la nuit à la belle étoile dans les locaux de la SRI…
Affaire à suivre.
Damoclès Diriwo
Source: MEDIAS+

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